chronique

Les exosquelettes vont-ils sauver nos pensions?

Entrepreneur et auteur

Des solutions existent pour accroître la productivité des métiers de l’accompagnement à la personne ainsi que les services. L'enjeu est le financement de notre système de soins de santé.

“L’économie belge a créé 422.000 emplois supplémentaires entre 2008 et 2019. Cette performance cache néanmoins un déséquilibre grandissant dans la structure productive de la Belgique. En effet, la majorité de ces nouveaux emplois voient le jour dans des domaines où la productivité et les salaires sont moindres que la moyenne. C’est un gros risque pour nos finances publiques.”

Jean-Yves Huwart. ©doc

Après la Banque Nationale, voici quelques mois, le département de recherche économique de la banque ING tire à son tour la sonnette d’alarme sur le danger que fait porter un glissement du tissu économique belge. La banque pense essentiellement aux  métiers liés à l’accompagnement à la personne (maisons de repos, non-marchand, soins,...) ou à teneur administrative. Ces derniers prennent une place de plus en plus grande dans notre économie aux dépens des fonctions présentes dans l’industrie, la finance, l’informatique ou même l’agriculture… 

“Ce transfert du centre de gravité de l’emploi belge vers les métiers d’accompagnement et de soutien personnel ampute de 25% la croissance moyenne des salaires”, alerte ING. “Or, des masses salariales globalement moindres, cela signifie des contributions fiscales en berne. In fine, cette évolution pourrait très sérieusement entamer les ressources de l’Etat, déjà affaiblies, alors que les défis ne manquent déjà pas”, craint la banque.

Accroître la productivité individuelle

Que faire alors ? 

Faut-il ralentir le recrutement des accompagnateurs de vie et autres personnels de soin ? “Surtout pas, souligne ING. Ces créations d’emplois répondent à des besoins concrets liés notamment au vieillissement de la population.

Faut-il ralentir le recrutement des accompagnateurs de vie et autres personnels de soin ? “Surtout pas, souligne ING. Ces créations d’emplois répondent à des besoins concrets liés notamment au vieillissement de la population.” 

La solution passe-t-elle par le gonflement des investissements dans la recherche, le digital et d’autres champs prometteurs pour stimuler le développement ? Certainement. 

Hier comme aujourd’hui, il convient faire monter en gamme de l’appareil productif belge. Mais l’enjeu est tel, que tous les efforts ne peuvent reposer sur ce seul pari.

Reste la possibilité d’accroître la productivité individuelle des emplois occupés dans les secteurs des soins, de l’aide à la personne, de l’éducation ou du non-marchand en général. 

Oui, mais comment ?

Les gains de productivité découlent le plus souvent de deux sources

Un : une meilleure organisation et une optimisation des processus. 

De ce point de vue, il y a sans doute des améliorations à apporter au système social belge. Les chapelles restent nombreuses, les synergies parfois encore limitées et les fonctions par toujours transversales. 

Dans l’esprit d'Elon Musk, le “Tesla Bot” doit participer à une transformation radicale du monde du travail. Selon lui, les travaux physiques ou pénibles ne seront plus jamais subis.

Deux : les innovations technologiques. 

En la matière, les bouleversements s’annoncent considérables. Passons sur les outils digitaux qui ont déjà révolutionné la gestion des dossiers médicaux, la prise de rendez-vous, l’automatisation de la livraison des fournitures, les consultations à distance, sans même parler de l’accélération de la recherche médicale grâce à la modélisation informatique. La pandémie a ouvert d’immenses opportunités d’amélioration dans le créneau de l’enseignement et du suivi des compétences. L’intelligence artificielle aide désormais aussi à interpréter plus finement les ressources en matière d’imagerie médicale et à diminuer les risques d’erreur de diagnostic

Ne plus subir les travaux physiques

D’accord, mais les emplois dans l’accompagnement ou les services personnalisés ne sont pas seulement liés à des postes réservés aux multi-diplômés ou à des tâches de bureau, n’est-ce pas?

Le changement arrive, là également. 

Voici quelques jours, le fabricant automobile Tesla dévoilait le prototype de son futur robot humanoïde. Dans l’esprit du fondateur Elon Musk, le “Tesla Bot” doit  participer à une transformation radicale du monde du travail. Selon lui, les travaux physiques ou pénibles ne seront plus jamais subis.

Sans aller aussi loin, les innovations concrètes sont déjà là. Au sein des usines automobiles de Ford, Hyundai ou Toyota, une partie des ouvriers à la chaîne sont à présent sanglés dans des exosquelettes ou “exosuits”. Au départ destinés à réduire la tension dans les articulations et les muscles, et ainsi éviter les blessures dues aux mouvements répétés, ces équipements se perfectionnent sans cesse. Les plus sophistiqués sont désormais bardés de capteurs et sont reliés à des systèmes algorithmiques permettant d’ajuster les pistons au millimètre, en fonction des tics ou manies des personnes qui les utilisent. 

Le marché des exosquelettes ou “exosuits” croîtra de 50% par an d’ici 2027.

Le mouvement déborde sur d’autres secteurs. Les exosuits sont entrés dans les entrepôts et le monde de la logistique où ils diminuent jusqu’à 40% l’effort nécessaire pour soulever caisses ou colis.

Selon certaines analyses, le marché des exosquelettes ou “exosuits” croîtra de 50% par an d’ici 2027. Les fabricants, d’ailleurs, se multiplient. Des producteurs de prothèses orthopédiques, par exemple, se sont découvert un nouveau débouché pour valides.

Il ne faudra pas longtemps pour voir le harnachement intégrer les maisons de repos et le secteur des soins en général. 

À la clé, des gains de productivité et de confort, mais aussi une diminution des interruptions de travail dues à la fatigue et aux maladies professionnelles au sein des professions de soins. Dès lors, une valeur ajoutée générée par employé accrue et, espérons-le, de meilleurs salaires au bout du compte

Des voies existent pour accroître la productivité des métiers de l’accompagnement à la personne ainsi que les services de tous ordres. Il convient toutefois d’embrasser et de tester ces nouveaux outils rapidement, sans attendre. L’enjeu n’est ni plus ni moins, à terme, que celui du financement de nos pensions et de notre système de soins de santé.

Jean-Yves Huwart
Entrepreneur et auteur

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