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La finance durable devient le fer de lance des assureurs... et cela va tout changer

Plus que jamais, les institutions financières et leurs clients veulent voir leurs investissements produire un impact sociétal et écologique positif. Entre les mains des assureurs, les critères ESG deviennent un puissant outil de changement.

Pedro Matthynssens.

De plus en plus, l'investissement durable, l'environnement et les préoccupations sociétales s’invitent dans le monde de l’assurance. En réalité, les assureurs détiennent là un puissant outil de changement, au profit de notre planète, de notre cadre social et de notre pratique des affaires.

En 2020, on a beaucoup parlé du concept ESG – Environnement, Société et Gouvernance. Au-delà de leur performance financière, les entreprises veulent de plus en plus obtenir les meilleures notes pour leur performance extra-financière, selon les normes ESG. D’où un intérêt accru pour l'électrification des parcs automobiles (Environnement), la diversité et l'égalité des droits (Société), mais aussi la qualité et la transparence de la gestion (Gouvernance).

Tout cela s’explique par les effets du changement climatique, tellement visibles, par un rejet des inégalités sociales et par les nombreuses vulnérabilités qu’a révélées le Covid-19.

1405
milliards d'euros
Total de l'encours des fonds d'investissement durable

En 2020, le monde financier aussi s’est réveillé. En matière de placements et d'investissement, les critères ESG sont désormais de pratique courante. Après une collecte nette record, les fonds d'investissement durables gèrent désormais des capitaux dépassant les 1.405 milliards d'euros (+50 % en un an).

Rôle méritoire

Plus que jamais, les institutions financières et leurs clients veulent voir leurs investissements produire un impact sociétal et écologique positif, en plus d'un rendement financier. Et justement, en 2020, ces deux objectifs coïncidaient. La performance 2020 des investissements durables s’est avérée exceptionnelle, les secteurs de la technologie, des soins de santé et de l'innovation dépassant de loin ceux de l'énergie, de l'immobilier et de l'aéronautique, caractérisés par leur forte intensité de capital. Pour le monde financier, c’est le signe que cette stratégie est la bonne.

En l'occurrence, les assureurs européens jouent un rôle méritoire – et essentiel : bien plus que les banques et les sociétés de gestion, voire que les assureurs d’Amérique ou d'Asie, ils sont très attentifs aux investissements durables.

Cinq grands assureurs se sont d’ailleurs fixé pour objectif, d'ici 2024, d’investir ensemble quelque 58 milliards d'euros selon les critères ESG. Trois assureurs belges (Ageas, Belfius et KBC Assurances), rejoints par des (ré)assureurs européens (Allianz, AXA, Bâloise, HDI Gerling, Munich Re, NN Group, SCOR, Swiss Re et Zurich), ont souscrit aux cinq principes des Nations-Unies pour une assurance durable.

Ce sont là des signaux extrêmement positifs : quand la thématique ESG commence à convaincre les assureurs, les choses risquent de ne pas en rester là. Une compagnie qui applique les standards ESG pour ses investissements étendra probablement ce raisonnement aux risques (et aux dommages) qu'elle accepte de couvrir. Il se pourrait qu’une telle attitude produise des effets favorables – bien plus que des initiatives réglementaires des pouvoirs publics.

Certaines primes pourraient monter en flèche, par exemple, s’agissant d’assurer des véhicules polluants ou des immeubles mal isolés ou dangereux.

Aujourd'hui, déjà, certains (ré)assureurs refusent de couvrir des risques dans le secteur du charbon ou du gaz de schiste. De plus en plus, la justification éthique de l'assurabilité de certains risques intervient dans les décisions des assureurs, et les critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance jouent un rôle croissant dans l’acceptation et dans la tarification de ces risques. Les entreprises — voire certains particuliers — devront alors documenter davantage l'impact écologique et sociétal de leurs activités, ce qui pourrait fondamentalement changer la donne.

Puissant levier

Certaines primes pourraient monter en flèche, par exemple, s’agissant d’assurer des véhicules polluants ou des immeubles mal isolés ou dangereux. Une entreprise convaincue de corruption pourrait se retrouver dans l’impossibilité de faire assurer la responsabilité civile de ses dirigeants. Une entreprise qui exploiterait son personnel ne serait plus en mesure d’assurer sa responsabilité civile «produits», ou alors moyennant des primes beaucoup plus élevées. Et que dire d’entreprises qui n’assureraient pas l’égalité de traitement hommes-femmes...

Entre les mains d'un assureur, les critères ESG sont un outil puissant, dont le non-respect pourrait avoir des répercussions considérables. Il est temps que les conseils d'administration des entreprises approfondissent l’examen des questions environnementales, sociétales et de gouvernance. Dans leur intérêt.

Pedro Matthynssens
CEO Vanbreda Risk & Benefits

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