Une majorité sans réelle opposition

Rédacteur en chef

Un an après les élections.

Le royaume du compromis n’avait plus connu pareille clarté économique depuis les années Dehaene et cette course à l’obtention d’un bristol pour le très select club de la monnaie unique. Saut d’index, retraite à 67 ans, abaissement de la fiscalité sur les revenus du travail (tax shift)… Au-delà de ces mots, de ces symboles, de ces intentions, l’essentiel demeure toutefois à réaliser pour le gouvernement de Charles Michel: la réforme des retraites ne tient pas qu’en un relèvement de l’âge comme la réduction des charges sur le travail nécessitera un transfert fiscal périlleux. Le plus difficile, outre les annonces, reste donc à réaliser. Rien d’illogique à ce stade de la législature. Aussi, un an après que l’électeur a glissé son bulletin dans l’urne, et presque huit mois après la constitution de cette formation qualifiée (jusqu’à présent à tort) par ses détracteurs de "kamikaze", la constatation s’impose: l’attelage fédéral tient la route. Et l’opposition l’y aide bien…

Même à Bruxelles et en Wallonie, le parti socialiste peine à édifier un projet qui puisse faire de l’ombre à la coalition fédérale.

Les changements que la majorité s’apprête à apporter mériteraient davantage qu’un rappel constant des promesses électorales oubliées, voire reniées. Non que cette question soit inintéressante — elle est même fondamentale pour la crédibilité de la sphère politique — mais ces récriminations répétées s’exonèrent d’une réflexion plus profonde que les réformes annoncées appellent par définition. Or les débats parlementaires et médiatiques tiennent plus souvent de la forme que du fond. En témoigne la récente "affaire Marghem" où les maladresses manifestes de la ministre de l’Energie ont déclenché un concert d’arguties vertes et rouges alors qu’aucune solution crédible n’a été proposée pour pallier un risque majeur: la garantie d’approvisionnement énergétique du pays.

Ces récriminations répétées s’exonèrent d’une réflexion que les réformes annoncées appellent par définition.

La plus grande force de l’opposition, le parti socialiste, ne parvient à exister qu’en postures, laissant souvent le terrain des idées (malheureusement populistes) au très habile PTB. Même à Bruxelles et en Wallonie, à ces niveaux de pouvoir régionaux qu’il a conservés, le parti socialiste peine à édifier un projet qui puisse faire de l’ombre à la coalition fédérale et ériger ces échelons en modèle d’une dynamique nécessaire. Même sur la question communautaire où les soupçons pesant, à juste titre, sur la N-VA quant à une déliquescence organisée des matières régaliennes, sont nourris par des faits (la toute fraîche régionalisation de la Computer crime unit), la formation d’Elio Di Rupo se montre bien silencieuse. Même dans la sphère judiciaire, secouée par le démantèlement de l’Office central de la lutte contre la délinquance économique et financière (OCDEFO) ou par les zones d’ombre du plan "Justice", l’opposition ne monte pas aux barricades.

Chercher le bon mot plutôt que construire l’alternative ne sert ni l’opposition, ni la majorité. Et ne détrompe aucunement ces citoyens pour qui la politique n’est plus qu’une oligarchie déconnectée.

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