Un virage qui ne suffira pas

Des voitures de société "zéro émission"

C’est immanquable, favoriser fiscalement l’usage des véhicules dits "zéro émission" de gaz à effet de serre aura pour effet de stimuler le marché du véhicule électrique, neuf comme d’occasion. Les discussions actuellement menées par l’informateur Paul Magnette pour jeter les bases du prochain gouvernement fédéral font la part belle à l’enjeu climatique, avec, entre autres mesures proposées, l’idée de limiter à terme l’avantage fiscal des voitures de société aux véhicules qui n’émettent ni le CO2 ni les particules qui polluent significativement l’air de nos villes. Une suppression du système aurait un impact trop important sur la compétitivité des entreprises et les salaires.

Une généralisation des véhicules électriques doit intégrer une politique englobant énergie, infrastructures et mobilité douce.

Cette mesure de compromis, qui concerne sans doute en priorité 400.000 véhicules en leasing (les voitures-salaires) sur les quelque 5,7 millions de voitures circulant en Belgique, n’aura qu’un impact indirect – et donc difficile à mesurer – sur l’engorgement des routes mais elle aura certainement pour effet d’améliorer la qualité de l’air. Au regard de cet enjeu de santé publique, un tel virage relève du bon sens.

Il charrie cependant un chapelet de questions. Pareille politique encourage un choix de société qui nécessite réflexions et investissements afin d’assurer un confort de chargement aux usagers et aux entreprises. Quid également des capacités de fourniture en énergie électrique, qui risquent d’être mises sous pression par une généralisation de l’usage des véhicules "zéro émission". Un terme qui, gardons-le à l’esprit, demeure par ailleurs trompeur, compte tenu des émissions consécutives à la production du véhicule en lui-même et qui tend à masquer le problème du recyclage des batteries.

Le virage électrique devra s’inscrire dans le cadre d’une politique globale de mobilité embrassant tous les enjeux des progrès technologiques. Une politique qui accompagnera aussi la demande croissante pour des alternatives aux véhicules individuels motorisés qui paralysent quotidiennement la vie et l’activité économique dans les grands centres urbains.

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