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Les coulisses de la semaine

Chaque semaine, L'Echo vous livre quelques informations récoltées en coulisses.

Les surprises des visioconférences

Lundi dernier, lors d’une visioconférence, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB) Pierre Wunsch était l’invité du Belgian Finance Center (BFC), l’organisme qui vise à promouvoir la place financière belge. En guise de préambule, le président du BFC Bruno Colmant a prononcé quelques mots élogieux à l’égard de l’orateur du jour. Ce qui a provoqué cette petite réaction amusée et amusante de Pierre Wunsch. « Je regrette que mon épouse n’était pas là pour entendre cette introduction, elle ne connaît pas sa chance…» Second degré évidemment pour le gouverneur qui se présentait sans cravate (il n’en est pas vraiment fan, confient ses proches) et dans son environnement de travail quotidien, soit une pièce mansardée, qui peut ressembler à une sorte de grenier aménagé, composée de bric et de broc. Un peu surprenant, mais c’est cela aussi les joies des visioconférences quand on travaille à distance: on découvre l’intérieur de ses chefs ou collègues et parfois c’est déroutant.
Avant de passer à son exposé sur l’économie (très sérieux celui-là), le gouverneur a aussi évoqué sa nouvelle coupe Covid (plutôt réussie) qu’il s’était faite la veille avec son rasoir à barbe. Deux jours plus tard, on apprenait que Pierre Wunsch verrait son salaire… raboté de 10% l’an prochain. En termes de salaire brut, il a perçu 506.600 euros l’année dernière, un montant qui passera à 455.000 euros environ en 2021. De ce fait, Pierre Wunsch ne sera plus le banquier central le mieux payé de la zone euro. Mais c’est sans doute un titre dont on peut se passer. Ah oui, le même Pierre Wunsch vous invite à donner votre avis sur le site de la BNB dans le cadre de l’évaluation de la stratégie de la BCE. N’hésitez pas…

"Mr Bricolage" contre les cadavres

©BELGA

Pauvre Vincent Van Peteghem. À peine arrivé au poste de ministre des Finances, il découvre cadavre sur cadavre dans les placards de l’Hôtel des Finances, siège du cabinet du grand argentier, au 12, rue de la Loi. Il y a tout d’abord eu l’exhumation de la taxe sur les comptes-titres qui avait été enterrée l’an dernier par la Cour constitutionnelle. Face à l’empressement de certains partenaires gouvernementaux à introduire une taxe sur les «plus larges épaules», Vincent Van Peteghem est parvenu à sortir rapidement une solution de compromis, la nouvelle taxe sur les comptes-titres, qui semble faire consensus mais qui promet encore bien du travail pour être mise en œuvre.
Un peu plus tard, la Cour européenne de justice a condamné l’État belge pour son régime fiscal sur les immeubles à l’étranger, un problème que les prédécesseurs du vice-premier ministre avaient balayé sous le tapis. Là encore, Van Peteghem a piloté à toute berzingue pour livrer une solution, à savoir un cadastre des immeubles à l’étranger détenus par les Belges. Mais pour le mettre en œuvre, l’administration fiscale va devoir abattre un travail titanesque.
«Après la nouvelle taxe comptes-titres, le cadastre immobilier étranger: le ministre des Finances, c’est vraiment Mr Bricolage!», s’amuse un avocat fiscaliste.
Comme si cela ne suffisait pas au néo-
ministre, la Commission européenne a aussi lancé une nouvelle procédure à l’encontre de l’Etat belge à propos de la fiscalité des comptes d’épargne. Un cadavre exquis puisque la première remontrance de l’exécutif européen dans ce dossier remonte à… 2006. Autrement dit, cinq ministres des Finances (Reynders, Vanackere, Geens, Van Overtveldt et De Croo) se sont succédés sans régler ce problème qui se voit pourtant comme le nez au milieu de la figure. Dans ce dossier, on attend encore la solution que devra trouver le pauvre Vincent Van Peteghem.
Et pour rallonger le chemin de croix de celui-ci, précisons que cette même fiscalité des comptes d’épargne va à présent se retrouver devant la Cour de cassation, avec un arrêt qui devrait tomber dans plusieurs mois. Pas de chance, Vincent, ministre des Finances, ça dure cinq ans (ou quatre quand on prend un an à former un gouvernement).

Le labyrinthe-passerelle

Les agences de voyages rament pour leurs droits. Tout comme d’autres secteurs impactés par la crise, le secteur du voyage a droit à des subventions diverses, dont le droit passerelle octroyé aux indépendants. Mais l’administration étant ce qu’elle est face à ce surcroît de travail, les écueils et les retards sont nombreux. Et encore faut-il frapper aux bonnes portes, ce qui est un véritable parcours du combattant, dont se fait régulièrement écho la lettre d’information Pagtour.
Dans une de ses dernières éditions, elle a publié quelques-unes des réponses reçues des fonctionnaires responsables aux agences. Petit florilège, loin d’être exhaustif:
«Il est possible de faire votre demande via une application qui sera opérationnelle d’ici deux ou trois semaines.»
«Oui, le formulaire de demande a changé quatre fois en trois semaines, mais moi, je ne suis pas là pour réfléchir.»
«Vous comprenez, j’ai 4.000 dossiers en retard, mais c’est parce que j’ai pris des vacances.»
Et puis, ce message rassurant: «Il est possible de corriger l’erreur de nos services, moyennant la somme de 73 euros. Rassurez-vous, c’est déductible.»

Quand L’Echo voulait concurrencer le FT

Jean-Louis Servan-Schreiber. ©©Patrice NORMAND/Leextra

► Le décès le week-end dernier de Jean-Louis Servan-Schreiber est passé relativement sous les radars en Belgique. Pourtant, ce grand patron de presse, fils du fondateur des Echos et frère de JJSS (Jean-Jacques Servan-Schreiber) qui créa L’Express avec Françoise Giroud (qui allait devenir secrétaire d’État à la condition féminine d’un certain Valéry Giscard d’Estaing) avait plus d’un lien avec la Belgique. Et en particulier avec le journal que vous tenez entre vos mains ou lisez sur support numérique, puisqu’il en fut actionnaire au début des années nonante. Jean-Louis Servan-Schreiber était alors le PDG du magazine L’Expansion. Il eut alors l’idée de créer, à Bruxelles, Eurexpansion, un réseau de journaux économiques européens. Le but était d’échanger entre eux infos et articles, avec pour objectif de concurrencer la bible de l’information économique: le prestigieux Financial Times (FT). Ni plus ni moins. C’est dans ce cadre qu’il prit une participation de près de 41% dans L’Echo, qui avait encore sa Bourse à l’époque. Ce projet ne prit jamais réellement son envol et en 1994 il revendit ses parts aux autres actionnaires. Plus tard, Jean-Louis Servan-Schreiber reprit le magazine Psychologies dont il fit un énorme succès de presse décliné en plusieurs éditions internationales. Il le revendit ensuite progressivement au groupe Lagardère lequel le céda en 2014 à des investisseurs belges… dont le groupe Rossel, actionnaire à 50% de Mediafin, éditeur de L’Echo. La boucle était bouclée…

Rosa, rosae, rosam, réseau…

«Votez pour moi…». On sait que les candidats au titre de Manager de l’année (Trends) mobilisent leurs réseaux pour recueillir le maximum de voix, ce qui est tout à fait légitime. Marie-Pierre Fauconnier se distingue toutefois par la largeur de son imagination. La CEO de Sibelga ne s’est pas contentée de faire sa promo dans les toutes-boîtes envoyés par le gestionnaire des réseaux d’énergie bruxellois à ses clients, comme annoncé dans de précédentes coulisses, elle a aussi utilisé les emails de ses collaborateurs. Comment? En faisant apparaître à côté de leurs signatures un petit encadré appelant à voter pour elle. Le problème était que le mécanisme se déclenchait automatiquement, à l’insu des employés. Ceux-ci l’ont rapidement compris quand ils ont reçu des réactions étonnées de leurs correspondants. Les syndicats s’en sont émus, si bien qu’au bout de 24 heures, la direction a mis fin au procédé. On ne sait pas s’il y a un lien de cause à effet, mais quelques jours plus tard, les cadres de Sibelga ont participé massivement aux élections sociales, alors que par le passé ils s’en abstenaient. Ce qui est sûr, c’est que leur dirigeante s’y connaît en réseaux, et pas seulement en réseau de gaz ou d’électricité.

Le MR met la pédale douce…

©BELGA

Mais jusqu’à quand? Le forcing du MR pour se ménager la possibilité d’assouplir les règles sanitaires édictées par le gouvernement pour le réveillon de Noël a été
une nouvelle fois douché par le ministre de la Santé cette semaine.
Malgré la pression libérale francophone, pas question pour Frank Vandenbroucke – ni pour le Premier ministre Alexander De Croo d’ailleurs – d’organiser un nouveau comité de concertation afin d’élargir cette petite bulle qui passe mal
dans la population. En attendant, le MR agace ses partenaires de la Vivaldi
en perturbant ainsi le message du gouvernement. Trop?
La Toison d’or a en tout cas décidé de calmer le jeu, l’opinion ayant bien enregistré les efforts du MR qui n’aurait plus rien à gagner à faire vivre la polémique. Et de laisser Frank Vandenbroucke en paix médiatique. Du moins jusqu’à la mi-décembre, entend-on chez les bleus.

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