La culture a besoin d'un New Deal avec l'Europe comme moteur

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La culture doit être au cœur du redéploiement européen. Commission européenne et Conseil doivent relever le degré d’ambition pour assurer un véritable budget de redéploiement social et économique où la culture serait enfin reconnue à sa juste valeur.

Alors que les différents pays européens se déconfinent progressivement, que l’épidémie du Covid-19 est de plus en plus sous contrôle sur le plan sanitaire, ses conséquences économiques et sociales frappent déjà de plein fouet. Cette crise a mis à nu toutes les fragilités de nos sociétés et s’il était bien un secteur structurellement fragile et non préparé à traverser pareille épreuve, c’est le secteur culturel. Bien que particulièrement solidaires et résilients,  artistes et techniciens ont pris de plein fouet l’impact des mesures liées à la gestion de la crise sanitaire.

Il aura fallu plusieurs semaines de crise et une forte mobilisation pour que l’importance et les spécificités du monde culturel émergent dans le débat public. Que celui-ci se fasse connaitre et reconnaitre par le grand public et le monde politique.

La culture c’est pourtant le 3ème secteur d’emploi en Europe, après la construction et l’agroalimentaire, 7 millions de personnes actives sur le sol européen, soit deux fois et demi plus que l’industrie automobile. Ce sont aussi des spécificités pour les artistes, techniciens: des contrats à très courte durée, un "statut" précaire et difficile à obtenir, une flexibilité d’emploi… Autant de réalités méconnues ou oubliées. Suite à une forte mobilisation, le secteur culturel belge a pu être entendu et des premiers signaux encourageants ont été enregistrés.

En Belgique, la Conférence Interministérielle Culture, réunie début mai suite à la demande de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a été l’occasion de souligner la nécessité d’une union nationale pour la Culture. Les Communautés et Régions ont déployé leurs premières mesures d’urgence. Malheureusement, le Fédéral n’a à ce stade pas concrétisé les avancées importantes pour les artistes et techniciens que ceux-ci sont en droit d’attendre.

Il est indispensable que cette union nationale pour la culture se renforce, se pérennise et s’élargisse, en impliquant tous les acteurs publics concernés des pouvoirs locaux à l’Europe.

Après l’impact catastrophique direct de trois mois d’inactivité, l’impact social et économique de la crise se fera ressentir pour le monde culturel sur le long terme, même si le public répond présent.

Après l’impact catastrophique direct de trois mois d’inactivité, l’impact social et économique de la crise se fera ressentir pour le monde culturel sur le long terme, même si le public répond présent. Ce " choc culturel " se fera ressentir dans les années à venir, avec le risque de perdre une grande partie de la richesse et de la diversité de la scène culturelle européenne.

Or nos démocraties européennes tout autant que nos quartiers ont plus que jamais besoin de culture. La culture nous permet de nous interroger sur nous-même, sur le monde qui nous entoure, elle ouvre l’esprit, relie les individus, est source d’espoir, d’imagination, de créativité.

Dans une Europe en proie aux replis nationalistes et populistes où la démocratie et l’état de droit sont en recul, où la haine raciale continue à faire des dégâts, le rôle que joue la culture sur l’inclusion est plus nécessaire que jamais. Elle doit donc être au cœur du projet de redéploiement européen. De même, l’accès à la culture ne doit pas être réservé au divertissement de quelques-uns. La culture doit être accessible à tou.te.s, jusqu’au cœur des quartiers, de nos villes, jusque dans nos écoles. La culture comme vecteur de cohésion sociale.

Pour permettre cet accès à la culture, nous avons plus que jamais besoin de donner de nouvelles perspectives aux artistes, aux techniciens et techniciennes, aux créatrices, aux créateurs, aux lieux culturels, aux centres culturels, et tou.te.s ces actrices et acteurs qui participent aujourd’hui à ce monde riche et varié qu’est le secteur culturel.

Loin du New Deal, le statu quo

Au vu des défis immenses à venir et au contexte historique auquel nos démocraties sont confrontées, ces perspectives doivent dépasser les frontières et les clivages. Ce dont nous avons besoin c’est d’un New Deal culturel avec l’Europe pour moteur afin de soutenir les politiques culturelles des États de l’Union allant du niveau global à l’échelon local, celui qui relie artistes, créations et citoyen.ne.s.

La Commission européenne travaille en ce moment au programme " Europe Créative " qui vise à renforcer la diversité culturelle et la " compétitivité des secteurs culturels et audiovisuels.

Dans le cadre des négociations en cours avec les Etats membres, ce programme ne s’inscrit, à ce stade, ni par son ampleur, ni par sa dimension stratégique, dans la  logique de nécessaire redéploiement des politiques européennes. Les moyens actuellement  sur la table dans la proposition de cadre financier pluriannuel, sont de 1,520 milliards, soit un montant quasi similaire à  celui mis en place dans le cadre financier 2014-2020…  Loin du New Deal, le statu quo.

Impossible dans ces conditions de soutenir un redéploiement et un projet ambitieux pour la culture qui mettrait l’accès à la culture, les artistes, les projets émergents au cœur de nos politiques de redéploiement ! Commission européenne et Conseil doivent relever le degré d’ambition pour assurer un véritable budget de redéploiement social et économique où la culture serait enfin reconnue à sa juste valeur. Celle de renforcer les liens qui nous unissent et de permettre à nos sociétés de faire face, de garder la part de rêve, d’utopie, de désir de vivre et d’avancer ensemble.

Saskia Bricmont
Députée européenne
Bénédicte Linard
Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Julie Chanson
Députée fédérale
Sihame Haddioui
Echevine de la Culture à Schaerbeek

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