Une communion si nécessaire

Joan Condijts

Editorial de Joan Condijts, rédacteur en chef.

Malgré que la cupidité se soit insinuée de longue date, jusqu’à ternir, voire pervertir le sport, malgré que la Justice suisse, soupçonnant une éventuelle corruption, enquête sur l’attribution des coupes du monde 2018 à la Russie et 2022 au Qatar, malgré que Michel Platini, l’ancien patron du football européen, ait déclaré: "On ne s’est pas emmerdé pendant six ans à organiser une Coupe du monde (celle de 1998 en France, gagnée par cette même France) pour ne pas faire quelques petites magouilles. Vous pensez que les autres ne le faisaient pas dans les autres Coupes du monde?", malgré que le football soit, selon la formule consacrée (et promue par les rugbymen qui en inversent les termes pour qualifier leur discipline…), un sport de gentleman pratiqué par des brutes, malgré que des hordes de hooligans prévoient certainement de profiter de l’événement pour débrider leur violence, malgré que des individus du même acabit crachent leur haine raciste dans des stades, malgré toutes ces bonnes raisons pour ne pas le faire, des centaines de millions de cœurs battront au rythme de la vingt-et-unième Coupe du monde de football qui débutera ce jeudi à Moscou.

La Coupe du monde est cette communion simple, enfantine mais tellement nécessaire…

Le sport, et le football en particulier, demeurent d’exceptionnels vecteurs d’émotions, des éléments qui parviennent à rassembler par-delà les origines, les croyances, et les différences que la société édifie ou engendre, des femmes et des hommes par millions autour d’une cause commune. Lorsque l’objectif est atteint, quand la victoire est acquise, se répand un sentiment de joie et de plénitude qu’il est sans doute difficile de mesurer. Et dont il est encore moins aisé d’évaluer la véritable incidence économique, pour autant même qu’il en existe une. Dans cette période où pullule ce qui divise, où la virulence est devenue loi, la loi devenue virulente, où la bienveillance paraît plus faiblesse qu’altruisme, s’enivrer de prouesses de joueurs élevés en étendards d’un pays pourrait paraître vain et puéril. C’est au contraire l’expression saine et unique d’une communion qui déborde la société. Ou la transcende peut-être.

La Coupe du monde est cette communion simple, enfantine mais tellement nécessaire… 

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