chronique

À quand un "nutri-score" pour les contrats d’énergie?

Le consommateur qui achète aujourd’hui de l’énergie verte n’a pas la moindre idée dans quelle mesure cette énergie est vraiment verte. De fait, il n’est pas impossible que cette énergie "verte" soit en réalité de l’énergie grise portant une étiquette verte. De nombreux producteurs d’énergie blanchissent en effet de l’énergie provenant de sources non renouvelables en les couplant à une garantie d’origine verte de l’étranger. C’est la raison pour laquelle il faudrait un "nutri-score" pour l’énergie; un système transparent pour montrer l’origine de l’énergie.

Selon la Commission Wallonne pour l’Énergie (CWaPE), 28 % seulement de l’énergie consommée en 2018 en Wallonie provenaient de contrats verts. Mais, de surcroît, rien ne garantit que cette électricité verte soit produite dans notre pays. Sur ces contrats dits « verts », il s'avère que seulement 23 % le sont effectivement, c'est-à-dire couverts par des sources d'énergie renouvelable locales et donc belges.

Le problème, ce sont les garanties d'origine. Elles sont trop faciles à acheter et à marchander, et ne coûtent pas assez cher. Elles ont été introduites sur le marché européen de l'énergie au cours de la décennie précédente, dans le but de certifier et de tracer de façon claire l'origine de l'énergie verte en Europe. Ce sont des documents justificatifs grâce auxquels les fournisseurs d'énergie apportent la preuve de l'origine de l'électricité. Un producteur d'énergie a droit à une garantie d'origine pour chaque mégawattheure d'énergie verte qu'il produit. Cette garantie d'origine peut être vendue à des tiers à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières nationales. Les producteurs d'énergie norvégiens, italiens et islandais, notamment, recourent massivement à cette pratique.   

Les compagnies d'électricité belges acquièrent ces certificats étrangers à des prix ridicules pour déguiser leur électricité grise. Seulement voilà, seuls les certificats se déplacent vers la Belgique, pas l'électricité. En d'autres termes, près de 80 % des « contrats verts » wallons sont donc blanchis par des garanties d'origine extérieures à notre pays.

"80 % des « contrats verts » wallons sont blanchis par des garanties d'origine extérieures à notre pays."
Pieterjan Verhaeghen
Fondateur de la plateforme énergétique Bolt

En outre, elles sont bon marché. Apposer une étiquette verte sur de l’électricité ne coûte qu'un euro par ménage belge par an. Et puisque la vente d'électricité « truquée » est si facile et si peu chère, les producteurs d'énergie belges ne réalisent pas d'investissements massifs dans le solaire ou l'éolien. Or ce sont justement ces investissements-là dont nous avons besoin pour assurer la transition climatique.

En ces temps décisifs, et pour rester sur le sujet du climat, les consommateurs doivent être plus attentifs à la façon dont ils dépensent leur argent et aux évolutions qu'ils favorisent – ou pas.

Un score A, B ou C

Le système doit être plus simple et plus transparent, raison pour laquelle je plaide en faveur d'un nutri-score sur les contrats et les factures d'énergie, comme dans le secteur alimentaire. Les consommateurs ne lisent pas les passages en petits caractères de leur contrat d'énergie, de la même manière qu'ils n'étudient pas la liste des ingrédients de leur pot de yaourt. Ils veulent savoir ce qu'ils achètent en un seul coup d'œil. Il faut que figure sur l'emballage un message clair, univoque, sur la nature réellement écologique de leur électricité.

Votre énergie provient de l'énergie solaire locale ? Elle obtient un A. Votre énergie est locale mais provient de la biomasse ? Elle reçoit un B. Elle n'est pas locale, mais couverte par une garantie d'origine d'une éolienne islandaise ? Elle obtient un C. Le détail de ce système d'évaluation peut évidemment faire l'objet d'une discussion, c'est évidemment la transparence qui m’importe.

Si nous donnons aux consommateurs la possibilité de choisir vraiment d'où vient leur énergie, les producteurs seront obligés de suivre le mouvement en investissant. Au moment de la conclusion du contrat, indiquons aux consommateurs – au moyen d'un nutri-score pour l'électricité – d'où provient leur électricité, cela donnera un coup de pouce à l'écologisation de notre pays.

Pieterjan Verhaeghen
Fondateur de la plateforme énergétique Bolt

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