Une présidence des plus fragiles

Ursula von der Leyen l’emporte de justesse.

Deux semaines après sa désignation surprise par le Conseil européen, partant de rien, l’Allemande Ursula von der Leyen réussit à endosser le titre de présidente de la Commission européenne, le poste le plus puissant de l’Union. En quelques jours de "road show" et un discours millimétré où elle a rencontré les doléances des élus libéraux et socialistes, la démocrate chrétienne a fini par emporter l’adhésion du Parlement européen. Mais sa victoire, à neuf députés près (51%), est dénuée de gloire. C’est même le score le plus faible d’un candidat à la présidence, si l’on excepte celui de Jacques Santer en 1994 (45%). Lors des cinq prochaines années, elle devra composer avec toutes les forces en présence, sous peine de perdre sa fragile majorité au moindre coup de vent politique.

Ursula von der Leyen, c’est avant tout le choix d’Emmanuel Macron.

La faiblesse de ce score provient d’un éclatement des familles politiques traditionnelles et d’un désamour envers l’Europe. Les démocrates chrétiens conservent la plus haute fonction de l’UE, mais ils ne pourront rien sans le feu vert des libéraux. Les socialistes sont relégués de facto à une place mineure de la tripartite. Les Verts sont exclus de la "grande coalition" alors que la nouvelle présidente surfe sans eux sur la vague climatique.

La faiblesse du résultat vient aussi de la manière dont cette candidature est arrivée. Ursula von der Leyen, c’est avant tout le choix d’Emmanuel Macron et des libéraux logés dans Renew Europe, la décalque européenne d’En Marche. Ce choix, réalisé en accord avec la chancelière allemande Angela Merkel, sur le départ, met le Président français au premier plan. Par un retour de balancier, la France, en l’occurrence Macron, prend les rênes de l’Europe. Son atout, Charles Michel, à la tête du Conseil. Son alliée, Ursula von der Leyen, à la présidence de la Commission.

Cette nomination "jupitérienne" est-elle positive pour les Européens? La réponse viendra dans cinq ans. Ou avant. À l’heure d’évaluer ce qu’il restera des promesses égrenées devant le Parlement.

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