Le Congo belge, 60 ans après

©Roger-Viollet

Deux nouveaux ouvrages viennent de sortir sur le Congo belge. L’un privilégie l’approche académique tandis que l’autre donne la parole à des témoins belges et congolais de l’époque coloniale.

Pour ceux qui, au-delà des discours passionnels, voire polarisants, du moment, veulent approfondir leurs connaissances sur le Congo belge, voici deux ouvrages qui abordent une multitude de facettes de l’ancienne colonie. L’un privilégie l’approche académique tandis que l’autre donne la parole à des témoins belges et congolais de l’époque coloniale. Les accusations et autojustifications sont laissées de côté au profit de la rigueur de l’analyse d’une part et de l’honnêteté des témoignages d’autres part.

"Le Congo colonial" est un ouvrage collectif réalisé par des chercheurs belges et congolais de tous horizons. Il répond aux questions que tout le monde se pose encore aujourd’hui. Comme celle du nombre de victimes causées par le système d’exploitation mis en place par Léopold II. Le démographe Jean-Paul Sanderson (UCLouvain) établit un déficit de 1 à 5 millions d’habitants en 1930 par rapport à ce que la population aurait dû représenter à ce moment-là. Les causes sont multiples: violences, massacres, maladies, carences alimentaires, baisse de la fécondité.

"Ce qui ne fait guère de doute, c’est que le Congo représentait un investissement économiquement très profitable."

Autre question: les missionnaires, dont 85% étaient flamands, ont-ils donné au colonialisme un visage plus humain? Guy Vanthemsche (VUB) répond de manière nuancée. "Les missionnaires ont certes fourni une contribution majeure à l’épanouissement et au développement de la colonie belge." Mais il ajoute que "les missions au Congo belge étaient une composante du système colonial et que de nombreux missionnaires ont fermé les yeux sur ses excès". "De nombreux autres ont réagi précisément contre cet état de fait", apporte-t-il encore. Les Congolais eux-mêmes sont partagés: ils utilisent toujours l’expression "aussi méchant qu’un Père" mais, en 1997, ils baptisent un stade sportif "Tata Raphaël", qui était le surnom du scheutiste Raphaël de la Kethulle de Ryhove qui a introduit le scoutisme au Congo.

Ce qui ne fait guère de doute en revanche, c’est que le Congo représentait un investissement économiquement très profitable. Frans Buelens (UAntwerpen): "Le Congo fut conçu comme un paradis des affaires, où de nombreuses lois et coutumes européennes ne s’appliquaient pas. L’économie était dominée dans une large mesure par un certain nombre de holdings. (…) Ils exercèrent une grande influence sur l’administration coloniale et les politiques menées par celle-ci. (…) Le Congo belge devint une des colonies les plus rentables au monde."

Un paradis à jamais révolu

Avec "Le Congo belge, mémoires en noir et blanc", la parole est donnée à des personnes qui ont connu la dernière période de la présence belge, au sortir de la guerre. Certains "anciens" du Congo évoquent "un paradis à jamais révolu" auquel ils sont restés profondément liés. La plupart sentaient venir l’indépendance mais sans pour autant l’accepter. Comme le haut fonctionnaire André de Maere: "J’ai considéré ce départ forcé comme un abandon de poste et de la population à laquelle je m’étais attaché."

Les personnes congolaises pointent au contraire un système paternaliste où la séparation était érigée en système. Chaque ville avait son quartier européen, avec ses propres magasins et infrastructures. Même au cinéma, les films n’étaient pas les mêmes. "Les films projetés pour les Noirs étaient préalablement censurés", se souvient Lazare Jéris Bungu Di Mbonga Labo.

Seul le personnel domestique (les boys) pouvait entrer chez les Blancs. Ou les prêtres. Ce que confirme Daisy Ver Boven, qui avait suivi son mari au Congo: "Nous invitions des curés noirs pour s’asseoir à notre table. Ils étaient nos premiers invités noirs. (…) Nous allions parfois, mais rarement, dans des maisons d’évolués. Ce n’était pas quelque chose de spontané, plutôt du tourisme."

Certains Congolais expriment aussi de la reconnaissance. Comme Pia Makengo, une des premières Congolaises à avoir fait des études secondaires:" On a beau critiquer l’époque coloniale, il faut comprendre qu’elle nous a apporté l’éducation et a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. (…) Tout a commencé à régresser du temps de Mobutu."

Jean-Paul Bombaerts

" Congo belge, Mémoires en noir et blanc 1945-1960", éd. Weyrich, 220 pages, 20 euros

" Le Congo colonial, une histoire en questions", éd. Renaissance du Livre, 466 pages, 30 euros

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