Usons de stratégie pour le climat, pas de milliards

Rédacteur en chef adjoint

Oui, une transition énergétique bien menée est bonne pour le climat, pour l'économie et pour l'emploi. Oui, un certain degré d'investissement financier sera nécessaire. Mais privilégions la stratégie avant l'endettement.

"Une nouvelle économie de l’énergie émerge, avec un potentiel de création de millions d’emplois." Refrain connu, galvaudé à force d’être martelé sans nuances. La phrase pourrait même paraître saugrenue à l’heure où les prix énergétiques mettent une pression inédite sur notre économie. Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’Énergie, l’a pourtant ressortie la semaine passée à la sortie du rapport de son institution sur la transition énergétique.

L’homme a raison. La transition énergétique est une opportunité pour l’emploi, pour peu qu’on la saisisse à pleine main et qu’on y joue l’audace. Au-delà d’annonces encore trop faibles au niveau individuel, certaines entreprises croient et investissent dans des technologies de rupture. Et c’est là que l’opportunité d’emploi est la plus forte.

Et la Belgique capte la lumière. Prenons les annonces de la seule journée de lundi. Le secteur automobile a pris le tournant de l’électrique? Volvo Gand, à la pointe dans ce domaine, figure sur la short list des sites prêts à accueillir une gigafabrique de batteries. Effet sur l’emploi: 3.000 nouvelles unités. L’électricité ne pourra pas à elle seule alimenter l’Europe en énergie? Ineos annonce un investissement de plus de 2 milliards d’euros dans l’hydrogène vert, la Belgique est citée. L’hydrogène vert est aussi la spécialité de John Cockerill, à telle enseigne que l’entreprise belge figure parmi les acteurs-clés du plan énergétique annoncé la semaine passée par Emmanuel Macron. "Faites passer le message, nous lançait son patron Jean-Luc Maurange, John Cockerill recrute!"

La transition énergétique est une opportunité pour notre économie et pour l’emploi. Usons de stratégie, pas simplement de milliards.

Et le politique, entre-t-il dans l’équation? Dans ces pages, le secrétaire d’État aux Investissements stratégiques, Thomas Dermine, invoque un investissement de 5.000 milliards sur 10 ans au niveau européen, rien que pour le climat. Fort bien. Un investissement public massif est effectivement nécessaire dans la rénovation des bâtiments, dans l’agriculture, dans les infrastructures, notamment énergétiques. Mais une annonce à beaucoup de zéros ne doit pas cacher les dérives d’une politique dépensière. Outre l’hypothèque gigantesque sur les moyens financiers des générations futures, ce qui apparaîtrait aux États membres comme un chèque en blanc pourrait effacer le besoin de cibler correctement les nécessités. Chez nous, la subvention de centrales au gaz, polluantes, pour pallier notre sortie du nucléaire montre à l’envi les conséquences d’un tel manque de jugement.

Les exemples ci-dessus d’avancées technologiques nous montrent que l’argent est déjà là. Ce dont les entreprises ont besoin, c’est davantage une vision politique, un cadre d’investissement, une réduction de la bureaucratie. La transition énergétique est une opportunité pour notre économie et pour l’emploi. Usons de stratégie, pas simplement de milliards.

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