Union Minière: la morale de l'histoire

Il y a 60 ans, le Congo annonçait son indépendance.

Il y a 60 ans, le nouvel État entrait dans une période de violence et de déstabilisation alimentée par la sécession brutale du Katanga, poumon économique du pays. Au cœur de ce retrait, l’Union Minière a mené, comme le montre notre reconstruction sur base de documents d’archives, un travail de sape continu qui ne fit pas honneur à la cause entrepreneuriale belge. L’Union Minière qui n’a pas hésité à frayer avec des criminels et des mercenaires, à généraliser un travail de propagande auprès des autorités à Bruxelles, fragilisant l’image de la Belgique à l’international, jouant politiquement et financièrement la carte d’une province hors-la-loi et ce, dans une fuite en avant éperdue qui se clôtura par une humiliante nationalisation une poignée d’années plus tard.

"Ne minimisons pourtant pas le travail immense qu’il reste à y faire, là où des mines « artisanales » continuent d’employer des ouvriers et des enfants dans des conditions inhumaines."

Aujourd’hui, 60 ans plus tard, l’une des "petites-filles" de l’Union Minière, Umicore, se fournit toujours en cobalt issu des mines de la République démocratique du Congo. L’ancienne colonie belge détient toujours des richesses qui semblent inépuisables: 60% de la production mondiale de cobalt provient de son sol. Pointons ce tournant vertueux de l’histoire, une ironie presque. La puissance de frappe de l’Union Minière tenait à la mainmise qu’elle avait sur des minerais utiles à l’armement et ce, au beau milieu de la Guerre froide. Aujourd’hui, le projet d’Umicore, c’est d’utiliser ce cobalt pour développer des batteries rechargeables, des turbines d’éoliennes, et intégrer le tout dans un processus complexe de recyclage. En résumé: un projet durable.

Ne minimisons pourtant pas le travail immense qu’il reste à y faire, là où des mines "artisanales" continuent d’employer des ouvriers et des enfants dans des conditions inhumaines. Umicore se plie aux normes internationales en vigueur pour éviter toutes relations avec ces employeurs de la misère humaine. Des règles émises par l’OCDE, par le London Metal Exchange, ont posé certaines balises. Dont acte. Il reste que l’Est du Congo est devenu une zone de non-droit, où nous avons pu constater, journalistes et société civile, Belges et Congolais, que de nombreuses sociétés d’extraction, localement, ne respectent pas les règles du jeu.

D’une colonie guerrière à celle du vent et de l’électricité, de l’Union Minière à Umicore, ce petit bout d’histoire nous apprend ceci: une entreprise est capable du meilleur comme du pire, elle a une capacité de développement formidable, mais aussi de nuisance. C’est aussi ça la morale que l’aventure controversée de l’Union Minière nous lègue: ne laissons pas aux historiens de demain le soin de dénoncer les errements d'aujourd'hui.

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