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Ces discours politiques où tout est noir ou blanc...

Professeur d'économie publique à l'université de Stirling et affilié à la KU Leuven

Bien sûr, les choses peuvent toujours être mieux faites, ou plus rapidement, mais balayer les améliorations observables par un discours ou tout serait noir ou blanc ne nous aidera pas à avancer.

Willem Sas . ©Franky Verdickt

Fin du mois dernier, il y a encore eu quelques escarmouches à propos du budget wallon. La Wallonie serait virtuellement en faillite. Elle pèse sur l'économie flamande tel un fardeau et entraîne la dette nationale belge dans l'abîme.

Comme beaucoup d'autres, j'ai déjà expliqué en détail que ce n'est pas une si mauvaise chose et que le véritable fardeau, celui du vieillissement, ne peut être abordé qu'au niveau fédéral. Ce que ces remous nous apprennent sur le discours politique est tout aussi important: les récits sans nuances, dans lesquels tout est noir ou tout est blanc, servent souvent à détourner l'attention des véritables solutions.

L'histoire de la Wallonie, désespérément sous-développée, peut ainsi être quelque peu corrigée. Autour de l'UCLouvain, des entreprises spin-off sont devenues des acteurs prometteurs. À Charleroi, I-Care excelle dans l'IA et Univercells fait rayonner le secteur wallon de la biotechnologie.

Tout comme le Brabant flamand, le Brabant wallon est plus riche que les autres provinces grâce aux navetteurs hautement qualifiés qui créent de la valeur ajoutée dans les secteurs productifs financiers, juridiques ou des start-up de Bruxelles.

Les transferts ont diminué au cours des 20 dernières années. Ils sont moins importants que dans des pays comparables et proviennent désormais tout autant de Bruxelles.

Enchevêtrement de niveaux de pouvoir

Reste la saga de l'incompétence politique wallonne. Mais là aussi, on voit des jeunes Wallons qui quittent leur carrière à l'étranger pour se lancer dans l'économie wallonne, et qui dénoncent les problèmes du marché du travail.

Le système institutionnel doit être simplifié, de manière à ce qu'il soit moins facile pour les hommes politiques de renvoyer la balle à leurs collègues, souvent à un autre niveau de gouvernement ou dans une autre partie du pays.

Bien sûr, les choses peuvent toujours être mieux faites, ou plus rapidement, mais balayer les améliorations observables par un discours ou tout serait noir ou blanc ne nous aidera pas à avancer et, au mieux, contribuera à apporter des voix aux politiciens qui continueront à le diffuser. Un plaidoyer pour la formation de salaires régionaux ou pour une loi de financement redessinée qui récompense plus directement la bonne politique régionale serait plus judicieux.

La crise du covid a d'ailleurs prouvé que les choses ne vont pas toujours bien en Flandre non plus, et que de nombreux problèmes proviennent de l'enchevêtrement de nos six gouvernements. Ce système doit être simplifié, de manière à ce qu'il soit moins facile pour les hommes politiques de renvoyer la balle à leurs collègues, souvent à un autre niveau de gouvernement ou dans une autre partie du pays. Cela peut être plus utile que de pointer du doigt. Il en va de même pour l'introduction progressive d'une circonscription fédérale, de telle sorte que prêcher dans sa propre circonscription régionale ne suffira plus.

Mais chacune de ces réformes institutionnelles pousse les politiciens hors de leur zone de confort, des deux côtés de la frontière linguistique et leur fait perdre de l'influence. Le fait qu'ils minimisent souvent leur importance ou détournent l'attention avec un discours binaire noir/blanc ne devrait donc pas être une surprise.

Enquête citoyenne encourageante

C'est pourquoi il est utile de laisser les citoyens s'exprimer, comme dans l'enquête citoyenne sur l'avenir de la Belgique qui s'est achevée début juin. Plus de 55.000 réponses ont été récoltées. Il est toutefois encore possible d'y participer via le formulaire papier jusqu'au 21 juin 2022 au plus tard. 

Il faut espérer que les citoyens seront encore nombreux à réagir. Plus leur nombre est important, plus le processus sera fécond.

Il s'avère d'ores et déjà que les citoyens qui y ont participé se sont montrés plus intéressés par tous ces sujets que ce qu'on pouvait penser. Ils se demandent, par exemple, pourquoi tout est si compliqué en Belgique, pourquoi les bourgmestres peuvent aussi être députés ou ministres, pourquoi il faut si longtemps pour former un gouvernement en Belgique, ou pourquoi les partis politiques ont tant d'influence. Autant de questions ouvertes qui permettent d'envisager tous les scénarios...

Willem Sas
Professeur d'économie publique à l'université de Stirling en Écosse et professeur affilié à la KU Leuven

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