tribune

Macron, bonapartiste du 21e siècle

Macron, Napoléon... Deux trajectoires météoriques, deux personnages qui croient fermement aux hommes providentiels et à la prédestination.

A un an des élections présidentielles françaises, Alain Duhamel, observateur avisé de la politique hexagonale depuis soixante ans, dresse un portrait d’Emmanuel Macron qu’il qualifie de «hardi» plutôt que «téméraire», même s’il admet avoir longuement hésité entre les deux qualificatifs.

Lors de la crise des Gilets jaunes, la bataille laborieuse des retraites, les formules intempestives lancées trop souvent à la cantonade, c’était Emmanuel le Téméraire. Avec la crise sanitaire et les décisions d’une soudaineté, d’une ampleur et d’une hétérodoxie absolues qu’il a fallu prendre, c’est devenu Emmanuel le Hardi.

Alain Duhamel qualifie Macron de «bonapartiste du 21e siècle, car jamais sous la Ve république, le pouvoir n’aura été à ce point concentré entre les mains du chef de l’Etat». Le parallèle avec Napoléon ne s’arrête pas là. «Le bonapartisme est d’abord une rupture, une ambition, une autorité, une incarnation. Sur chacun de ces points, Emmanuel Macron coche la case», constate Duhamel. «L’un et l’autre sont issus de peu pour arriver au sommet. (…) Deux trajectoires météoriques, deux personnages qui croient fermement aux hommes providentiels et à la prédestination.»

"Le bonapartisme est d’abord une rupture, une ambition, une autorité, une incarnation. Sur chacun de ces points, Emmanuel Macron coche la case."

Tous deux partagent en outre une même conception du pouvoir qui doit non pas se diluer mais se concentrer. «Au cœur de l’exécutif, l’autorité remonte au chef de l’Etat. (…) Avec Emmanuel Macron, il existe un Deuxième consul qui s’appelle Edouard Philippe ou Jean Castex et un Troisième consul qui se nomme Alexis Kohler.» Ce dernier occupe le poste de secrétaire général de l’Elysée.

A propos de l’élection présidentielle de 2022, Alain Duhamel rappelle que depuis 1958, aucun président n’a été réélu, sauf après avoir subi une cohabitation. A ses yeux, ce scrutin sera avant tout un face-à-face entre Macron et les «passions françaises», à savoir la défiance enracinée vis-à-vis du pouvoir, la critique récurrente du chef de l’Etat sortant, l’irritation provoquée par le style et les impairs de Macron.

Duhamel prédit que tout se jouera dans la dernière ligne droite sur «la peur». «Elle peut se transformer en rage contre le pouvoir ou en prudence redoublée face à l’inconnu.»

J-P.B.

«Emmanuel le Hardi», Alain Duhamel, éd. de l’Observatoire, 284 pages, 20 euros

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