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De l’art du travail bien fait et du souci du détail

Dans la myriade d’actions que nous entreprenons, il s’agit de se concentrer sur l’important, voire parfois l’urgent, et ensuite le faire à fond, en se souciant des détails, en se mettant à la place de celui/celle qui devra utiliser le produit de notre activité.

Qu’est-ce qui a changé depuis le 1er mai ? Au moins un titre interpelle : les chats et les chiens « pucés » ne peuvent désormais plus être associés au nom et à l’adresse de leur propriétaire.

D. Michel Judkiewicz. ©RV DOC

Un 1er avril, on aurait compris qu’il s’agissait d’un poisson, non « pucé » celui-là, mais un 1er mai ?

Force est de constater qu’il ne s’agit pas d’un canular mais que dorénavant, si des propriétaires de chiens ou chats souhaitent pouvoir retrouver un animal perdu ou si un vétérinaire ou une agence ad hoc veut identifier le propriétaire d’un animal trouvé, ce ne sera plus possible afin de respecter le Règlement général sur la protection des données (RGPD). L’antidote ? Une démarche volontariste sur un site internet (CatID ou DogID), muni de sa carte d’identité et d’un lecteur adéquat.

Certes, des arrêtés royaux imposent depuis longtemps l’identification par puce électronique des chiens et la recommandent vivement pour les chats. On peut comprendre le bien-fondé de cette décision permettant de réunir animaux perdus et leur propriétaire et d’éviter que d’aucuns n’abandonnent lâchement leur animal de compagnie.

La puce est donc une carte d’identité de l’animal où l’on trouve ses caractéristiques et son nom, ainsi que sa date de naissance présumée. S’ajoute à cela l’information véritablement pertinente des coordonnées de son propriétaire.

La protection des données parait soudainement bien plus importante que le traçage des personnes qui fait l’objet de nombreuses discussions.

Cette belle et bonne initiative est battue en brèche aujourd’hui par des états d’âme sur la protection des données qui nous paraissent soudainement bien plus importants que le traçage des personnes qui fait l’objet de nombreuses discussions.

Infraction gravissime

Pour l’homme et ses données de santé, d’emploi et d’employeur, adresse, téléphone, adresse courriel, sexe, et d’autres informations sans doute, il faut privilégier le pragmatisme par rapport à la confidentialité et, dans des cas d’urgence, on peut le comprendre, sinon l’admettre.

Par contre, apprendre l’adresse et le téléphone du propriétaire de Médor ou Minou et pouvoir le contacter, voilà qui est une infraction gravissime au respect de la vie privée.

En cette époque où la crise sanitaire a mis en lumière encore davantage les dysfonctionnements de nos sociétés et où des problématiques complexes et des chantiers titanesques se dressent sur notre route, qui comprendra la pertinence, l’importance et l’urgence de cette nouvelle réglementation dont nous devrions tous nous sentir honorés ?

Soit, propriétaire d’un chat (ou est-ce l’inverse), d’un lecteur de carte d’identité et d’un PC, je me lance dans les démarches nécessaires sur CatID. Que fait « la mère Michel qui a perdu son chat » et n’a jamais eu de PC et de lecteur de carte d’identité ? L’arrêté ne le dit pas et s’en fiche.

Reconnaissons-le, c’est relativement simple mais dans le cadre de cette démarche, sur CatID, je tombe sur cette phrase, merveilleux résultat d’un copier-coller, hélas sans relecture, « pour modifier les données de votre chien ». Mon chat a réagi avec un mépris souverain à cette atteinte à sa féline dignité. Il est vrai qu’il ne vote pas et ne paie pas d’impôts, lui.

Tout travail, même le plus humble, peut être entrepris comme la réalisation d’un chef-d’œuvre qui enrichit soi-même et les autres.

Il me revient cette phrase entendue il y a 40 ans de mon chef de l’époque, étant jeune ingénieur travaillant aux Etats-Unis: « Listen Mike, first you try to do the right things and ignore the other ones, then, you strive to do those things right ». (Ecoute Michel, d'abord tu essaies de faire ce qu’il faut et tu ignores le reste, ensuite, tu t'efforces de le faire correctement).

Le plaisir au travail

Quarante ans plus tard, rien n’a changé. Et il n’y a pas de raison de changer.

Dans la myriade d’actions que nous pourrions entreprendre, il s’agit de se concentrer sur l’important, voire parfois l’urgent, et ensuite de le faire à fond, en se souciant des détails, en se mettant à la place de celui/celle qui devra utiliser le produit de notre activité et en essayant que tout soit aussi juste et parfait qu’il est humainement possible.

L’efficacité en sortira certainement grandie, mais aussi la morale (aime ton prochain comme toi-même) et le plaisir au travail, car tout travail, même le plus humble, peut être entrepris comme la réalisation d’un chef-d’œuvre qui enrichit soi-même et les autres, ou bâclé en laissant à tous, y compris son auteur, un sentiment nauséeux de vacuité.

D. Michel Judkiewicz
Ingénieur civil et membre associé de l’Académie royale de Belgique

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