Un premier pas monétaire vers un retour à la normale

Chroniqueur

Les taux d'intérêt directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) ne sont pas encore près de remonter, mais un premier (petit) pas vers un retour à la normale a été effectué, avec un recalibrage du programme d'urgence contre la pandémie. Ceci, au moment où le rebond de l'économie se confirme.

L’inflation s’est réveillée dans la zone euro, les "faucons" monétaires également. Ces partisans d’une politique monétaire moins accommodante ont marqué des points jeudi lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). Parmi eux, les gouverneurs des banques centrales des Pays-Bas, d’Autriche et d’Allemagne. Peut-être peut-on même y ajouter le nom du gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB). En juillet dernier, Pierre Wunsch s’était opposé à la nouvelle "guidance" en matière de politique monétaire, dont la formulation laisse à penser que les taux d’intérêt pourraient être maintenus à leurs niveaux actuels, voire encore inférieurs pendant une très longue période, c'est-à-dire tant que l'inflation n'atteint pas durablement les 2%.

Sera-t-il encore raisonnable pour la BCE d’afficher des taux d'intérêt négatifs dans trois, quatre ou cinq ans? Pierre Wunsch a raison: la réponse est non. Des taux d’intérêt négatifs – une aberration économique doivent demeurer une exception et ne pas devenir une situation permanente.   

Les "faucons" monétaires au sein du conseil de la BCE, qui s'inquiètent d'un potentiel dérapage des prix, ont cette fois été entendus.

Jeudi, la BCE n’a pas touché à ses taux d’intérêt directeurs, mais a décidé de recalibrer son programme d’achats d’urgence contre la pandémie. Grâce au rebond de la croissance, le Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro devrait en effet retrouver ses niveaux d’avant la pandémie d’ici la fin de l’année ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Les chiffres publiés jeudi par la BNB pour la Belgique vont dans le même sens. De quoi se réjouir également. Et si la BCE pense toujours que l’inflation, actuellement à 3%, est transitoire, Christine Lagarde n’en reconnaît pas moins que, si les goulets d’étranglement durent plus longtemps dans les chaînes d'approvisionnement et que ceci affecte les hausses anticipées des salaires, les pressions sur le prix pourraient être plus persistantes. Une petite phrase qui montre que les "faucons" qui s'inquiètent d'un potentiel dérapage des prix ont cette fois été entendus.

Bien entendu, pour son recalibrage du programme d'urgence contre la pandémie, la présidente de la BCE insiste sur les mots: il ne s’agit pas encore d’une réduction des achats d’actifs ("the Lady is not tapering"), il s'agit simplement de procéder à des achats à un "rythme légèrement plus faible". Il n'en reste pas moins que c'est la première fois que l'institution de Francfort allège son dispositif anti-crise. Les taux d'intérêt ne sont pas encore près de remonter, mais un premier (petit) pas vers un retour à la normale a été effectué.

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