Vox agrandit la famille europhobe

L’extrême droite entre au Parlement espagnol.

L’Espagne était un des seuls pays de l’Union européenne à ne pas avoir cédé à l’extrême droite. Depuis la mort de Franco en 1975 et la fin du franquisme en 1982 après la victoire des socialistes aux législatives, aucun parti n’avait osé endosser son héritage sanglant. Le passé trop récent des exactions du Caudillo et le parfum persistant de sa répression semblaient immuniser la démocratie espagnole. C’est terminé.

Ailleurs en Europe, les élus d’extrême droite s’affairent depuis un certain temps déjà dans les parlements et, depuis peu, les gouvernements. En Autriche, les nostalgiques du IIIe Reich ont retrouvé le pouvoir l’an dernier, avec le FPÖ. En Italie, les fans de Mussolini ont investi le gouvernement et dirigent le pays. En Allemagne, l’AfD a fait revenir le spectre du nazisme au Bundestag.

Les électeurs les plus radicaux préféreront toujours l’original à la copie.

Vox a vampirisé l’électorat du parti populaire. Lors de la crise catalane, le PP (démocrate chrétien) a voulu réveiller à son compte la ferveur nationaliste des Espagnols en matant les indépendantistes. Quelle erreur! La stratégie a échoué. Le PP a perdu plus de la moitié de ses députés. Déçus, les ultra-nationalistes espagnols ont préféré Vox. L’original.

Partout en Europe, ces cinq dernières années, le même scénario erratique s’est répété. Le centre droit, incarné par le PPE et la démocratie chrétienne, s’est inspiré des éléments de langage de l’extrême droite, centrés sur l’ordre et la sécurité, s’enlisant peu à peu dans la radicalité.

Au Royaume-Uni, David Cameron, par crainte du Ukip, a inventé le Brexit. En Hongrie, par peur de se faire rattraper par le Jobbik, le Premier ministre Viktor Orban s’est érigé en défenseur de la chrétienté et en pourfendeur de l’islam, se piégeant dans un rôle ubuesque. À Bruxelles, lors de la crise migratoire, la Commission européenne a misé sur la fermeture des frontières et leur renforcement, délaissant froidement les valeurs humanitaires.

Au final, l’extrême droite est sortie renforcée de cette mauvaise stratégie d’imitateur. C’est une règle, les électeurs les plus radicaux préféreront toujours l’original à la copie. En attendant, à quelques semaines des élections européennes, Vox vient ajouter sa voix aux autres partis europhobes.

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