Une inflation transitoire, vraiment?

Chroniqueur

L'inflation s'inscrit en nette hausse tant en Europe qu'aux États-Unis. Nous ne sommes pas encore dans une situation de réel dérapage des prix. Mais, plus que jamais, les banques centrales, qui parient toujours sur son caractère temporaire, doivent être attentives à la situation.

Vous avez dû vous en rendre compte dans vos factures et tickets de caisse: les prix sont à la hausse. Et cette fois, on ne peut pas parler de simple "myopie" du consommateur, qui ne tiendrait pas compte de la baisse de divers produits comme les téléviseurs ou les smartphones. Les chiffres sont là, noir sur blanc: l’inflation atteint 3% dans la zone euro, elle est proche de 4% en Allemagne – les Allemands n’apprécient vraiment pas cela  et elle dépasse les 5% aux États-Unis. En Belgique, la hausse des prix a dépassé 2,7% au mois d’août, en raison des progressions des tarifs de l’énergie, mais aussi du prix du pain, des céréales ou des boissons alcoolisées.

Face à ces chiffres, les banques centrales assurent toujours que la hausse des prix, qui dépasse largement la cible de 2%, n’est que transitoire, que la hausse des tarifs de l’énergie suit un mouvement de rattrapage après la chute de l’an dernier et que les dynamiques qui ont poussé l’inflation vers le bas au cours des 25 dernières années n’ont nullement disparu (mondialisation,  développement technologique ou vieillissement de la population).

On peut néanmoins se poser quelques questions sur certaines de ces forces, comme la mondialisation par exemple. La volonté de relocalisation après la pandémie et les relations très tendues avec la Chine pourraient changer la donne plus durablement sur le front des prix.

Certains effets de la pandémie sur les prix pourraient effectivement n'être que temporaires, mais d'autres pas.

Dans l’immédiat, ce sont des pénuries (semi-conducteurs, papier…) qui perturbent le jeu. Mais pénurie ou pas, certains industriels n'ont pas hésité à relever leurs prix afin de restaurer leurs marges de profit, gravement écornées par la pandémie.

Et puis, il y a parfois des effets inattendus du "rattrapage". En Belgique, la TVA a été réduite à 6% dans la restauration. L’objectif du gouvernement était de donner un coup de pouce temporaire à un secteur frappé de plein fouet par la crise sanitaire. Pour restaurer les marges, les prix pour le client final n'ont pas diminué, ce qui était plutôt anticipé. Un peu moins attendue, en revanche, était la hausse des prix dans de nombreux établissements. Même si, ici aussi, la hausse des prix de certaines denrées alimentaires a dû être répercutée.

Nous ne sommes pas encore dans une situation de dérapage de l'inflation ou de déclenchement d'une vraie spirale prix-salaires. Mais, plus que jamais, les banques centrales doivent être attentives à la situation. Certains effets de la pandémie sur les prix pourraient effectivement n'être que transitoires, mais d'autres pas.

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