"Les villes de demain doivent fonctionner comme des éponges"

©VINCENT CALLEBAUT ARCHITECTURES ARBORICOLE, ANGERS, FRANCE

Des tours résidentielles transformées en parcs verticaux, avec une végétation luxuriante et des jardins suspendus. Des bâtiments qui respirent. L’architecte belge Vincent Callebaut a des idées radicales sur la manière dont nous construirons nos maisons, travaillerons et vivrons en société à l’horizon 2070.

Depuis son studio d’architecture à Paris, il "avance de nouvelles idées qui défient les anciennes structures". C’est ainsi que Vincent Callebaut (40 ans) définit lui-même sa démarche. Et cela ne plaît pas à tout le monde. Certains critiques aiment à qualifier notre compatriote "d’architecte de papier", de beau parleur aux idées irréalisables. Comme dans son projet écologique pour Tour & Taxis, le site industriel qui accueille les bureaux de L’Echo et De Tijd. Le projet du Belge portait sur la construction d’un éco-quartier futuriste: un endroit où l’on pourrait à la fois habiter, travailler et se détendre, avec trois tours d’habitations et de bureaux, tous producteurs d’énergie, et une végétation luxuriante autour d’un grand étang, en plein cœur de Bruxelles.

Hélas, le promoteur a trouvé son projet trop utopiste et a choisi celui du bureau d’architectes néerlandais Neutelings-Riedijk. "Un choix sûr, explique Callebaut au téléphone. Et une occasion manquée pour Bruxelles de devenir la capitale verte d’Europe."

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Le Wallon n’a aucun regret. Ailleurs dans le monde, ses idées commencent à faire leur chemin. Cet automne, son tout premier bâtiment sera achevé à Taipei, la capitale de Taiwan. En plus de 40 appartements, le gratte-ciel vert abritera 23.000 arbres et arbustes. Chaque année, 130 tonnes de dioxyde de carbone seront piégées grâce à la photosynthèse.

Si le projet réussit, le "Jules Verne de l’architecture" – c’est ainsi que le surnomment ses nombreux fans (oui, il en a!) – pourrait voir sa carrière s’envoler. Ses premiers projets de villes futuristes datent déjà d’il y a dix ans. Son principe de base est resté le même: si nous ne changeons pas rapidement notre fusil d’épaule, nos villes deviendront invivables. "En 2050, notre planète comptera 9 milliards d’humains, compte Callebaut. 70% de la population mondiale vivront en milieu urbain. La ville horizontale du XXe siècle, imaginée notamment sous l’influence de Mies van der Rohe et Le Corbusier, a atteint son point de saturation. Prenez Bruxelles et Paris. Ce sont des villes où riches et pauvres ne se rencontrent pas, mais vivent côte à côte. Il n’y a aucune mixité sociale. Et elles sont complètement asphyxiées par les autoroutes urbaines."

vincent callebaut

40 ans

Callebaut est né à La Louvière. Il a étudié l’architecture à l’ULB à Bruxelles. Il a poursuivi ses études à Paris grâce à une bourse. Il y a fait des stages et travaillé dans différents studios d’architecture. En 2008, il a lancé son propre studio "Vincent Callebaut Architectures". Sa marque de fabrique: des gratte-ciel "éco-utopiques".

Ce sont des villes du passé. La ville du futur redonnera de l’air à ses habitants, au sens propre comme au figuré. "Que fait le Belge moyen?, continue-t-il. Il vit à la campagne, dans une maison avec un jardin, et passe chaque jour deux heures en voiture ou dans le train pour aller travailler en ville. Nous disons: arrêtez de faire la navette en voiture entre la campagne et la ville, mais transposez en ville les avantages de la campagne!"

La tour, reine de la ville

Dans la ville du futur, le gratte-ciel est roi. Presque tous les projets de Callebaut prévoient des appartements de toutes tailles: petits, moyens et grands, pour recréer la mixité sociale et augmenter l’offre de logements. Les Quartiers Callebaut ne manquent pas de verdure. L’architecte ramène la nature en ville. Ses éco-tours fonctionnent comme des forêts tropicales. La végétation qui pousse sur les gratte-ciel règle le climat de manière naturelle. Chaque tour est un parc vertical avec une végétation luxuriante et des jardins suspendus.

"Nous disons: arrêtez de faire la navette en voiture entre la campagne et la ville, mais transposez en ville les avantages de la campagne!"

"Les villes de demain doivent fonctionner comme des éponges, explique l’architecte. Les plantes filtrent l’eau de pluie pour qu’elle puisse être réutilisée comme eau sanitaire. On peut cultiver des légumes et des fruits sur les balcons. Ainsi, chaque citadin devient un peu jardinier. Et les potagers communautaires installés sur les toits encouragent les contacts sociaux."

Le développement vertical des villes d’après-demain présente trois avantages. Tout d’abord, il apporte une réponse à la pénurie de logements dont souffrent de nombreuses villes. Ensuite, les constructions en hauteur offrent aussi une solution à un problème écologique: plus une ville est compacte, moins elle consomme d’énergie. Enfin, dans la plupart de ses "éco-quartiers", Callebaut prévoit des immeubles de bureaux, ce qui permet aux employés de gagner leur vie à proximité de leur logement. Ce changement réduira également notre empreinte écologique.

"Nous disons: arrêtez de faire la navette en voiture entre la campagne et la ville, mais transposez en ville les avantages de la campagne!"

Simple utopie? Le deuxième pays – après les tours d’habitation de 50.000 m² à Taiwan – où l’éco-architecte a pu faire entendre sa voix, est l’Égypte dont la capitale, Le Caire, fait partie des villes les plus polluantes de la planète. Son projet The Gate Heliopolis devrait être livré en 2020 ou 2022. Le nom du complexe s’inspire du quartier construit au siècle dernier sous l’impulsion de l’industriel belge Édouard Empain. Plus de 1.000 appartements seront construits au-dessus d’un centre commercial et d’un complexe de bureaux. Un immense auvent recouvrira l’ensemble. "Nous nous sommes inspirés des malqafs, des capteurs de vent traditionnels qui sont utilisés dans la région depuis 3.000 ans. Ils vont fournir un refroidissement naturel. L’air est aspiré, refroidi sous le bâtiment et remis en circulation dans les appartements", explique l’architecte.

Un autre projet, le complexe Arboricole – un peu plus petit en termes de surface, mais tout aussi important sur le plan symbolique – sera construit en France, dans la ville d’Angers. Ce sera son premier projet sur le sol européen. Le rez-de-chaussée sera un hub à la mode, avec des espaces de coworking, des ateliers d’artistes, des restaurants, une brasserie et une salle de concert. Le reste du bâtiment sera une espèce de "forêt résidentielle", avec 20.000 arbustes et plantes installés sur les terrasses des habitants, et qui devraient chaque année absorber 50 tonnes de dioxyde de carbone et produire de l’oxygène.

Ces "bâtiments qui respirent" amélioreront la qualité de vie des habitants: c’est ainsi que Callebaut voit l’avenir. L’éco-architecte ne doute pas un instant qu’il a raison. Il regrette que sa mère patrie ne soit pas encore prête pour ses gratte-ciel verts et ses quartiers tropicaux. Mais l’architecte ne semble pas lui en tenir rigueur: "Pour l’instant, j’ai suffisamment de travail. Même si ce serait fantastique de pouvoir travailler dans la ville où j’ai appris mon métier. Oh, ça finira bien par arriver."

©Ronald Dersin


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