Un triste accord de Noël

Journaliste

Le traité commercial maintient, dans sa portion congrue, un lien économique vital entre l'île et le continent. Mais le Brexit perturbera quand même les échanges entre l'UE et le Royaume-Uni. Et d'importants domaines restent en souffrance.

Quatre ans et demi après la victoire des "Brexiters" lors d'un référendum, le Royaume-Uni et l'Union européenne sont parvenus à s'entendre sur les modalités de leur divorce. Il aura fallu de la sueur et des larmes, des hésitations et de nombreuses tergiversations pour arriver à un accord commercial réglant, dans les grandes lignes, la relation future entre les deux zones. L'essentiel, l'économie, a été préservé. Mais à quel prix? L'idéal d'une Europe unie, né après la Seconde Guerre mondiale, a souffert durant ces années, tétanisé par la déchirure, tandis qu'outre-Manche Boris Johnson, en fossoyeur du projet, criait victoire.

L'avenir des échanges commerciaux entre les deux zones est garanti. De nombreux secteurs essentiels sont couverts par l'accord, comme la pêche, le climat, les transports, la sécurité et l'énergie. La concurrence loyale s'imposera, et un mécanisme de gouvernance permettra de prendre des mesures de rétorsion en cas de violation des règles.

Le traité commercial maintient, dans sa portion congrue, un lien vital entre l'île et le continent. Il remet à zéro la relation commerciale entre l'UE et le Royaume-Uni.

Mais l'accord commercial ne permettra pas d'éviter le retour de formalités douanières d'une grande complexité, ce qui perturbera les échanges.

En outre, d'importants domaines restent en souffrance, comme la défense, les matières sociales et les affaires étrangères. Le Brexit, sur ce point, affaiblira l'Europe dès janvier prochain. Il offrira aux puissances autocrates, comme la Chine et la Russie, de nouvelles perspectives. L'Union, déforcée par le départ d'un puissant allié, devra mettre les bouchées doubles pour se prémunir de ses ennemis systémiques.

Le départ du Royaume-Uni est aussi celui d'un allié encombrant, hésitant, hostile à l’intégration européenne. Il pourrait faciliter l'émergence d'une Europe plus progressiste, plus audacieuse et plus unie. Combien de fois Londres a-t-il bloqué aux petites heures de la nuit des accords essentiels, exigeant que sa particularité soit imprimée dans le texte?

L'économie britannique, affaiblie avant l'entrée du pays dans l'UE, s'est enrichie grâce au marché unique. Le Royaume-Uni prend aujourd'hui le large, les caisses bien remplies. Sans demander son reste, au nom d'un nationalisme tellement étriqué et vieux jeu.

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