interview

"Un succès de Macron est plus important pour l'Europe que pour la France"

Georges Ugeux, toujours très critique vis-à-vis de Donald Trump, prévoit une correction boursière aux Etats-Unis. ©BELGAIMAGE

Georges Ugeux, président de Galileo Global Advisors, ancien vice-président exécutif de la Bourse de New York.

Georges Ugeux était de passage en Belgique pour un exposé au Cercle du Lac à Louvain-la-Neuve mais aussi pour faire la promotion de son roman financier "The Flying Dragon" qui vient d’être traduit en français. L’ancien vice-président exécutif de la Bourse de New York, aujourd’hui président de Galileo Global Advisors, est arrivé à Bruxelles en droite ligne de Paris où il est régulièrement interrogé par les médias français.

Que pensez-vous du scrutin français et en particulier d’Emmanuel Macron, un ancien banquier d’affaires?

J’ai rencontré Emmanuel Macron voici quelques mois en petit comité lorsqu’il est venu à l’Institut européen de l’Université de Columbia (où Georges Ugeux est professeur associé, NDLR). C’est un homme intelligent qui a de bonnes idées et du sang-froid. Il faut qu’il remporte ces élections. Car avec Marine Le Pen et le FN, la France est à la porte du fascisme, du racisme, de l’antisémitisme, avec en outre une politique économique qui n’a aucun sens.

Certains affirment que Macron n’a pas de programme. Mais c’est faux, ces gens n’ont sans doute pas lu son programme. Et puis son conseiller économique est Jean Pisani-Ferry, ce n’est quand même pas rien.

Si Macron l’emporte, cela peut-il donner une nouvelle impulsion à l’Europe?

Un tandem Macron-Merkel serait positif à mes yeux. Macron doit l’emporter pour sauver l’Europe. Une victoire de Macron est d’ailleurs plus importante pour l’Europe que pour la France, j’en suis persuadé.

Après cela, il faudra à mon sens reconstruire l’Europe. Quand on met ensemble le Brexit, Donald Trump et le scrutin français, on ne peut que constater un sérieux malaise. La perception du citoyen aujourd’hui est que les décisions qui le concernent ne sont plus prises au niveau national. Les gens ont l’impression que cela irait mieux si la France gérait seule les problèmes français. Il y a une énorme illusion dans tout ceci, mais "perception is reality". C’est pourquoi je pense que le moment est venu de recalibrer l’Europe. Il faut reconstruire la subsidiarité. La réalité est que l’Europe ne doit pas s’occuper de tout. Elle ne doit pas s’occuper des asperges ou des petits pois ou que sais-je encore. Il va falloir redécliner la globalisation d’une manière différente.

Les pouvoirs de la Commission européenne doivent être rabotés?

Absolument. Il existe des tas de domaines où l’Europe n’apporte aucune valeur ajoutée. L’Europe doit donc faire moins de choses, mais bien les faire. C’est d’ailleurs un des scénarios évoqués dans le Livre blanc sur l’avenir de l’Europe publié par la Commission européenne en mars. C’est le quatrième scénario parmi les cinq qui sont évoqués dans le rapport: faire moins, mais de manière plus efficace. Je crois profondément à ce scénario. Les questions de sécurité et de migration doivent bien entendu être centralisées. Mais la Commission pourrait lever le pied dans bien d’autres domaines.

"Il existe des tas de domaines où l’Europe n’apporte aucune valeur ajoutée. L’Europe doit donc faire moins de choses, mais bien les faire. C’est d’ailleurs un des scénarios évoqués dans le Livre blanc sur l’avenir de l’Europe."

Je suis un pro-Européen convaincu, mais je ne pense pas que nous arriverons à bâtir une vraie politique économique et fiscale européenne commune. Il faut garder l’euro bien entendu, mais il ne faut pas demander à la monnaie ce qu’elle ne peut et ne doit pas faire. On ne doit pas demander à la Banque centrale européenne de créer de l’emploi. La BCE doit s’occuper de la politique monétaire. Quand on discute de l’emploi, il faut admettre que la valeur ajoutée de l’Europe dans la création d’emplois est quasiment nulle. Faisons donc moins de choses, mais mieux. Je pense d’ailleurs que dans le cadre du Brexit, la Grande-Bretagne afficherait une convivialité intelligente avec une Europe qui ne chercherait plus à tout faire.

Selon vous, la Banque centrale européenne en fait trop? Que pensez-vous de son président, Mario Draghi?

Je reconnais que Mario Draghi a été très utile aux pires moments de la crise. Mais cela s’arrête là. Aujourd’hui, il est grand temps qu’il stoppe sa politique de rachats d’obligations. Le jardin est sous eau et on utilise encore l’arrosoir. Cela n’a pas de sens et cela nous coûte cher. Les taux d’intérêt négatifs ont aussi des effets pervers sur les fonds de pension et les assureurs. Je ne peux pas admettre non plus le traitement qui est infligé aux pensionnés et aux épargnants en raison des taux d’intérêt au plancher. C’est de l’expropriation!

Vous aviez été très critique vis-à-vis de Donald Trump lors de sa prise de pouvoir. Vous l’êtes toujours après ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche?

Oui. La résistance à Trump n’a pas diminué, elle continue et s’organise. Et elle a pour résultat qu’une série de choses complètement illégales ou non constitutionnelles désirées par Trump n’ont pas été réalisées. C’est le cas dans le domaine de l’immigration. Mais le malaise reste bien présent.

Trump éprouve des difficultés dans le remplacement de l’Obamacare par son Trumpcare. Pour la baisse des impôts et la réforme fiscale, on parle d’un coût de 2.000 milliards de dollars. Dans sa forme actuelle, le projet est mort-né, selon moi. Ce que Trump doit comprendre, c’est qu’il ne peut pas faire passer un sujet aussi sensible qu’une réforme fiscale sans travailler avec les démocrates.

En politique internationale, Trump souffle le chaud et le froid…

Au Moyen-Orient, après le bombardement en Syrie, on n’est toujours nulle part.

C’est le problème de la Corée du Nord qui m’inquiète le plus. Nous avons ici deux fous, mais avec des folies différentes. Trump a joué la carte de la provocation en lançant qu’il allait régler seul le problème de la Corée du Nord. Le risque, c’est de se réveiller un jour en entendant que Tokyo ou Séoul ont été la cible d’attaques nucléaires. Alors oui, il y aura d’immenses mesures de représailles. Mais il se sera trop tard. Le mal sera fait. Tout cela est vraiment très dangereux.

Dans le domaine économique, il existe un écart entre les indicateurs de confiance aux USA et les chiffres réels qui sont plus décevants.

Effectivement. Trump a surtout créé des attentes en matière de relance. Des attentes qui ont provoqué une hausse des taux de rendement obligataires. On va très vite, selon moi, arriver au plafond de l’endettement alors que l’exercice budgétaire sera compliqué.

Les attentes en matière de relance se sont transmises au marché boursier, où l’on a vu le Dow Jones et le Nasdaq progresser assez nettement ces derniers mois. Certains disent que le marché boursier américain est aujourd’hui surévalué.

Cette surévaluation est très claire. Vous savez, comme moi, que si les taux d’intérêt montent, c’est négatif pour la Bourse. Il y a des gens extrêmement sérieux qui prédisent un krach du marché de 20%. Le patron de la firme BlackRock, Larry Fink, prévoit une telle correction et également une grosse récession économique, si rien ne change. Vous pouvez tirer sur l’élastique, vous pouvez être optimiste tant que vous voulez, mais à un certain moment, la réalité des faits vous rattrape.

Vous partagez donc cette prévision d’une forte correction boursière…

Oui, même si je n’ose plus prédire le timing de cette correction tant le marché est irrationnel. Mais c’est clair, la Federal Reserve américaine devrait continuer à remonter les taux d’intérêt. Et tôt ou tard, le marché boursier va devoir s’ajuster.

"le dragon volant" l’autre Ugeux, auteur de romans financiers

C’est son nouveau moment de détente: l’écriture de romans financiers. Georges Ugeux vient de publier la version en français de son "Flying Dragon" paru l’an dernier en anglais. Une histoire qui se passe à Hong Kong, où l’on fait la connaissance de Victoria Leung, détective spécialisée dans les affaires de fraude financière. Cette "jeune et séduisante" Asiatique va enquêter sur le décès du responsable du trading en produits dérivés d’une grande banque, tombé du 22e étage de l’établissement. Suicide ou crime? Ugeux s’amuse visiblement dans ce roman qui se laisse lire agréablement. Le deuxième épisode des aventures de Victoria Leung est d’ores et prévu et se déroulera cette fois dans la City de Londres.

"Le Dragon volant", par Georges Ugeux, EdiLivre, 264 pages, 19,50 euros

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