"Beaucoup d'autres murs seront construits"

Ian Bremmer ©Bloomberg

Ceux qui veulent comprendre le monde ne doivent pas regarder Donald Trump mais la foule en colère qui a voté pour lui, estime Ian Bremmer. Et ils sont encore furax. Partout dans le monde, le slogan deviendra bientôt "nous contre eux".

Il n’est pas donné à tout le monde d’être l’auteur d’un livre sur la politique internationale qui soit chaudement recommandé dans la préface par Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, et sur la quatrième de couverture par les célèbres économistes Larry Summers et Nouriel Roubini, la patronne du FMI Christine Lagarde et l’ancien ministre britannique des Affaires étrangères David Milliband. En particulier lorsque ce livre explique la manière dont l’élite mondiale – dont ils font tous partie – a fait échouer la mondialisation.

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Ian Bremmer ose le dénoncer dans "Us vs Them". C’est le titre de son dixième ouvrage, et d’après lui, ce sera notre réalité au cours des prochaines années. À 48 ans, le professeur de politique internationale reconnaît que son travail le rend nerveux, tandis que nous nous promenons dans le bureau de Washington de la société Eurasia, le consultant spécialisé en risques politiques qu’il a créé il y a 20 ans.

"Avec ce livre, je sors de ma zone de confort. Je n’ai jamais porté un message aussi dérangeant, explique Bremmer. Je suis un gagnant de la mondialisation. Je crois au rêve américain. Mais en tant que politologue, je constate à quel point les citoyens sont en colère. Je trouve qu’il est de mon devoir d’en parler sur Fox News et dans des programmes télévisés de droite, même si les téléspectateurs me considèrent comme le président élitiste d’une société de consultance qui donne des conseils aux happy fews qui se rendent au Forum Économique Mondial à Davos. Ça ne leur plaît pas du tout."

"Que de nombreux Américains et Européens sont en colère alors que l’économie tourne relativement bien, nous montre que nous avons un gros problème. Cela va exploser lors de la prochaine récession."

"Les frontières sont ouvertes, les étrangers arrivent, écrit Bremmer. Ils voleront votre emploi. Ils menaceront votre pension et votre assurance-maladie en provoquant la faillite du système de sécurité sociale. Ils détruiront votre culture. Certains d’entre eux sont des assassins." Avec ces paroles, il résume la campagne présidentielle de Marine Le Pen en France en 2017, mais aussi celle du président américain Donald Trump ou de certains défenseurs du Brexit en 2016. Pendant ces campagnes, les caméras sont fixées sur l’orateur, explique Bremmer, mais pour que nous puissions bien comprendre la situation, il faudrait qu’elles filment à 180 degrés et montrent le public furieux. "Ceux qui pensent que le pic de la révolte populaire est passé, devront revoir leur copie", ajoute-t-il.

Pourtant, le son de cloche est souvent très différent dans le quartier européen à Bruxelles. On y raconte qu’en 2016, les batailles contre le populisme ont été perdues au Royaume-Uni et aux États-Unis, mais qu’elles ont été gagnées en 2017 lors des élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. Nous serions arrivés à un tournant, et l’élection d’Emmanuel Macron marquerait cette rupture de tendance. Les politiciens qui l’affirment se trompent-ils?

"Aux États-Unis également, beaucoup de gens pensent que tous les problèmes vont se résoudre dès que Donald Trump quittera la Maison-Blanche, au pire après deux mandats. Mais lorsque vous avez pendant des dizaines d’années donné à la population le sentiment qu’elle ne servait à rien et ne comptait pas pour les gens au pouvoir, les choses ne s’arrangeront pas facilement."

Est-ce que cela vaut aussi pour l’Europe?

Beppe Grillo, l’ancien comédien italien qui, avec son mouvement 5 étoiles, est devenu un pyromane politique, l’a bien résumé. Trois forces détruisent le monde: les gouvernements, le monde des affaires et les médias. Et vous pouvez ajouter comme quatrième ennemi les intellectuels comme moi. Ces dix dernières années, ils ont cueilli les fruits de la mondialisation. Beaucoup d’autres n’en ont pas profité.

Ian Bremmer
  • 48 ans
  • Son père s’est battu en Corée et a été tué alors que Bremmer n’avait que quatre ans.
  • A a obtenu son doctorat en Sciences politiques à Stanford.
  • En 1998, il crée la société Eurasia Group, un consultant spécialisé en risques politiques au niveau mondial, avec des bureaux à New York, Washington, Londres, Tokyo, Sao Paulo, San Francisco et Singapour.
  • Chroniqueur spécialisé en politique internationale au magazine Time. 
  • Bremmer vit à New York, où il enseigne à la New York University.
  • "Us vs Them" est son dixième ouvrage.

Par ailleurs, nous savons que les technologies rendront ce problème encore plus criant. De nombreux travailleurs perdront leur emploi et il n’est pas certain qu’ils pourront se former aux nouveaux métiers qui naîtront de cette révolution technologique. Nous n’en sommes encore qu’au début. De plus, la technologie a aujourd’hui un autre impact qu’il y a 25 ans. À cette époque, elle offrait davantage de possibilités. C’est à ce moment-là que le New Yorker a publié son célèbre cartoon où l’on voit un chien assis face à un écran d’ordinateur et qui dit: "Sur internet, personne ne sait que vous êtes un chien."

Et maintenant, est-ce chacun sait s’il est ou non un chien?

Ceux qui détiennent le pouvoir savent aujourd’hui si vous êtes un chien. Les grandes entreprises et les pouvoirs publics le savent. Et ils utilisent le big data pour traiter les citoyens comme des consommateurs. Ils les répartissent en groupes soi-disant homogènes et chacun reçoit le même message.

Même si les gouvernements tentaient de résoudre les problèmes d’immigration, de chômage des jeunes, d’infrastructures vieillissantes, et les autres problèmes des électeurs en colère – ce qu’ils ne font pas – la technologie rendrait les choses plus difficiles qu’avant. Regardez la situation politique en Allemagne, en France, en Hongrie, en Pologne, aux États-Unis, et aujourd’hui également au Brésil et au Mexique. L’idée qu’après le Brexit tous les problèmes seront résolus est démentielle. Vous connaissez la caractéristique des déments? Ils radotent…

Malgré tout, n’y a-t-il pas un côté positif? Après le référendum sur le Brexit, de nombreux Européens ont pu constater les dégâts que pouvaient provoquer des choix populistes.

Mais ce n’est pas un argument! Les Britanniques qui ont voté pour le Brexit l’ont fait parce qu’ils en avaient marre que d’autres décident ce qui est bon ou mauvais pour eux.

"Les Chinois sont en train de mettre en place leur propre version non démocratique du capitalisme. Il est très possible que d’autres pays s’en inspirent. Dans ce cas, à quoi ressemblera l’économie mondiale?"

Ces gens disent: il y a des faits, certes, mais c’est notre vérité qui est la bonne. Notre vie ne compte pas pour vous. Vous utilisez les chiffres et votre formation pour faire en sorte que nous ne recevions rien. Et vous savez quoi? Ces gens ont souvent raison sur ce point. Je sais que Trump est absolument incompétent pour être président, mais il est le représentant légitime de cette colère.

Les gens qui annonçaient les chiffres avaient raison sur le Brexit. Mais personne ne leur a fait confiance. Trump président des USA? Idem. Le mouvement 5 étoiles et la Ligue du nord en Italie? Idem. Alternative für Deutschand? Idem.

Pouvez-vous les comprendre?

J’ai grandi dans un quartier d’habitations sociales à Chelsea, au Massachusetts, un quartier pauvre non loin de Boston. Je n’aime pas beaucoup en parler, mais ici, c’est pertinent. Mon frère a voté pour Trump. Ma mère, si elle vivait encore, aurait aussi voté pour Trump. Ma mère était une femme intelligente. Elle ne connaissait pas toutes ces petites histoires à propos de la Chine et du reste du monde que je connais en tant que docteur en Sciences politiques, mais elle comprenait bien quelque chose de fondamental: elle protégeait sa famille et ne faisait aucune confiance aux gens qui parlaient politique à la télévision.

Et ce sont ces personnes qui ont voté pour Trump?

Et pour le Brexit. Et ce sont les Palestiniens qui jettent des pierres de colère, parce que l’Occident leur ment depuis des décennies. Car ici, en Occident, nous disons depuis des années: si Israël n’accepte pas rapidement les deux États sur le territoire – un État israélien et un palestinien – ce sera fini pour Israël.

Et ce n’est pas le cas?

Us vs Them

Ian Bremmer, "Us vs Them" — The Failure of Globalism, Penguin Random House, NYC, 2018, 198 pages, 27 dollars

Israël a construit de très nombreux murs. Et cela fonctionne.

Pour ceux qui sont à l’intérieur de ces murs…

En effet, et à l’intérieur de ces murs, Israël est de loin l’une des démocraties qui fonctionnent le mieux au Moyen-Orient. Techniquement, les murs sont efficaces. De plus, ils ont une défense antimissiles qui les protège des roquettes. Leur sous-sol est équipé pour détecter et reboucher les tunnels. Je ne sais pas si vous avez déjà pris l’avion pour Tel-Aviv, mais ils contrôlent absolument tout. Et Israël est la meilleure démocratie au Moyen-Orient, pour autant que vous ne soyez pas un Palestinien qui vit en Cisjordanie ou à Gaza.

Mais ces Palestiniens existent bel et bien!

Ce que je veux dire, c’est que l’Israélien moyen n’a aucun problème avec la manière dont les Palestiniens sont traités. Un économiste progressiste comme Steven Pinker vous dirait que ce n’est pas possible parce que nous avons tous le même ADN. Mais c’est pourtant le cas et cela fonctionne pour ceux qui se trouvent du bon côté du mur.

Ceux qui sont à l’extérieur n’ont aucune possibilité de faire des études, ne disposent d’aucune infrastructure, n’ont aucune chance de trouver un emploi, n’ont aucun avenir. Et les Israéliens n’y voient aucun problème. C’est la réalité politique.

Et vous ne pouvez pas la nier si vous voulez comprendre le monde…

Savez-vous que cette année, les États-Unis n’ont accueilli que 11 réfugiés syriens? L’an dernier, ils étaient entre 5.000 et 6.000. Pendant le mandat de Barack Obama, ils étaient 15.000. J’ai tweeté ces statistiques récemment, sans aucun commentaire. De nombreux Américains ont réagi en disant que ces chiffres étaient épouvantables. Mais beaucoup d’autres ont dit que c’était déjà beaucoup trop et qu’ils en avaient marre que Washington aide les réfugiés et pas eux.

"Lorsque vous avez, pendant des dizaines d’années, donné à la population le sentiment qu’elle ne servait à rien et ne comptait pas pour les gens au pouvoir, les choses ne s’arrangeront pas facilement."

Même si nous sommes tous humains, l’histoire nous a appris que lorsque les gens pensent que personne ne se préoccupe de leur famille et de leur communauté, ils se fichent pas mal du reste du monde et de l’humanité. Au risque de me répéter: c’est la réalité politique.

Lorsque vous faites des affaires dans une petite économie ouverte comme la Belgique, qui dépend beaucoup du commerce international, vous avez des raisons de vous inquiéter de cette tendance à construire des murs et à opter pour le protectionnisme, non?

Oui.

Comment les sociétés exportatrices vont-elles vivre cette situation? Dans votre livre, vous écrivez que l’Union Européenne a construit plus de murs frontaliers que pendant la Guerre froide.

Cela signifie en premier lieu que la mondialisation telle que nous l’avons vécue ces dernières années ne continuera pas à fonctionner de la même manière. Cela signifie aussi que les entreprises devront chercher des fournisseurs et des clients plus proches. Que nous devrons nous attendre à davantage de protectionnisme, que ce soit sous la forme de taxes douanières, de subsides aux entreprises nationales, de protection des secteurs stratégiques, de règles strictes en matière de sécurité ou de limites à l’utilisation des données par l’étranger, et de propriété intellectuelle.

Hélas, le modèle démocratique libéral n’a pas fait ses preuves. Les Chinois sont en train de mettre en place leur propre version – non démocratique – du capitalisme. Il est très possible que d’autres pays s’en inspirent.

Dans ce cas, à quoi ressemblera l’économie mondiale?

Elle volera en éclats! Je pense que beaucoup d’autres murs seront construits. Vous vivez dans un petit pays. Je crains que l’espace Schengen, où les pays ont supprimé leurs frontières intérieures, continue à être agressé, ce qui est dommageable pour le commerce international belge.

Pourquoi l’espace Schengen est-il menacé?

Parce que l’Union Européenne a été créée pour empêcher les pays européens de se faire la guerre. Cela implique que chacun ait des valeurs politiques communes. Ce qui s’est révélé être un échec.

Comprenez-moi bien: le marché et la monnaie uniques sont des réussites. Mais l’idée que les institutions comme la Commission européenne sont au-dessus des gouvernements nationaux et obtiendront la loyauté et la légitimité des citoyens européens moyens est un échec. C’est l’expérience la plus ambitieuse de démocratie supranationale que nous ayons connue, et cela ne fonctionne pas.

Quel sera alors le véritable test pour l’Union européenne? La migration?

Si c’était le cas, vous pourriez remettre l’UE en selle et l’affaire serait close. Mais c’est une combinaison difficile de quatre éléments.

Le premier est l’économie. La révolte contre la mondialisation, le mécontentement face aux inégalités, au chômage et les infrastructures médiocres.

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En deuxième place, on trouve la migration, l’identité et la sécurité. Vous voyez aujourd’hui des partis politiques comme la Ligue du Nord gagner des élections après s’être engagés pendant la campagne à déporter 600.000 personnes s’ils arrivaient au pouvoir.

Le troisième élément, ce sont les conflits internationaux. Les combattants proviennent souvent de la classe sociale des laissés pour compte. Trump l’a bien compris. Il demande pourquoi les États-Unis ont 2.000 soldats qui se battent en Syrie et l’Arabie Saoudite aucun. C’est un argument très fort pour de nombreux Américains qui n’ont pas oublié les membres de leur famille morts au Vietnam, en Irak, en Afghanistan ou en Syrie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Allemands ne sont pas présents en Syrie et pourquoi Macron a beaucoup de mal à convaincre les Français que c’est nécessaire.

Enfin, on trouve la technologie, dont nous avons déjà parlé. Mais prenez ces quatre éléments et vous comprenez à quel point il est difficile de résoudre la situation.

Votre livre parle en effet en grande partie des raisons pour lesquelles nous n’avons pas encore réussi à résoudre cette situation.

Il y a sept ans, j’ai écrit un livre sur le "G-zero world", où je constatais que plus personne ne dirigeait le monde. Je ne suis pas satisfait de voir le monde tel qu’il est aujourd’hui – je préférais la Pax Americana – mais il était clair que les choses évoluaient dans ce sens. Ce livre est comparable: ça ne me fait pas plaisir de le dire, mais nous ne réussirons pas à arrêter la tendance des électeurs mécontents.

Dans ce cas, que pouvons-nous faire?

Nous devons commencer par reconnaître qu’il y a des choses fondamentales qui ne vont pas. Je crains que de nombreux politiciens européens n’en soient pas encore à ce stade."

Regardez, je suis un optimiste. Il y a 20 ans, j’ai créé l’Eurasia Group à partir de rien. Vous devez être optimiste pour continuer. Mais le message que je souhaite faire passer aujourd’hui est le plus dérangeant de toute ma carrière: nous avons un gros problème et beaucoup ne s’en rendent pas compte.

Vous dites que nous avons besoin d’un contrat social entre les gouvernements et les citoyens. Quel est le pays le plus avancé dans cette recherche d’une nouvelle politique?

Il y en a très peu. Aux États-Unis, nous sommes aveuglés par Trump. Résultat, les caméras ne filment pas les citoyens mécontents. Le mois dernier aux États-Unis, un livre a fait la une: celui de l’ancien directeur du FBI, James Comey. La principale citation reprise par les médias fut que Trump était moralement incompétent pour être président.

De nombreux Américains pensent: "Ça, nous le savions et pourtant nous avons voté pour lui." Et que dit cette citation de Comey sur les électeurs de Trump? Qu’ils sont stupides? Qu’ils sont tout aussi moralement incompétents pour voter?

Je pense que ceux qui ont voté pour Trump sont furieux quand ils entendent ce genre de déclaration. Ils pensent: "Cet ancien patron du FBI qui mesure deux mètres, qui gagne des millions avec un livre où il me traite d’immoral parce que je suis tellement en colère que personne ne fasse rien pour moi et que j’ai voulu le dire en votant? Comey can go fuck himself." C’est ce que vous pensez dans ce cas.

Et dans la recherche de ce nouveau contrat social…

… je vois surtout des politiciens locaux. Je vois par exemple que San Francisco a instauré la gratuité de l’enseignement. C’est nouveau. C’est déjà une réponse. C’est une bonne chose. Je vois des CEO et des philanthropes qui donnent l’exemple. Je le vois en Europe et en Scandinavie. Les choses bougent.

Mais au niveau de la politique nationale…

…aux Etats-Unis, en Allemagne, au Royaume Uni? Je ne vois rien.

Et Emmanuel Macron en France?

Je n’en sais rien. Je crains que de nombreux électeurs trouvent Macron trop proche du monde des affaires. Je suis très impressionné par ce qu’il a déjà réalisé, mais il a perdu beaucoup de soutien au cours des derniers mois.

Le problème, c’est que les populistes savent très bien mettre le doigt où ça fait mal. Je pense que certaines propositions de Bernie Sanders, qui ne comprend manifestement pas le fonctionnement de l’économie, indiquent clairement ce qu’il faut faire. Un autre problème, c’est que nous vivons à une époque où le pouvoir politique est faible. Trump n’est pas très fort, Theresa May est incroyablement faible et Angela Merkel moins forte qu’avant. Qui est le leader du monde libre dans ces circonstances?

C’est une bonne question. Vous avez la réponse?

Cela va sans doute vous étonner, mais c’est peut-être bien le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Je parle peu du Japon dans mon livre parce que le pays n’a pas trop de problèmes. Il y a très peu de migration. La population est en baisse, donc le PIB per capita augmente. Il y a dix ans, tout allait mal au Japon, parce qu’ils ne réussissaient pas à sortir de dix années de crise économique. Aujourd’hui, nous pouvons constater que les Japonais sont plus résilients que nous ne le pensions et un pays où la citoyenneté a encore un sens.

En plus du Japon, vous abordez très peu le Brexit dans votre livre.

C’est vrai. Theresa May est une Première ministre qui perd du temps en reportant sans cesse des décisions importantes. Elle ne pourra résoudre le problème de la frontière du nord de l’Irlande qu’en concluant une union douanière avec l’Europe. Il faut un accord sur les services financiers pour la City. L’accord sur le Brexit ne sera pas fantastique, mais ce ne sera pas une catastrophe totale.

Mais là n’est pas la question. Il ne faut pas s’intéresser à May, mais aux électeurs en colère qui ont voté pour le Brexit et qui sont toujours là. Le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn cherche à obtenir leur soutien, et attend que Theresa May tombe de son piédestal pour devenir Premier ministre. C’est beaucoup plus intéressant, non?

Ce qui est étonnant à l’époque actuelle, c’est que l’économie tourne bien. La croissance est forte. Au Forum Économique de Davos, la grand-messe de l’économie mondiale, l’optimisme était au plus haut. Au même moment, l’ambiance lors de la conférence sur la sécurité à Munich, la grand-messe de la sécurité internationale, quelques mois plus tard… était vraiment épouvantable. Que faut-il en conclure?

Que de nombreux Américains et autant d’Européens sont en colère alors que l’économie tourne relativement bien, ce qui indique que lorsque l’économie ralentira, nous nous retrouverons face à un énorme problème. Cela va exploser lors de la prochaine récession.

Aujourd’hui, Donald Trump diminue les impôts, laisse le budget déraper, et ce, alors que l’inflation est basse et la croissance élevée. Lorsque l’économie ralentira, qui prendra les coups pensez-vous? Trump? Vous? Moi? Nous nous en sortirons bien. Je sais qui en prendra plein la figure: ce sont les gens avec qui j’ai grandi à Chelsea, comme mon frère. Et ils seront furax.

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