chronique

Le labyrinthe de l’emploi

CEO de Daoust et Title Media

Des pistes de solutions existent pour remédier au " mismatch " entre les métiers en pénurie et les demandeurs d’emploi.

Giles Daoust. ©Mediafin

Ces derniers temps, la question du « mismatch » entre les métiers en pénurie et le nombre de chercheurs d’emploi est sur toutes les lèvres. Les propositions et idées fusent de toutes parts, tant dans le monde politique que dans les médias. Je voudrais revenir sur trois éléments qui me semblent essentiels, suite à mon observation de divers secteurs et tailles d’entreprises.

La formation

Dans un monde qui change à une vitesse croissante, la formation des travailleurs tout au long de leur carrière est essentielle. C’est évidemment une question d’ordre public, car l’offre de formations doit être vaste et accessible.

Pour bien faire, elles devraient s’organiser dans le cadre d’un partenariat public-privé avec des entreprises spécialisées, et être un tant soit peu orientées vers des métiers en pénurie. Mais cela se joue aussi au niveau des secteurs et des entreprises, tout en sachant cependant que ces dernières mettront toujours l’accent sur la fonction exercée actuellement ou dans le futur de l’entreprise, ce qui est assez logique.

C’est donc aussi au travailleur lui-même qu’il revient de se former à sa carrière de demain (surtout si celle-ci l’emmène dans un autre métier ou une autre entreprise). Ceci nécessitera un changement de mentalité et un investissement individuel du travailleur en dehors de son temps de travail, ce qui est encore relativement rare aujourd’hui. Tout commence d’ailleurs à l’école, avec des techniques d’enseignement plus tournées vers l’avenir et vers la capacité à apprendre par soi-même.

La différence brut-net

On parle souvent, à tort, des charges patronales. Chaque diminution de celles-ci est considérée par certains comme un « cadeau aux patrons », et envenime le dialogue social. Or, le problème réside plutôt dans la différence entre le salaire brut (le salaire officiel du travailleur) et le salaire net (ce qu’il recevra effectivement en poche).

"Augmentez les salaires ! » diront certains… « Diminuez les taxes ! » pourraient rétorquer d’autres."

Pour les travailleurs à bas salaire, la différence entre le salaire net et le montant de l’allocation de chômage est souvent trop faible pour les motiver à travailler dans des emplois qui sont souvent peu valorisés dans l’opinion publique. Et puis il y a la question de la progressivité de cette taxation, qui fait que dans de nombreux cas, le principal bénéficiaire d’une augmentation salariale… est l’État, puisque même si le salaire brut augmente, le net reste relativement similaire : l’essentiel de l’augmentation est passé en taxes. « Augmentez les salaires ! » diront certains… « Diminuez les taxes ! » pourraient rétorquer d’autres.

La mobilité des carrières

Cette mobilité doit être plus grande dans un contexte d’évolution technologique et économique permanente. L’illusion de l’emploi à vie, dans le même job ou dans la même entreprise, est une chose du passé. Or, le système actuel de protection contre le licenciement va à l’encontre cette mobilité. Un travailleur avec 10 ans d’ancienneté ne quittera pas son job pour progresser dans sa carrière : il attendra de se faire licencier pour toucher son indemnité de licenciement (et vu le coût, ça peut durer longtemps).

La protection contre le licenciement est une avancée sociale, mais elle gagnerait à être plafonnée à un certain nombre de mois de préavis.

Lorsqu’on approche de la fin de carrière, cela peut avoir des conséquences dramatiques, car le travailleur risque d’attendre de longues années sans bouger ni se former, pour finalement atteindre une sorte de point de non-retour, et se diriger vers une fin de carrière anticipée – alors qu’il avait encore de belles années devant lui. Évidemment, la protection contre le licenciement est une avancée sociale, mais elle gagnerait à être plafonnée à un certain nombre de mois de préavis, en n’oubliant pas qu’après ceux-ci, le chômage prend le relais.  

Si je souligne ces trois aspects, c’est parce qu’ils sont en lien direct avec un élément essentiel à la viabilité de notre société : la motivation et la fierté de travailler, de gagner sa vie, d’avoir une carrière, de se développer. Sans oublier la valorisation des métiers manuels.

Dans cette indispensable évolution des mentalités, les politiques, fédérations, entreprises et médias ont un rôle majeur à jouer. Il n’y aura pas de coup de baguette magique : il faudra s’armer de patience et de détermination, car tout se jouera sur le long terme.

Giles Daoust
CEO de Daoust et Title Media

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés