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La mort de George Floyd sera-t-elle un tournant aux Etats-Unis?

Revue de presse The Guardian (UK)

L’ampleur des protestations après le meurtre de George Floyd – violation des couvre-feux et affrontements avec la garde nationale, pendant six jours et dans près de 40 villes – suggère que cette mort pourrait marquer un tournant. Les tentatives visant à qualifier les participants de simples émeutiers sans loi ou d’anarchistes, selon les termes du président Trump, déforment délibérément ce qui constitue en réalité l’expression massive de répulsion et de fureur.

Avec pour toile de fond un bilan de plus de 100.000 morts liés au Covid-19, un moment décisif et dangereux pour l’Amérique se profile à l’horizon. Bien avant la mort de George Floyd, le Covid-19, qui touche de manière disproportionnée les moins bien lotis, avait déjà mis à nu la ligne de faille raciale qui traverse encore le paysage social des États-Unis. La pandémie, gérée de manière chaotique par Trump, a tué des Afro-Américains à un rythme presque trois fois supérieur à celui des Américains blancs. La dévastation économique provoquée par la maladie a aussi fait grimper le taux de chômage à près de 20%, soit un taux comparable à celui de la Grande Dépression. Là encore, les retombées ont touché les Afro-Américains de manière disproportionnée.

C’est le grand malheur des États-Unis, à pareil moment, d’être dirigé par un président qui sème la division par pure stratégie politique. De sa défense des marcheurs d’extrême droite à Charlottesville aux insultes vis-à-vis des joueurs de football noirs qui ont refusé de se lever pour l’hymne national, Trump a exacerbé la division raciale et l’a exploitée pour consolider sa base d’électeurs blancs. D’ici novembre, il sera encore certainement tenté d’agir avec des relents autoritaires.

Les Américains doivent maintenant espérer que les manifestants de ces derniers jours ne répondront pas à ces provocations. Le rappeur d’Atlanta, Killer Mike, exhorte ceux qui défilent à travers le pays à affronter les procureurs, les mairies, les chefs de police dans l’isoloir, et à défier ainsi les structures locales du pouvoir judiciaire et civique, où le racisme systémique prospère encore. Une nouvelle génération d’hommes politiques sera toutefois nécessaire pour mener à bien une telle stratégie.

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