chronique

La grande infantilisation

CEO de Daoust et Title Media

Il est temps de mettre fin à cette grande infantilisation. De revenir au principe de liberté du citoyen et de l’entreprise et de responsabilisation de ceux-ci.

Giles Daoust. ©Mediafin

Avant la crise du covid, l’État Providence était déjà plutôt musclé, un peu partout en Europe. Mais pendant la crise, il a frappé encore plus fort, en inventant une série de règles sanitaires et économiques inutilement complexes et changeant toutes les deux semaines.

Au plus fort de la crise, et certainement pendant le premier confinement, ceci était tout à fait justifiable. Mais avec le temps qui passe, toute une série de mauvaises habitudes sont en train de s’installer, qui conduisent à une infantilisation de plus en plus profonde de la population européenne. Ne devrait-on pas privilégier une forme de responsabilisation ?

Lors de la « réouverture » que nous vivons en ce moment, la notion même de liberté sonne particulièrement faux. Le dernier Codeco en témoigne : « voici la liste de tout ce que vous pouvez faire pendant l’été, tout ce que vous ne pouvez pas faire, et comment, dans les moindres détails. On vous communiquera une nouvelle liste dans quelques semaines. » Non, ce n’est pas le retour à la liberté, mais une sorte de libération conditionnelle, sous surveillance rapprochée. Et puis, il y a les incohérences.

Enlisement durable

Malgré qu’on encourage les gens à aller se postillonner dessus dans les cafés en regardant le foot, le télétravail reste « hautement recommandé » pendant l’été. Vous me direz, il n’est plus obligatoire, donc on peut revenir à la normale. Vraiment ? Et quelle administration va aller à l’encontre de cette « haute recommandation » ? Quelle banque ? Et ainsi de suite.

Ma crainte fondamentale est l’enlisement profond et durable de la mentalité du citoyen européen.

Résultat des courses : de nombreux employés vont encore rester enfermés chez eux pendant tout l’été… en attendant que le télétravail redevienne obligatoire lors de la prochaine vague. Pendant ce temps, les problèmes psychosociaux ne cessent de s’aggraver (tant les burn-out que les « bore-out »), et le taux de motivation des employés poursuit sa dégringolade*.

Ma crainte fondamentale est l’enlisement profond et durable de la mentalité du citoyen européen. Pendant ce temps, les Etats-Unis se mettent en ordre de marche pour faire redémarrer leur esprit d’entreprendre et d’innover (qui ne les a d’ailleurs jamais quittés).

L'Europe tel l'Empire romain...

La Chine met en œuvre des moyens gigantesques pour construire une dominance dans l’intelligence artificielle et les biotechnologies. L’Europe quant à elle, tel le bon vieil Empire romain, se dit à l’épreuve de toutes les crises, même si elle ne sait plus très bien pourquoi. Il faut lire le livre de Laurent Alexandre, « L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? », où il imagine le futur de l’Europe prise en tenaille entre les deux autres grandes puissances face aux défis technologiques de demain. Une crise comme celle du covid est un moment charnière à ne pas sous-estimer.

Être libre, prendre des risques et assumer ses responsabilités, c’est la base de toute société dynamique, entreprenante et innovante.

Alors, pourquoi ne pas adopter une approche plus responsabilisante, en redonnant aux citoyens et aux entreprises leur liberté, mais inscrite dans un cadre de prudence indispensable en raison notamment des variants (maintien de la distanciation sociale, hygiène des mains, port du masque dans les rues commerçantes…) ? Pourquoi cette incessante liste de courses de ce qu’on peut faire ou pas à un moment donné ? La réponse la plus souvent entendue dans les couloirs est que les gouvernements ne font plus confiance à leurs citoyens. Si c’est là la raison des politiques actuelles, alors c’est encore plus grave : c’est la faillite de la démocratie elle-même.

Il est temps de mettre fin à cette grande infantilisation. De revenir au principe de liberté du citoyen et de l’entreprise, et de responsabilisation de ceux-ci. Être libre, prendre des risques et assumer ses responsabilités, c’est la base de toute société dynamique, entreprenante et innovante (et ça n’empêche pas du tout d’être « covid-safe »). Sans quoi, c’est toute la civilisation européenne qui, dans 20 ans, aura 30 ans de retard.

Giles Daoust
CEO de Daoust et Title Media

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