Louma Salamé: "Concernant le Belang, ce qui me frappe, c'est que personne ne l'avait vraiment vu venir"

©Tim Dirven

L'apéro de L'Echo avec Louma Salamé, directrice générale de la Villa Empain.

La dernière fois, c’était avec Olivier Willocx (BECI) et l’avant dernière avec Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et depuis futurologue. Pour ceux qui voulaient découvrir un nouvel endroit, pas de chance, "L’Étiquette" est aussi le QG de Louma Salamé. Franchement accommodante pour égayer cette page, elle nous proposait en joker "Tarzan" — coucou Claudia Lomma (VOO) et François Schwennicke (Delvaux) — ou la "Winery" de Boitsfort – bonjour et bravo Yvan Verougstraete (Medimarket) qui, nominé à l’époque pour le titre de Manager de l’année, allait le décrocher le soir même de cet apéro. Dès lors, nous n’allions pas priver Louma Salamé de son bar préféré. D’autant qu’il présente l’immense avantage de se situer à un jet de pierre de la Villa Empain. À l’heure des embouteillages de la rentrée, autant mettre toutes les chances de notre côté.

Pour le lecteur non averti, on résume: L’Étiquette est un bar à vin plutôt chic qui surplombe l’Abbaye de la Cambre. Pour les habitués de cette page, sachez que rien n’a bougé depuis décembre dernier. Rien sauf le nombre de bières artisanales qui recouvrent les murs et que le photographe — en attendant notre invitée — s’amuse à compter sur ses deux mains avant de s’en aller mater les fromages non loin du bar. Autour de nous, "pour l’ambiance", un homme lèche sa fourchette à intervalles réguliers pendant que madame mange ses tapas le couteau en l’air tandis que, derrière eux, un groupe de futurs trentenaires s’envoient des verres de vin en anglais, arborant fièrement le badge de l’entreprise sans s’étrangler lorsqu’ils huggent les derniers arrivés.

Humour façon Amélie Nothomb

Galopant sur ses ballerines rouges, arrive Louma Salamé, sincèrement désolée d’être en retard. Les impondérables, "une folle journée" et des problèmes d’organisation. Tout ça. Elle ne peut pas nous expliquer — hélas — mais elle est très contente de n’avoir pas dû annuler. Nous aussi.

Du coup, on commencera par la photo, juste après qu’elle a commandé un verre de vin rouge, l’italien. Pour la photo, ça tombe bien, "coup de bol" nous explique-t-elle, elle a fait ses cheveux la veille "car d’ordinaire, ma coiffure c’est plutôt Sarajevo", lâche-t-elle en riant avant de se rendre compte qu’elle a oublié son rouge à lèvres et de conclure: "Désolée, à la fin de la journée, ma tête c’est un peu comme une photocopieuse en mode bourrage de papier".

D’emblée, un constat, Louma Salamé est une fille sympa. Une fille sympa qui possède presque la même voix qu’Amélie Nothomb, une réflexion qui l’amuse beaucoup d’autant qu’on lui disait récemment qu’elles partageaient également le même humour.

Par contre, le champagne — breuvage cher à l’écrivain — vous ne l’aurez pas, Louma a horreur des bulles et ne boit globalement que du vin. Plutôt rouge. C’est l’apéro de la rentrée et, comme tout le monde en ce début janvier, nous nous souhaitons la bonne année avant d’enchaîner sur la manière dont se sont passées les fêtes.

    5 dates clés

  • 1983: "Je quitte Beyrouth en guerre pour arriver à Paris, j’ai 3 ans."
  • 2004: "Une victoire, mon diplôme des Écoles des Beaux-Arts et des Arts décoratifs de Paris."
  • 2005: "Je travaille à New York au Guggenheim et j’assiste à l’anniversaire de Lou Reed."
  • 2012: "La naissance de mon unique enfant, mon soleil, Léonard."
  • 2015: "J’arrive à Bruxelles, le début de mon histoire d’amour avec la Belgique."

Sujet n°1 des Noëls au Liban: Carlos Ghosn

"Noël, c’était génial!". En famille et, comme pour beaucoup un marathon de nourritures pendant plusieurs jours, cette année en Suisse, l’année dernière au Liban d’où elle et sa famille sont originaires. Justement, le Liban, on en parle beaucoup ces derniers temps. Surtout depuis qu’on apprenait la fuite de Carlos Ghosn qui, après des mois d’emprisonnement sauce japonaise, s’échappait de sa liberté surveillée, de ce qu’on en sait, enfermé dans une valise perforée. "Quelle affaire rocambolesque tout de même, c’est du jamais vu!" s’exclame-t-elle en prenant une gorgée de vin rouge. Un sujet qui agitait particulièrement le monde cette dernière semaine, mais surtout le sujet "numéro un" des Noëls libanais, nous confirme-t-elle. Sur le fond, Louma Salamé n’a pas envie d’avoir ou de donner un avis sur "toute cette histoire", si ce n’est qu’elle regrette que le parcours de cet homme — considéré comme un modèle de réussite dans son pays — se termine de cette manière. Plus intéressantes selon elle, les manifestations des jeunes en octobre dernier à Beyrouth: "La jeunesse en a assez, le pays est encore trop figé, les modes et les habitudes de gouvernance doivent changer".

Je compte demander la nationalité belge. Mais est-ce que ce sera encore la nationalité belge? Ou la nationalité bruxelloise?

Le Nouvel An par contre, c’était à Bruxelles, sa nouvelle patrie depuis quatre ans alors qu’elle arrivait pour reprendre la direction générale de la Villa Empain et c’était "génial aussi!". Un 31 décembre avec des amis, mais aussi beaucoup de nouvelles têtes: "Des poissons sauvages comme moi" lâche-t-elle avant d’expliquer que, contrairement aux poissons d’élevage, les sauvages remontent les rivières pour s’en aller loin de chez eux. "Ce soir-là, tout le monde était un peu orphelin de son pays, beaucoup d’expatriés aussi et des Belges qui vivent de l’autre côté du monde" conclut-elle, verre de vin en main.

Plutôt caravansérail, la Directrice explique être ravie aujourd’hui d’avoir enfin posé ses valises à Bruxelles et ce, – après avoir travaillé à New York (Guggenheim), au Luxembourg (Mudam), à Abu Dhabi (Louvre), à Doha (Mathaf) avant de retourner à Paris (l’Institut du Monde arabe) qu’elle découvrait pour la première fois à 3 ans, lorsque ses parents – fuyant le Liban alors en pleine guerre civile – y trouvaient refuge dans les années 1980. Sur la situation sociale en France, c’est comme sur la politique en général, Louma Salamé n’a franchement pas envie de polémiquer, elle relève cependant qu’elle n’a jamais connu que la France qui "manifeste" et ajoute qu’il faut bien admettre que, dans l’Hexagone, la revendication fait partie de l’ADN de la population: "La difficulté cependant est que le pouvoir se trouve aujourd’hui face à un mille-feuille de revendications, tout le monde proteste, mais pour des raisons différentes, il est donc très difficile à l’heure actuelle d’apporter des réponses et des solutions susceptibles de satisfaire toute la population".

Tout ça, c’est la France. Mais Louma nous le fait bien comprendre, elle préfère parler de la Belgique et pas de problème pour parler politique fédérale — sujet qu’on lui aurait volontiers épargné — des Flamands, des Wallons ou des Bruxellois et de toutes nos sempiternelles affaires de couple. Non, la Belgique, elle l’adore. "Ce pays me passionne tellement que je n’ai plus l’envie de partir, je compte d’ailleurs demander la nationalité histoire de mieux l’épouser". Même si l’avenir du pays — reconnaît-elle — c’est un peu la grande inconnue: "Est-ce que ce sera encore la nationalité belge? Ou la nationalité bruxelloise? Est-ce que je devrais passer un test de langue? Si oui, dans laquelle?" nous interroge-t-elle alors. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’elle, elle restera à Bruxelles.

Maintenant, sur ce qui a changé depuis son arrivée ici, clairement c’est le "virage à droite et la montée du Belang, même si de manière générale, c’est à peu près partout pareil. Mais concernant le Belang, ce qui me frappe, c’est que personne ne l’avait vraiment vu venir, pas même les médias, certains ont même fait leur mea-culpa ensuite, ce que j’ai trouvé plutôt courageux…".

Interrompue par des textos, distraite par des appels qu’elle doit encore passer, Louma Salamé s’excuse encore de ne pouvoir rester. Toujours cette situation dont elle ne peut — hélas — pas parler. Pas de problème, l’heure est venue de nous quitter. Le bar est désormais plein et Louma Salamé elle, se remet à galoper.

Que buvez-vous?
  • Qui: Directrice générale de la Villa Empain
  • Apéro préféré: "Pina Colada, mais avec de la vodka à la place du rhum."
  • À table: "Sancerre rouge ou Chardonnay pour le blanc."
  • Cuite mémorable: "Le prix à payer pour l’obtention de mes deux diplômes de fin d’études."
  • À qui payer un verre: "Andy Warhol, pour son humour et son œuvre; quel artiste!"

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