interview

Arianna Huffington: "Le vrai problème de Trump? Il ne dort pas assez"

©Bart Heynen

La doyenne de la Vlerick School Marion Debruyne rend visite à sa grande inspiratrice: Arianna Huffington, une des entrepreneures les plus influentes des États-Unis qui, avec sa start-up Thrive Global, souhaite radicalement changer le monde.

"Oh no, we have the same colour of dress." Ce sont les premiers mots d’Arianna Huffington, après avoir accueilli chaleureusement Marion Debruyne dans les bureaux de sa start-up Thrive Global à Manhattan. Elle pense que deux robes de la même couleur, ça ne passera pas sur la photo, et elle demande donc à une de ses collaboratrices de lui apporter une autre robe, qui traîne quelque part sur un canapé.

Nous prenons place dans le bureau – stylé, mais encombré – de l’entrepreneuse. À côté de centaines de livres, on est surtout frappé par les photos Huffington pose avec des célébrités: l’ancienne première dame Michelle Obama, une des patronnes de Facebook Sheryl Sandberg, la célèbre journaliste TV Oprah Winfrey, la styliste Diane von Fürstenberg, la reine Rania de Jordanie. Plusieurs collaboratrices entrent alors discrètement chargées d’assiettes, d’eau et d’une coupe de fruits.

"La vie et la carrière de Huffington personnifient la manière dont on peut se réinventer. Tant au niveau industriel que personnel"
Marion Debruyne

Tout ici rappelle que Huffington est une diva aux Etats-Unis. Son palmarès en dit long: elle a brigué le poste de gouverneure de Californie, fondé le plus grand journal en ligne du pays – The Huffington Post – et est administratrice du service de taxis Uber. Pour sa start-up Thrive Global, elle a trouvé les fonds et le soutien auprès de personnalités comme Sheryl Sandberg, le patron d’Amazon Jeff Bezos, et le fondateur d’Alibaba Jack Ma.

Vingt minutes plus tard, lorsque Huffington nous rejoint, impeccable dans sa nouvelle robe, elle ne laisse rien paraître de son statut de star. À 67 ans, elle déborde d’énergie et séduit immédiatement son public avec son accent grec. Car elle est née à Athènes. Son nom de jeune fille: Arianna Stasinopoulou.

"J’aime beaucoup ce que vous écrivez", lance-t-elle d’emblée après s’être repoudré le nez. Le compliment n’est pas pour moi, mais pour Marion Debruyne (45 ans). Les deux femmes sont entrées en contact après que Debruyne ait expliqué dans un billet écrit pour le quotidien financier britannique The Financial Times pourquoi Huffington était son modèle. L’Américaine a immédiatement envoyé un mail pour la remercier. Une bonne raison pour nous de les réunir.

"La vie et la carrière de Huffington personnifient la manière dont on peut se réinventer. Tant au niveau industriel que personnel", a écrit Debruyne. Dans le domaine professionnel, elle fait allusion à la façon dont Huffington a misé sur la "disruption" des médias en créant The Huffington Post. Et à son rôle d’administratrice d’Uber, qui a bouleversé totalement le secteur du transport.

"Votre carrière dépend de la qualité et non du nombre de décisions que vous prenez."
Arianna Huffington

Avec sa dernière start-up, Thrive Global, Huffington ambitionne de changer totalement notre façon de penser. Cette démarche s’inscrit à nouveau dans une "disruption" personnelle. En 2007, dans son bureau, elle a soudainement repris connaissance au milieu d’une mare de sang. À cause de surmenage – Huffington travaillait 18 h par jour, sept jours sur sept, et dormait moins de cinq heures par nuit – elle a perdu connaissance. Blessée à l’orbite de l’œil et à une pommette, les conséquences furent radicales: elle décida de quitter The Huffington Post en se donnant pour mission de dormir davantage et de mener une vie plus "consciente". Elle a écrit deux best-sellers sur le sujet et donne des conférences partout dans le monde. Avec Thrive Global, elle souhaite convaincre les managers qu’en encourageant les travailleurs à dormir suffisamment et en étant attentif à leur bien-être, on ne les rend pas seulement plus heureux, mais aussi plus productifs.

Huffington: "La vie de chacun est de plus en plus liée au changement. Vous devez en permanence vous remettre en question, avec comme conséquence que les carrières sont moins linéaires. Sheryl Sandberg qualifie notre vie de ‘jungle gym’. Il n’y a plus d’échelle. Pour les entreprises, c’est la même chose. Si vous adoptez cette approche, la vie devient beaucoup plus facile pour vous et pour l’industrie. Dans votre vie, c’est aussi la même chose: n’avez-vous pas vécu de grands changements?"

Debruyne: (Elle rit.) "Oui, mais peut-être pas de manière aussi intense que vous…"

H.: "L’intensité ne change rien. C’est le principe de base qui compte. N’êtes-vous pas également quelqu’un qui accepte le changement?"

D.: "En effet. De l’ingénierie au marketing, du monde des affaires au monde académique, j’ai déménagé aux États-Unis et je suis revenue en Europe. Mais maintenant que je dirige une école de commerce, je suis surtout curieuse de connaître le modèle qui se cache derrière Thrive Global. Le principe de base est clair: accroître le bien-être dans les entreprises. Mais en dehors des formations pour les multinationales, vous avez également un site d’informations et vous vendez vos produits en ligne. Au fond, quel type d’entreprise est Thrive Global?"

"Si une tempête éclate, allez à l’essentiel, au coeur du problème. Là où il fait calme."
Marion Debruyne

H.: "Nous nous appuyons sur deux piliers. Nous sommes avant tout une plate-forme de médias. Comme The Huffington Post, mais autour d’un seul thème: comment vivre de manière aussi bonne, saine et productive que possible? Nous nous basons sur les dernières recherches scientifiques concernant la relation entre bien-être et productivité. Elles révèlent que votre carrière ne souffre pas si vous dormez plus, méditez ou rechargez vos batteries. Au contraire, vous rendez vos collaborateurs plus productifs. Notre deuxième pilier consiste à former les grandes entreprises comme Uber, le consultant Accenture, la banque d’affaires JP Morgan et la chaîne d’hôtels Hilton. Nous les aidons à changer radicalement leur culture. De plus en plus d’entreprises comprennent que nos formations ne sont pas marginales, mais une condition sine qua non si elles souhaitent réussir. Vos bénéfices s’érodent lorsque vos collaborateurs souffrent de burn-out: votre productivité baisse, leur implication diminue, le taux de rotation du personnel augmente, de même que les coûts en soins de santé. Les cours que nous proposons sont encore plus importants pour le directeur financier que pour le département RH. Le manque de sommeil coûte 411 milliards de dollars par an à l’économie américaine."

Vous citez des entreprises comme JP Morgan. Mais sur Wall Street, les semaines de travail de 100 heures et plus sont monnaie courante. Les entreprises ne font-elles pas appel à vos services pour se donner bonne conscience?

 
H.: Absolument pas. Comme lors de tout grand changement dans l’histoire, certaines habitudes perdurent un certain temps. Nous ne sommes pas passés en une nuit du Moyen-Âge à la Renaissance.

"Le manque de sommeil coûte 411 milliards de dollars par an à l’économie américaine."
Arianna Huffington

Chez JP Morgan, la direction a lancé un appel à ses 200.000 collaborateurs pour qu’ils se consacrent au cours du prochain mois à un des thèmes suivants: dormir plus, pratiquer la pleine conscience, faire preuve de gratitude ou se désintoxiquer de la technologie. Le patron de la banque d’affaires et le directeur du marketing ont indiqué ce qu’ils comptaient faire pratiquement. Ce n’était pas du "window dressing". Pourquoi? Parce que les collaborateurs ont vu la direction s’engager à dormir davantage. Dans une banque d’affaires, cela passe habituellement pour un blasphème. Marion, vous utilisez aussi des techniques pour gérer votre stress, non?

D.: Lorsque j’ai relu vos livres "The Sleep Revolution" et "Thrive" dans l’avion, j’ai en effet repris conscience de la nécessité de prendre de temps en temps une pause pour recharger ses batteries.

H.: J’utilise mon Apple Watch pour me ramener dans le droit chemin. Elle me rappelle parfois de prendre mes distances par rapport aux problèmes du jour.

D.: N’est-ce pas paradoxal? C’est précisément notre dépendance envers la technologie qui nous rend fragiles et nous empêche de nous concentrer sur une seule activité à la fois. C’est dans ce domaine que des sociétés technologiques comme Facebook excellent: leur modèle opérationnel est basé sur des modèles scientifiques qui nous incitent à nous connecter en permanence.

H.: C’est vrai. Mais la technologie pourra aussi nous aider à nous désintoxiquer de la technologie. Nous avons développé une application qui dévie les messages entrants lorsque les utilisateurs souhaitent prendre du temps pour eux-mêmes et leur famille. Et nous ouvrirons bientôt à San Francisco un plus grand département de développement pour concevoir d’autres produits numériques. L’objectif est d’aider des centaines de millions de personnes dans le monde à améliorer le bien-être au travail et dans leur vie privée.

Un entrepreneur comme Elon Musk pourra-t-il encore gérer tous ses projets – de Tesla à la conquête spatiale, en passant par le transport sous-terrain super rapide – en dormant davantage et en travaillant moins?

"La technologie pourra aussi nous aider à nous désintoxiquer de la technologie."
Arianna Huffington

 
H.: This is not about not working hard. But about working smart. Ce n’est pas le nombre d’heures de travail qui compte, mais la qualité des décisions que vous prenez. Regardez Jeff Bezos qui, lors du lancement de Thrive Global, a écrit un texte avec comme titre: "Pourquoi mes nuits de huit heures de sommeil sont profitables aux actionnaires d’Amazon". Il a calculé que la qualité de ses décisions était de 5 à 20% moins bonne les jours où il n’avait pas assez dormi. Que vous soyez Jeff Bezos, Elon Musk, Arianna Huffington ou Marion Debruyne, votre carrière dépend de la qualité et non du nombre de décisions que vous prenez.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez dit un jour que Donald Trump devrait dormir davantage?

 
H.: Absolument. Nous l’utilisons même comme "case study" sur le manque de sommeil, pour constater ce qui se passe lorsque quelqu’un se réveille au milieu de la nuit et envoie des tweets que ses collaborateurs devront "rattraper" le lendemain. Trump est l’exemple parfait d’un cerveau chaotique qui explose. The Washington Post a compté plus de 3.000 erreurs ou contrevérités dans ses argumentations depuis qu’il est président.

D.: Dans vos entreprises, les travailleurs disposent d’espaces dédiés pour faire de petites siestes. En Europe, où nous avons plus de vacances et des semaines de travail plus courtes qu’aux Etats-Unis, j’entends les entrepreneurs dire qu’ils ne paient pas leurs employés pour dormir. En particulier au moment où notre industrie doit faire face à une concurrence de plus en plus forte de pays comme la Chine, qui sont plus compétitifs et où l’on travaille très dur.

"Trump est l’exemple parfait d’un cerveau chaotique qui explose"
Arianna Huffington

H.: Auparavant, je faisais même la sieste dans mon bureau, avec les rideaux ouverts pour montrer le bon exemple. Aujourd’hui, je dors le plus souvent huit heures par nuit, donc ce n’est plus nécessaire. Les entreprises ont des raisons de s’inquiéter pour leurs travailleurs s’ils passent la nuit à jouer à Foursquare ou à scroller sur Instagram, car ils perdent leur créativité et leur concentration. Et pour ce qui concerne les Chinois: ils ont de gros problèmes de santé mentale. En 2008, le gouvernement avait déjà reconnu, bien avant nous, que l’addiction à internet était un réel problème.

Le patron d’Alibaba, Jack Ma, le principal acteur technologique chinois, investit dans votre entreprise. Discutez-vous avec lui de ces problèmes?

 
H.: Absolument. Tout récemment, Jack Ma a dit des choses étonnantes. "Ces dix dernières années, les muscles étaient les principaux facteurs de succès. Pour les dix prochaines années, ce sera la sagesse", a-t-il déclaré. Il organise des cours de tai-chi pour ses collaborateurs, afin qu’ils accèdent à cette sagesse. De nombreux patrons de sociétés technologiques, comme Masayochi Son, le fondateur de Softbank, sont conscients des défis qui nous attendent dans ce domaine.

Biographies

- Arianna Huffington (67 ans) est née à Athènes sous le nom d’Arianna Stasinopoulou. Elle a grandi dans une famille grecque sans ressources. Alors qu’elle parlait à peine anglais, elle a décidé de faire son master en économie à Cambridge. Peu après, elle a publié son premier ouvrage "The Female Woman, An Argument Against Women’s Liberation for Female Emancipation".

À 30 ans, elle déménage aux Etats-Unis où elle épouse en 1986 le républicain Michael Huffington. Son mariage prend fin lorsque son mari se révèle être bisexuel. En 2003, elle se porte candidate indépendante à l’élection du gouverneur de Californie contre Arnold Schwarzenegger.

En 2005, Huffington a lancé le site internet d’informations politiques The Huffington Post, revendu six ans plus tard à AOL, devenue Verizon, pour 315 millions de dollars. Elle est restée rédactrice en chef jusqu’en 2016.

Depuis sa chute dans son bureau en 2007 suite à du surmenage, elle est connue comme "sleep evangelist".

L’an dernier, elle a lancé Thrive Global, qui vaut aujourd’hui 120 millions de dollars. L’entreprise comprend une plate-forme de médias, des formations pour entreprises et du commerce en ligne (coussins, bougies, Fitbits).

- Marion Debruyne (45 ans) est ingénieure civile en chimie. Elle a obtenu un doctorat en sciences économiques appliquées. Elle a travaillé pendant cinq ans aux Etats-Unis en tant que professeure et visiting scholar dans plusieurs écoles de commerce. En 2012, elle a repris la direction des formations de master de la Vlerick Business School. Depuis 2015, elle est doyenne de la 16e meilleure école de commerce d’Europe, selon le classement du Financial Times. Elle est administratrice du holding Ackermans & Van Haaren et du groupe de cinémas Kinepolis.

 

D.: Les choses bougent, en effet. Malgré tout, vos idées sont difficiles à mettre en pratique. En particulier pour les femmes. Celles qui ambitionnent de faire carrière ont le sentiment qu’elles doivent en faire plus que les hommes pour prouver que leur performance ne souffre pas de leurs responsabilités familiales et qu’elles travaillent en permanence.

H.: Vous avez raison. Tout d’abord, il semblerait que les femmes refoulent davantage leur stress. Les recherches scientifiques montrent que les femmes qui ont des emplois stressants ont 40% de risques supplémentaires de souffrir de maladies cardiovasculaires et 60% de plus de développer le diabète. Nous sommes perfectionnistes, et nous avons un colocataire dans notre esprit qui nous fait sans cesse des commentaires désagréables. Nous devons être plus stoïques et moins nous laisser harceler par tout ce qui n’est pas parfait. Mais une autre chose tout aussi importante, c’est que la culture d’entreprise est encore dominée par le stress. Je le vois chez moi: quand je suis épuisée, je suis moins empathique, moins flexible et plus dure. Et que voyez-vous dans la Silicon Valley? Que ce sont précisément les hommes qui ont ces traits de caractère qui font la pluie et le beau temps, parce qu’ils correspondent parfaitement à une culture où tout le monde est épuisé. Les femmes ont beaucoup plus de mal à résister à un tel environnement. Pour moi, vaincre cette culture sera la troisième révolution féministe, après le droit de vote et l’égalité des chances sur le marché du travail.

En tout cas, cette révolution n’a pas encore eu lieu chez Uber, dont vous êtes administratrice. L’an dernier, l’entreprise a été fortement critiquée après plusieurs témoignages de sexisme envers certaines collaboratrices.

 
H.: Même avant la crise, nous avons déjà donné avec Thrive des cours gratuits pour réduire cette culture du stress et de la surcharge de travail. Le nouveau CEO, Dara Khosrowshahi, est sur la même longueur d’onde.

Mais qu’avez-vous fait vous-même pour changer cette culture?

"Dans les entreprises qui grandissent super vite, l’équipe dirigeante a souvent un comportement qui ne serait pas toléré dans une entreprise moins performante"
Arianna Huffington

 
H.: J’ai un jour écrit que la culture d’une entreprise était en quelque sorte son système immunitaire. Si vous n’en prenez pas soin, vous payez tôt ou tard le prix fort. Nous l’avons vu avec Uber. Je l’ai également dit au personnel: nous en rendrons la direction responsable. Et à partir d’aujourd’hui, la règle qui prévaut chez nous, c’est que les "brillants enfoirés" ne sont plus les bienvenus. Dans les entreprises qui grandissent super vite, l’équipe dirigeante a souvent un comportement qui ne serait pas toléré dans une entreprise moins performante.

Est-ce cette culture de croissance rapide et de peu d’empathie qui a provoqué la tempête de protestations contre Facebook concernant l’abus des données de ses clients?

 
H.: Le problème de Facebook peut être qualifié d’effet collatéral. La mission de l’entreprise était de connecter les gens entre eux, mais ils n’ont pas suffisamment réfléchi aux éventuels abus par des tiers. Un autre problème plus important encore, c’est que ces entreprises ne réfléchissent pas assez au fait que détourner l’attention des utilisateurs – en particulier des jeunes – crée un problème énorme pour leur santé mentale. Les statistiques en matière de dépression et de troubles de l’anxiété chez les adolescents – surtout chez les filles – sont alarmantes.

D.: L’enseignement a également un rôle important à jouer.

©Bart Heynen

H.: Dans vos articles, Marion, vous mentionnez plusieurs fois Bill George, le professeur de Harvard qui plaide pour un leadership authentique. Dans le même sens, il faut que vos étudiants apprennent à quel point il est important, comme dans un avion, de commencer par mettre son propre masque à oxygène avant d’aider les autres. Votre propre bien-être en tant que manager est crucial pour vos résultats, mais aussi pour votre créativité. Où sont les icebergs? Est-ce que je suis capable de les voir avant tout le monde? C’est la principale question aujourd’hui. Et c’est pourquoi la créativité est devenue une des caractéristiques les plus importantes des entrepreneurs et des managers. Et nous savons tous que nous sommes plus créatifs sous la douche, quand nous faisons notre jogging ou quand nous nous promenons, et pas quand nous répondons à nos mails en pilotage automatique. C’est avec ce message que je souhaite changer notre façon de vivre et de travailler.

D.: Vous ne vous êtes pas arrêtée après les deux best-sellers, et vous avez déjà derrière vous deux levées de capitaux, qui portent la valeur de votre entreprise à 120 millions de dollars.

H.: Vous savez comme moi que les opportunités d’investissement sont les meilleures au moment où tout un secteur est bouleversé. Eh bien, aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une révolution limitée à un secteur en particulier, mais de la manière globale dont nous vivons et travaillons. Je ne vois aucune limite. Nous venons de nous lancer sur le marché indien, où l’addiction à internet est un énorme problème.

Vous êtes déjà active en Grèce. Des pays comme les Pays-Bas et la Belgique se trouvent-ils sur votre radar?

"J’ai adopté la culture américaine, mais je me sens encore proche de mes racines grecques. Je suis depuis toujours fascinée par les philosophes classiques".
Arianna Huffington


H.: Absolument. Marion, pourquoi ne pas collaborer dans ce domaine?

D.: Nous pouvons certainement en discuter.

Vos racines grecques vous aident-elles à observer les secteurs traditionnels avec un certain recul?


H.: Cela aide certainement d’être une sorte d’outsider, parce que vous ne considérez jamais la situation existante comme allant de soi.

D.: Vous considérez-vous encore comme une outsider? Vous avez été prise en photo avec tellement de grands de ce monde.

H.: Je n’y pense plus. J’ai adopté la culture américaine, mais je me sens encore proche de mes racines grecques. Je suis depuis toujours fascinée par les philosophes classiques. Ma principale source d’inspiration est Marc Aurèle, parce qu’il parvenait à combiner son rôle d’empereur et celui de philosophe. Tout comme lui, j’essaie de répondre de manière stoïque à la question: que faites-vous lorsque les choses ne se passent pas comme vous le souhaitez? La seule chose que nous puissions changer, c’est notre propre perspective, la façon de gérer les obstacles. Dans l’œil du cyclone…

D.: … tout est calme. J’utilise souvent cette métaphore dans mes cours. Si une tempête éclate, allez à l’essentiel, au cœur du problème. Là où il fait calme.

H.: C’est la principale caractéristique d’un grand leader. Aucune entreprise n’échappe à des ouragans.

Votre credo est la prière chrétienne de la Sérénité: "Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses qui peuvent l’être, et la sagesse de faire la différence entre les deux." Savez-vous ce que vous pouvez ou ne pouvez pas changer?


H.: Cela change tous les jours. Il y a quelques semaines, ma cadette a été renversée par une voiture et est tombée la tête sur le trottoir. Conséquence: commotion cérébrale et céphalées. Nous avons toutes deux dû apprendre à accepter qu’un processus de guérison pouvait être long. Ce genre de chose arrive à tout le monde. Et il faut avoir la sagesse de comprendre que vous ne pouvez forcer certaines choses, que vous devez vous résigner.

D.: Vous dites qu’avec Thrive Global, vous souhaitez avoir un véritable impact et changer notre manière de vivre et de travailler. Vous avez été un jour dans la course pour devenir gouverneure de l’État de Californie. Songez-vous parfois à vous relancer en politique pour atteindre vos objectifs?

H.: Oh, non. Je peux davantage faire bouger les choses avec mon entreprise qu’avec la politique. Je considère vraiment Thrive Global comme le dernier chapitre de ma vie.

D.: Dans ce cas, vous n’allez plus vous réinventer?

H.: (Elle rit.) Non, je pense que cela suffit. C’est bien ainsi.

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