L'Allemagne n'a pas soldé les comptes de son douloureux passé…

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Certains héritages sont plus lourds à porter que d’autres… Si les Allemands jugent infondées les demandes de réparations exigées par les Grecs pour les dégâts causés par l’occupation de leur pays de 1941 à 1944, d’autres sujets continuent de hanter leurs consciences.

Le poids des années permet aux cicatrices de se refermer lentement mais certaines plaies sont tellement profondes qu’elles laissent des traces indélébiles et douloureuses. L’Allemagne en est une illustration. Sur certains dossiers, les réactions de nos voisins d’outre-Rhin sont marquées par leur douloureux passé. Sur le dossier de l’euthanasie, par exemple. Celle-ci rend mal à l’aise les législateurs de la terre entière. L’interdire revient à accepter la douleur et le supplice de malades incurables. Mais l’autoriser provoque une levée de boucliers des croyants qui estiment que l’homme ne peut choisir de mettre fin à la vie d’autrui.

Or, en Allemagne, le sujet est encore plus sensible qu’ailleurs. Sous couvert d’euthanasie, le Troisième Reich a, en effet, exterminé, pendant plusieurs années, les handicapés physiques et mentaux de tout le pays à l’insu de leurs proches. La planification du projet visant à "purifier la race aryenne" commença au début du mois de juillet 1939.

"En octobre 1939, Hitler signa une autorisation secrète afin de protéger les médecins, le personnel médical et les administrateurs qui participaient au programme contre d’éventuelles poursuites; cette autorisation fut antidatée au 1er septembre 1939, afin de laisser penser que le Programme d’euthanasie était en rapport avec les mesures de guerre", explique une étude du Musée américain du mémorial de l’holocauste. "Cette opération secrète reçut le nom de code T4, en référence à l’adresse berlinoise du bureau de coordination du programme (Tiergartenstrasse 4). Six installations de gazage furent finalement mises en place à Bernburg, Brandenburg, Grafeneck, Hadamar, Hartheim et Sonnenstein."

Suite aux "meurtres d’Etat" commis par le IIIe Reich, sous couvert d’euthanasie, celle-ci est devenue un sujet très sensible en Allemagne.

Les premières victimes de ces "meurtres d’Etat" furent les enfants et les adultes atteints de déficiences, d’anomalies physiques ou de maladies mentales. Après avoir été gazés et incinérés, les handicapés voyaient leurs cendres placées dans une urne qui était envoyée à leur famille avec un certificat de décès. Suite au tollé soulevé par cette campagne et les critiquées appuyées de l’église allemande, Hitler décida de l’arrêter en août 1941. Mais les malades ont continué, en réalité, à être éliminés dans le plus grand secret avec des injections médicamenteuses. Durant l’"Aktion T4", 70.000 Allemands furent tués, mais des experts interrogés lors du procès de Nuremberg ont estimé que le nombre total de victimes de ce programme approchait plutôt 275.000 personnes.

On comprend mieux, dans ce contexte, pourquoi l’euthanasie reste un sujet très sensible en Allemagne. Incapable de l’autoriser, Berlin n’a pas non plus voulu l’interdire. "L’aide à la mort" (Sterbehilfe) est ainsi acceptée sous certaines conditions très strictes. Un médecin peut ainsi permettre à un de ses patients à mettre fin à ses jours si ce dernier lui en a fait explicitement la demande. "La jurisprudence admet également l’euthanasie indirecte, c’est-à-dire le fait d’administrer à un malade en phase terminale des antalgiques qui ont pour effet secondaire inévitable, mais non recherché, de hâter le décès", explique un rapport du Sénat français. L’Etat se refuse toutefois de mettre en place une législation précise sur le sujet. Certains tabous ont la vie dure…

La culture dévoyée

La vie culturelle en république fédérale a également été définie en réaction aux politiques très centralisées définies par Bismarck et Hitler. Le "Kulturkampf" lancé par Otto von Bismarck entre 1871 et 1878 visait à renforcer l’unité de l’Empire en luttant contre l’église catholique. Mais ce sont les nazis qui ont surtout utilisé la culture comme un moyen de propagande.

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En septembre 1933, Joseph Goebbels, a notamment créé la Reichskulturkammer ("la Chambre de la culture du Reich"). L’objectif de cette institution était de définir une politique culturelle qui respectait les idéaux nationaux-socialistes. L’art "aryen" était promu et les œuvres représentant "l’art dégénéré" étaient détruites ou cachées des regards. Le 10 mai 1933, des dizaines de milliers de livres ont même été brûlés dans des bûchers organisés par le régime dans 22 villes allemandes. Ces autodafés étaient censés représenter une "action contre l’esprit non allemand". L’artiste "officiel" avait pour mission d’éduquer politiquement les citoyens en promouvant le régime nazi.

La fin de la Seconde Guerre mondiale marqua un tournant brutal dans la politique culturelle du pays. En réponse au centralisme nazi, la Loi fondamentale, signée en 1949, a transmis toute la compétence culturelle aux Länder. Il a fallu attendre 1999 pour voir le gouvernement fédéral nommer un ministre adjoint à la Culture et aux Médias. Fondée en 2002, la Fondation culturelle de la Fédération subventionne, pour sa part, les projets culturels d’envergure internationale. La mise en place de ces deux instances montre que l’Allemagne n’a plus peur de donner à la culture une dimension nationale et non plus seulement régionale. Le temps fait son œuvre…

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