Comment l'islamisme s'est emparé des banlieues

Clichy-sous-Bois fait partie de ces banlieues parisiennes où l'islamisme séduit une certaine frange de la population. ©AFP

Dans "Les territoires conquis de l'islamisme", des experts de la Sorbonne, dont certains d'origine maghrébine, tentent d'expliquer la montée de l'intégrisme religieux dans les banlieues, y compris à Bruxelles. Ils pointent du doigt le rôle joué par la doctrine salafiste.

Aubervilliers, Mantes-la-Jolie ou encore Saint-Denis: autant de noms de municipalités françaises qui évoquent la fracture sociale mais aussi la montée de l’intégrisme religieux dans les banlieues.

"Les territoires conquis de l’islamisme", un ouvrage collectif dirigé par le professeur Bernard Rougier (Paris 3), propose une plongée dans ces quartiers réputés "difficiles" qui ressemblent de plus en plus à des enclaves, en rupture avec la société française.

Bernard Rougier est avec Gilles Kepel une des voix les plus écoutées en France au sujet de l’islam. Il a vécu quinze ans au Liban où il a appris l’arabe pour réaliser sa thèse sur le djihadisme dans les camps palestiniens. Avec Gilles Kepel, il s’oppose aux thèses d’Olivier Roy, qui considère le djihadisme comme une forme (extrême) de délinquance et non comme un problème lié à la religion.

Rougier prend d’emblée le soin de préciser que son intention n’est pas de s’en prendre à l’islam en soi, mais à "sa traduction idéologique actuelle qu’est l’islamisme".

Il se déclare du reste parfaitement conscient que son ouvrage ne plaira pas à tout le monde et il anticipe l’accusation d’islamophobie qui constitue, à ses yeux, "une volonté d’intimider ceux qui s’efforcent de rattraper le temps perdu en reconstituant un savoir objectif sur ce qui se passe réellement dans les quartiers des grandes villes du pays depuis une vingtaine d’années".

Des coauteurs issus eux-mêmes des quartiers "difficiles"

L’ouvrage est l’œuvre d’experts de la Sorbonne, dont certains d’origine maghrébine ou subsaharienne, eux-mêmes issus des quartiers populaires. À ce titre, ils ont pu observer les modalités de la prise de pouvoir des islamistes sur l’expression de l’islam en France. Ils y apportent toutes les précisions nécessaires: faits, noms, lieux, dates. Tout en évitant les jugements de valeur.

Les librairies musulmanes bruxelloises semblent également jouer un rôle-clé dans la diffusion des idées salafistes.

Ils montrent comment une interprétation particulière de l’islam – le salafisme – est perçue par des fractions croissantes de la population d’ascendance musulmane comme l’incarnation objective de l’islam et de ses règles. Ils expliquent aussi pourquoi c’est le plus souvent l’omerta qui prévaut dans les quartiers. "Parmi la population, la fidélité au groupe et la crainte de trahir les appartenances d’origine bloquent le plus souvent l’expression assumée d’un refus."

Zoom sur Molenbeek

Le chapitre consacré à Molenbeek ne manque pas d’interpeller. La commune bruxelloise "fait figure de modèle à imiter dans les milieux islamistes européens". On y découvre comment "la forte homogénéité ethnique et idéologique (…) exerce un contrôle social de tous les instants où la loyauté vis-à-vis de la communauté prime sur tout le reste". Ce qui expliquerait, selon les auteurs, pourquoi Salah Abdeslam a pu se dissimuler à Molenbeek pendant plusieurs semaines.

Outre un vaste tissu d’associations actives sur le terrain, les librairies musulmanes bruxelloises semblent également jouer un rôle-clé dans la diffusion des idées salafistes: seules deux des huit librairies qui ont pignon sur rue proposent un assortiment de lectures variées sur l’islam, les autres étant principalement portées sur le salafisme.

(*) "Les territoires conquis de l’islamisme", sous la direction de Bernard Rougier, PUF, 364 pages, 23 euros.


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