tribune

Mieux aider les enseignants à ne pas s'autocensurer

L’autocensure des enseignants est une réalité dans notre pays. Nous devons tout mettre en œuvre pour la combattre. Il en va de l’avenir de notre démocratie.

Les événements récents liés à l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) mettent en lumière le rôle crucial de l'école en tant que lieu d'échanges au sein de la société. Ils soulignent également comment l'école peut devenir le théâtre de divergences et de vulnérabilités variées.

Cependant, au-delà de la question de l'Evras, il y a un enjeu moins médiatisé ces derniers temps en Belgique, mais tout aussi essentiel: celui de l'autocensure parmi les enseignants au sein de nos écoles. En effet, ce phénomène est bien présent dans notre société et est en constante progression.

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Des chiffres inquiétants

L’interrogation qui se pose est simple, mais cruciale: pouvons-nous sérieusement préparer nos enfants à devenir des citoyens éclairés et autonomes en évitant délibérément en classe certaines réalités susceptibles de remettre en question les certitudes qu'ils ont forgées au sein de leurs cercles familiaux, sociaux ou en ligne? La réponse est sans équivoque: non, nous ne le pouvons pas! L'autocensure des enseignants, quelle qu'en soit la cause, équivaut à un abandon inquiétant pour notre enseignement et pour notre démocratie.

40%
part d'enseignants qui s'autocensurent
En Fédération Wallonie-Bruxelles, 40% des enseignants interrogés admettent avoir déjà renoncé à aborder certains sujets ou décidé d’en limiter la portée

Selon une enquête menée par le Centre d'action laïque entre novembre 2020 et janvier 2021, en Fédération Wallonie-Bruxelles, 40% des enseignants interrogés admettent avoir déjà renoncé à aborder certains sujets ou décidé d’en limiter la portée. De plus, 60% d'entre eux constatent une augmentation des situations où des sujets susceptibles de confronter les croyances des élèves sont évités ou même totalement éludés. 

Ces chiffres devraient susciter une profonde préoccupation, car ils mettent en lumière une fracture idéologique au sein de notre système éducatif chez des jeunes qui vont bientôt devenir des citoyens adultes.

Contestation de nombreux savoirs

David Weystman est député MR au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Parmi les sujets fréquemment mis de côté pour éviter les controverses figurent l'évolution des espèces, l'origine de la vie et de l'univers, les questions relatives aux différences culturelles, ethniques, religieuses, de genre ou d'orientation sexuelle, la démocratie, ainsi que l'égalité entre les individus

Même des sujets politiques, tels que les élections dans un pays dont les parents ou les grands-parents sont originaires, peuvent devenir source de tensions aiguës en classe.

La Fédération Wallonie-Bruxelles qualifie ce phénomène de "contestation des savoirs", un terme qui revêt tout son sens. En effet, certains enseignants se retrouvent engagés dans des conflits avec leurs élèves, dans une sorte de bras de fer

Notre capacité à vivre ensemble est menacée

Il est crucial que le monde politique soutienne les enseignants dans ces situations, car ce ne sont évidemment pas eux qui devraient être pointés du doigt. La tragique mort de Samuel Paty, en France en octobre 2020, reste gravée dans toutes nos mémoires. Et dans ce contexte général, il est évidemment compréhensible que certains enseignants hésitent à aborder certains sujets de peur de subir des agressions physiques ou verbales.

Cependant, nous sommes convaincus que l'autocensure n'est pas une fatalité! Notre système éducatif doit continuer d'être un lieu où l'esprit critique de nos jeunes peut s'épanouir pleinement. Nous devons soutenir les enseignants en difficulté, en leur garantissant la liberté de s'exprimer librement et d'aborder tous les sujets sans exception. 

Nous demandons la mise en place d'un suivi annuel afin de déterminer si l'autocensure régresse ou progresse.

Pour l’année scolaire 2022-2023, un peu moins de 1.700 professeurs ont pu suivre des formations relatives aux phénomènes de relégation, de discrimination et d’extrémismes ainsi que sur l’éducation aux médias, la citoyenneté ou la diversité culturelle, organisées par la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est une première étape, mais elle reste insuffisante. 

Stéphanie Cortisse est députée MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il est impératif de mettre à disposition des enseignants des ressources pédagogiques facilement accessibles pour qu'ils puissent aborder ces sujets de manière éclairée. De plus, il est essentiel que le monde politique suive de près et de manière objective l'évolution de ce phénomène. C'est pourquoi nous demandons la mise en place d'un suivi annuel afin de déterminer si l'autocensure régresse ou progresse.

L'autocensure est un enjeu de société majeur, car elle remet en question notre capacité à vivre ensemble et à maintenir une démocratie forte. Il est donc impératif que ce dossier soit placé au sommet de nos priorités.

Par David Weytsman, député MR au Parlement bruxellois et au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Stéphanie Cortisse, députée MR au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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