Une nomination sans histoires

Frédéric Rohart

L'édito de Frédéric Rohart | Luis de Guindos à la BCE.

Un ministre des Finances, ex-cadre de Lehman Brothers, sans expérience en politique monétaire, sera donc n°2 de la très indépendante Banque centrale européenne. Ainsi viennent d’en décider ses collègues lors d’une réunion de l’Eurogroupe, organe informel qui délibère naturellement à portes fermées.

Pourquoi le Parlement ne pourrait-il pas avoir un droit de veto sur de telles nominations?
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Luis de Guindos fera peut-être un excellent banquier central – on le souhaite. Mais sa nomination, qui doit être formalisée par une réunion en bonne et due forme du Conseil des ministres des Finances (Ecofin) puis par les chefs d’État et de gouvernement, a un goût amer. Les députés du Parlement européen spécialisés dans les matières monétaires ont auditionné l’Espagnol et son rival, le banquier central irlandais Philip Lane. Et ont exprimé leur préférence pour ce dernier. Plus convainquant à l’audition, paraît-il – on peut difficilement en juger, l’audition s’est déroulée à huis clos.

On peut spéculer sur les raisons qui ont poussé les États à préférer l’un à l’autre. Ou plus exactement à encourager l’Irlande à retirer son cheval de la course, ce qu’elle a fait au dernier moment. Ce grand pays qu’est l’Espagne attendait depuis longtemps un poste européen en vue, les pays du nord veulent faire le plein d’arguments pour s’assurer que la succession de Mario Draghi tombera dans leurs filets…

Pour légitimes que puissent être ces raisons, elles entrent en confrontation avec d’autres, tout aussi légitimes: celles d’un Parlement directement élu qui se soucie des compétences et du pedigree des personnalités nommées à des postes aussi essentiels. Mais il se trouve que les eurodéputés n’ont à faire valoir dans cette affaire qu’un avis consultatif. À l’heure où l’Union cherche la formule qui lui permettrait de rapprocher ses institutions de ses peuples, elle pourrait ajouter cette question à l’équation: pourquoi le Parlement ne pourrait-il pas avoir un droit de veto sur de telles nominations? Ses raisons seront prises au sérieux, et les pilotes de la BCE ne tireront plus seulement leur légitimité de l’Eurogroupe, boîte noire de la démocratie européenne.

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