Une avancée historique pour la dette européenne

Chroniqueur

C'est la toute première émission obligataire du fameux plan Next Generation EU. Une dette commune de l'Union européenne qui ouvre de belles perspectives. Même si on ne doit pas exclure que ce programme demeure une opération "one-shot".

Ce ne sont pas (encore) des "eurobonds" puisqu’il n’y a pas d’intégration budgétaire complète ou de Trésor européen, mais il s’agit d’une avancée historique, "un embryon de Trésor européen" confient les observateurs les plus optimistes. La Commission européenne a lancé mardi un emprunt de 20 milliards d’euros sur 10 ans au nom de l'Union européenne (UE) afin de financer les mesures de relance économique. La toute première émission obligataire du fameux plan Next Generation EU.

L'opération fait de l'Union européenne un émetteur de premier rang sur le marché des capitaux, tout profit pour l’euro en tant que monnaie internationale.

Il s’agit d’une dette commune qui vient compléter les "social bonds" émis l'an dernier dans le cadre du programme "Sure" pour préserver temporairement l'emploi, mais dont l’ampleur est ici bien plus conséquente puisque ce sont quelque 800 milliards d'euros qui doivent être émis d'ici 2026 pour aider les États membres à sortir plus forts de la pandémie, à financer la modernisation de leurs infrastructures et engager des dépenses liées au défi climatique. De quoi faire de l'Union européenne un émetteur de premier rang sur le marché des capitaux, tout profit pour l’euro en tant que monnaie internationale.

Si une telle avancée a été possible, c’est en raison de l’intensité de la pandémie qui a forcé les États à accepter de jouer la carte de la solidarité après de longues et âpres négociations en juillet 2020. Près d’un an plus tard, alors que l’on parle aujourd’hui de rebond de la croissance économique, il n’est pas certain que des subventions de près de 70 milliards d’euros seraient encore accordées à l’Espagne et à l’Italie. À titre de comparaison, la France doit percevoir une enveloppe de 39 milliards, l'Allemagne de 25 milliards et la Belgique de 5,9 milliards.

Près d’un an plus tard, il n’est pas certain que des subventions de près de 70 milliards d’euros seraient encore accordées à l’Espagne et à l’Italie.

On ne doit pas exclure que ce programme d’obligations demeure ainsi une opération isolée, un gigantesque "one-shot". D’autant que la question des moyens de rembourser cette dette, grâce aux ressources propres de l'Union européenne, risque de provoquer encore pas mal de discussions.  

Ce dont l'Europe bénéficie aujourd'hui, c'est surtout d'un contexte idéal en matière de financement qui ne se représentera peut-être pas de sitôt. Les taux d'intérêt restent très bas. Ils ont même encore baissé depuis la mi-mai en dépit des craintes inflationnistes. Et, de son côté, la BCE continue à acheter des obligations d'État. Autant de raisons qui expliquent le bon accueil réservé à ces obligations notées "triple A", mais avec un supplément de rendement par rapport aux obligations de l'État allemand (Bunds). Ce qui montre que l'UE a encore du chemin à parcourir avant d'égaler le meilleur élève de la classe.

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