Une question de frontière

Rédacteur en chef adjoint

Brexit, Catalogne et Belgique: même combat.

Avec le Brexit, un mot circulait sur les lèvres des négociateurs: la frontière. La mer d’Irlande, la Manche, la lande immaculée de l’Ulster. Et avec ce mot, son lot de sang et de larmes qui ont émaillé l’histoire britannique. Des frontières que l’Europe a tenté d’abolir et qui lui explosent aujourd’hui au visage. Avec ce constat: le plan mis sur la table des députés britanniques n’est que le reflet d’une seule volonté, dite platement, celle de limiter la casse et, partant, d’éviter le retour à une époque qu’on aimerait laisser croupir dans les livres d’Histoire.

On l’a écrit à de multiples reprises dans ce journal, le Brexit est le résultat d’un agenda politique cynique, d’un déni manifeste de la vérité, de la surpuissance d’un groupe d’individus à même de mener par le bout du nez une partie de la population. Non qu’il faille ignorer les revendications des uns et des autres, pour honnêtes qu’elles soient, mais nous ne pouvons passer sous silence certaines postures politiques clivantes et malhonnêtes et qui, pourtant, ont fait mouche.

Le ressentiment accumulé au fil du temps est tel qu’il aura laissé des traces.

Ces galéjades ont aussi amplifié la crise catalane. De part et d’autre de cette frontière-là, de semblables statures politiciennes, de semblables allégations tonitruantes et, au final, au cours des années, l’enterrement d’un dialogue démocratique et constructif. Cette frontière, c’est la folle équipée des indépendantistes. C’est aujourd’hui la justice espagnole qui, avec une condamnation hypertrophique de ces mêmes indépendantistes, l’a consolidée au béton armé. Sans espoir de retour.

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Car ne nous leurrons pas: quelle que soit la destinée d’un accord sur le Brexit, quelle que soit, demain, une éventuelle solution catalane, le ressentiment accumulé au fil du temps est tel qu’il aura laissé des traces, à Londres, à Madrid et à Bruxelles, mais aussi et surtout dans l’assemblée nord-irlandaise et dans les cénacles catalans. Avec ce risque d’explosion de la violence qui continuera à les guetter à chaque futur tournant législatif.

La morale de l’histoire, la voici, amis politiques flamands, amis politiques francophones: regardez à l’ouest, regardez au sud. Ne nous embarquez pas dans cette course aux apories. Cessez de jeter du ciment dans les interstices de nos différences. Et dialoguez, avant qu’il ne soit trop tard. Quelqu’imparfaite qu’elle soit, la Belgique ne mérite pas qu’on lui élève, au cœur même de sa campagne, une frontière infranchissable.

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