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Comment les choses pourraient très mal tourner en Amérique

Journaliste

Revue de presse du Financial Times

It Can't Happen Here était le titre d’un roman des années 1930 sur l’Amérique. Le fascisme n’est jamais arrivé en Amérique – et il est peu probable qu’il y vienne. Mais la loi martiale, ou quelque chose de proche d’une forme de militarisation des villes américaines, est plausible. Ces derniers jours, les habitants de Washington DC se sont familiarisés avec les hélicoptères volant à basse altitude, les Humvees couleur sable, les couvre-feux nocturnes et les hommes en uniforme militaire.

En l’état actuel des choses, les gens sont toutefois trop étourdis par cette nouveauté pour en mesurer le risque. De fait, les chances que Trump soit réélu en novembre ne sont plus très élevées. C’est là une source de danger pour l’Amérique. (…)

Car, comme on l’a déjà dit, Trump est un homme faible qui se fait passer pour un homme fort.

Il veut faire croire aux Américains que la Maison-Blanche est menacée par des terroristes nationaux, des pyromanes, des voyous, des pilleurs et des tueurs – des mots qu’il a fréquemment utilisés ces derniers jours. Il affirme aussi que la stabilité des États-Unis est menacée.

De manière plus prosaïque, les sondages ne sont pas bons. Trump a eu la chance d’éviter une véritable crise au cours de ses trois premières années. Aujourd’hui, il en a trois sur les bras.

Il est confronté au triple cocktail d’une pandémie mal gérée, de la pire contraction économique depuis la Grande Dépression et d’une incapacité à réprimer la colère légitime qui se cache derrière les manifestations américaines.

Il menace, du coup, d’utiliser des pouvoirs qu’il n’a pas, comme celui d’envoyer l’armée dans les rues. Mais il refuse d’utiliser des pouvoirs qu’il possède, comme la mobilisation d’une réponse nationale au coronavirus.

Ce sont les actions et l’inaction de quelqu’un qui a peu d’intérêt à gouverner. Il a en revanche un désir ardent d’être réélu. Dans son esprit, une défaite entraînerait le démantèlement de l’organisation Trump et des poursuites judiciaires, voire son emprisonnement.

Face à un choix entre saboter la démocratie américaine ou passer son avenir devant les tribunaux, je ne doute pas de l’instinct de Trump.

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