Un trop long purgatoire

La dette grecque en question

Cela fait plus de sept ans que les Grecs paient au prix fort l’incurie de leurs gouvernements passés. Sept ans qu’ils n’ont que leurs yeux pour pleurer face à la multiplication des mesures d’austérité, à l’aggravation de la pauvreté, à la mise sous cloche de leur démocratie. La semaine dernière encore, leur Parlement a adopté à une courte majorité et sous les huées de la rue un énième tour de vis sur les pensions et une nouvelle hausse des impôts. Le peuple grec fait preuve d’une grande résilience, qui permet à son gouvernement de se plier aux exigences de ses créanciers et à la zone euro de préserver ses intérêts. Mais le sort des Grecs reste balancé de façon indécente entre deux écoles, entre l’Allemagne et le Fonds monétaire international (FMI). La première, refusant toute idée de rédemption, réclame le remboursement rubis sur l’ongle et avec intérêts de ce qu’elle a prêté. Le second réclamant l’assurance que la dette grecque soit "soutenable": qu’Athènes puisse se refinancer normalement sur les marchés.

À moins que l’Europe ne soit prête à se lancer dans un 4e plan d’aide, il faut qu’elle s’engage clairement sur l’allégement de cette dette.

Pourtant Athènes a travaillé dur pour mettre en œuvre le troisième programme d’ajustement, qui prend fin dans un an. Un chiffre suffit à se faire une idée de l’ampleur des accomplissements: la Grèce a enregistré l’an dernier un excédent primaire de 3,9%, bien au-delà des attentes de ses créanciers. Mais son économie reste chétive et sa dette publique est dantesque. En 2018, quand la troisième béquille financière tombera, elle avoisinera les 175% du PIB. Il faut être sur un nuage pour feindre de croire qu’Athènes pourra retourner se financer sur les marchés à des taux viables. À moins que l’Europe ne soit prête à se lancer dans un quatrième plan d’aide – ce qui serait un signal catastrophique –, il faut qu’elle s’engage clairement sur l’allégement de cette dette. C’est la seule façon de redonner un horizon aux Grecs. À sa création, l’Europe visait à introduire une "solidarité de fait" entre ses membres. Il est temps pour elle de s’en rappeler – sept ans de purgatoire, c’est assez.

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