Le travail ne sera plus jamais le même après la crise du coronavirus

©Hans Lucas via AFP

Après la crise du coronavirus, il nous sera impossible de revenir à nos anciennes habitudes et de supposer que nous ne vivrons pas d’autre crise.

L’année dernière, un salarié belge sur cinq a régulièrement télétravaillé ; un à deux jours par semaine pour 60 % d’entre eux et de manière plus sporadique pour les autres. Ces chiffres de l'Institut Vias montrent également que plus les gens vivent loin de leur lieu de travail, plus ils télétravaillent - dans des circonstances normales et dans la mesure où leur travail le permet.

Cependant, jusqu'à récemment, un certain nombre d'entreprises étaient réticentes à utiliser le télétravail, même pour des fonctions qui sont parfaitement adaptées à cela. Or, selon une étude du professeur Stijn Baert de l'Université de Gand, les avantages potentiels du télétravail sont nombreux : les employés gagnent du temps grâce à la diminution des trajets, subissent moins de stress et de fatigue et bénéficient d'un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

La flexibilité est très appréciée par les start-ups et (principalement) les grandes entreprises, ce qui a conduit à l'introduction progressive du travail numérique. Une activité en plein essor, notamment pour les géants du web GAFAM qui proposent depuis des années déjà des outils permettant de travailler non seulement à distance, mais aussi de manière plus interactive et collaborative.

Après avoir goûté à la flexibilité...

Coup de tonnerre en mars : même les employeurs qui avaient jusqu'alors évité le télétravail – car "trop complexe" ou "trop risqué" - ont dû soudainement faire le saut numérique sous la contrainte.

Ces dernières semaines, nous avons travaillé massivement depuis notre domicile, en évitant le bureau, les autoroutes et les transports publics, et en se tournant vers le tout numérique. Et ça se voit: Microsoft a enregistré une augmentation de 775% de l’utilisation de sa plateforme collaborative Teams. Sous la pression du gouvernement et la distanciation sociale, l’apprentissage numérique et le télétravail sont devenus la norme et grâce aux innovations numériques, notre économie continue de fonctionner quelque peu.

«Alors qu’auparavant, nous nous demandions souvent “pourquoi faire ça en ligne?”, à l’avenir, nous allons nous demander: “Est-il vraiment nécessaire d’avoir une réunion physique?".»
Patrick Lootens et Frank Vander Sijpe
Directeur Innovation et directeur de la recherche RH Securex

Les conséquences sociologiques, psychologiques et économiques du travail à domicile pendant de longues périodes doivent encore être analysées, mais ces dernières semaines, les gens ont déjà fait preuve d'une énorme capacité d'adaptation. Ce qui est certain, c’est que cette crise aura fondamentalement changé la façon de penser des entreprises. Alors qu'auparavant, nous nous demandions souvent " pourquoi faire ça en ligne ? ", à l'avenir, nous allons nous demander " est-il vraiment nécessaire d'avoir une réunion physique ? ".

En temps de crise, les salariés recherchent la sécurité, mais un certain nombre de personnes qui ont maintenant goûté à la flexibilité du télétravail ne voudront jamais revenir à des horaires fixes. De plus, le contexte actuel a montré qu’un changement profond de l’organisation du travail est nécessaire. Le principe fondamental de la subordination des salariés, sur lequel repose aujourd’hui notre droit du travail, s’érode progressivement au profit d’un esprit d’entreprise plus aiguisé pour les salariés et d’une multiplication des consultants, indépendants et intérimaires. Le marché du travail doit se renouveler, en mettant l’accent sur une meilleure mobilité professionnelle, ainsi qu’une protection sociale qui s’y adapte.

Après la crise du coronavirus, il nous sera impossible de revenir à nos anciennes habitudes et de supposer que nous ne vivrons pas d’autre crise. Nous avons besoin de toute urgence d’une nouvelle approche. Une approche qui permet aux entreprises – comme le fait le gouvernement aujourd’hui – de faire appel à des experts chaque fois qu’elles le jugent nécessaire, tout en offrant une certaine flexibilité aux salariés, avec un minimum de protection sociale, quel que soit leur statut. 

Patrick Lootens, Directeur Innovation Securex
Frank Vander Sijpe, Directeur de la recherche RH Securex

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