carte blanche

N'hésitez plus, votre prochaine voiture doit être une électrique

Si vous vous souciez du climat, votre prochaine voiture devrait être électrique, de préférence une taille ou deux en-dessous de celle que vous aviez d'abord imaginé. Acheter des véhicules électriques ne sauvera pas pour autant la planète en tant que tel, mais cela constituera un levier puissant pour viser des changements aussi larges que possible.

Adair Turner
President de l'Institute for New Economic Thinking et de l'Energy Transitions Commission

Les voitures de tourisme ne représentent que 8% des émissions totales de dioxyde de carbone dans le monde. Autrement dit, les voitures électriques à elles seules ne permettront pas d’éviter le changement climatique. Néanmoins, l’électrification des véhicules est essentielle pour réduire les émissions. Si vous vous souciez du climat, la prochaine voiture que vous achetez doit être électrique.

Les moteurs électriques sont intrinsèquement plus efficaces que les moteurs à combustion interne.

Les moteurs électriques sont intrinsèquement plus efficaces que les moteurs à combustion interne: tandis qu’un moteur à essence ou diesel gaspille généralement plus de 70% de l’énergie qu’elle utilise en chaleur indésirable, un moteur électrique transforme 95% de l’énergie consommée en énergie cinétique.

Un essor plus rapide qu'attendu

De plus, lorsque les coûts des batteries tomberont sous les 100 $ par kilowatt-heure, les voitures électriques ne seront pas seulement moins coûteuses à exploiter, mais aussi moins chères à acheter. Alors, les véhicules électriques finiront par dominer le marché – et beaucoup plus tôt que de nombreuses projections ne le prédisent – que nous nous préoccupions du climat ou non.

A la condition que l'électricité utilisée ait une intensité en carbone inférieure à environ 800 grammes par kWh, les voitures électriques réduisent les émissions de carbone.

À la condition que l’électricité utilisée ait une intensité en carbone inférieure à environ 800 grammes par kWh, les voitures électriques réduisent les émissions de carbone. En France (avec une intensité moyenne d’environ 80 grammes), au Royaume-Uni (environ 250 gr. et en diminution rapide), aux États-Unis (environ 400 gr.) et même en Allemagne qui est fortement carbonée (environ 500 gr.), les voitures électriques réduiront sans aucun doute les émissions, si toutefois les utilisateurs évitent de les charger à des moments où l’intensité marginale est la plus élevée.

En Chine et en Inde, en revanche, où l’électricité présente une intensité en carbone moyenne de 800 grammes, une croissance très rapide des véhicules électriques pourrait avoir un effet défavorable au départ. Mais ce qui importe est l’intensité en carbone de l’électricité utilisée tout au long de la vie du véhicule.

La stratégie optimale est donc d’encourager l’électrification de l’automobile tout en mettant en œuvre une décarbonisation rapide de la production d’énergie, que l’effondrement du coût des énergies renouvelables rend désormais possible.

©AFP

En outre, la possibilité de réduire les émissions de CO2 par l’électrification des transports est beaucoup plus grande que ce que suggère le chiffre de 8%. Car une quantité équivalente d’émissions supplémentaires provient des camions et autobus, et l’avenir est électrique pour ces véhicules également.

À cet égard, le rythme de l’électrification reflétera en partie le nombre de personnes qui vont choisir d’acheter des voitures électriques. Les investissements massifs les batteries et l’échelle de fabrication, encouragés par les prévisions d’achats de véhicules électriques, généreront une réduction des coûts et une augmentation de la densité de l’énergie, qui rendront de plus en plus concurrentiels les bus et les camions à courte distance électriques alimentés par batterie.

Concernant le camionnage longue distance, les piles à combustible à hydrogène peuvent être la clé pour assurer une autonomie adéquate, mais les moteurs seront électriques, offrant des améliorations spectaculaires de la qualité de l’air urbain. Les technologies de batterie combinant électricité et hydrogène joueront également un rôle important dans le transport maritime et l’aviation sur des distances courtes.

62 $ /kWh
Batterie
Bloomberg estime que les prix des batteries pourraient tomber à 62 $ par kWh en 2030.

En même temps, les innovations dans les batteries, initialement encouragées par la croissance de véhicules électriques, réduiront le coût de la décarbonisation de l’énergie. Selon Bloomberg, les prix des batteries pourraient tomber à 62 $ par kWh en 2030, avec des batteries assurant un stockage de nuit rentable et dépendant de plus en plus des sources solaire et éolienne. Cela permettra par la suite d’atteindre une intensité en carbone plus faible nécessaire pour rendre les véhicules électriques bons pour la planète.

D’autres technologies, en dehors de la production d’électricité, de batteries et de piles à combustible à hydrogène, sont bien sûr essentielles pour réduire les émissions.

Dans les secteurs industriels où les émissions sont plus difficiles à réduire, tels que l’acier, le ciment et les produits chimiques, des sources de bioénergie et des systèmes de capture du carbone seront également nécessaires.

Dans l’aviation, les batteries seront beaucoup trop lourdes pour alimenter les vols intercontinentaux, à moins d’améliorations spectaculaires et actuellement improbables de la densité en énergie des batteries. Des carburéacteurs synthétiques produits à partir d’électricité à faible émission de carbone pourraient devenir économiques, et les biocarburants sont également susceptibles de jouer un rôle important.

Jusqu'à 60% de la demande…

Cependant, bien qu’une combinaison de technologies soit nécessaire, tous les scénarios possibles pour parvenir aux objectifs de l’accord sur le climat de Paris montrent qu’une augmentation massive du rôle de l’électricité est essentielle.

60%
Electricité
Le « Scénario Sky » de Shell, publié récemment, estime que l’électricité représentera plus de 60% de la demande finale d'énergie à la fin de ce siècle, contre environ 20% aujourd'hui.

Le "Scénario Sky" de Shell, publié récemment, estime que l’électricité représentera plus de 60% de la demande finale d’énergie à la fin de ce siècle, contre environ 20% aujourd’hui. Si nous n’électrifions pas autant que possible l’économie et ne décarbonisons pas aussi rapidement que possible la production d’électricité, nous n’avons aucun espoir d’éviter des changements climatiques extrêmement dangereux dans le futur.

Bien sûr, les véhicules électriques sont disponibles en différents types et tailles. Plus la voiture électrique que vous achetez est grosse et plus vous utilisez inutilement sa capacité d’accélération, plus cela se traduira par une augmentation des émissions.

Si vous vous souciez du climat, votre prochaine voiture devrait être électrique, de préférence une taille ou deux en-dessous de celle que vous aviez d'abord imaginé.

Malheureusement, l’offre actuelle de voitures électriques est biaisée en faveur des plus grosses voitures. Les plus petits modèles et ceux de taille intermédiaire sont moins nombreux, alors que ce sont ces derniers qui offrent les plus fortes réductions d’émissions. Ceci reflète la recherche de bénéfices des entreprises automobiles, les difficultés de parvenir à une autonomie suffisante au moyen de petites batteries et le manque d’infrastructures de charge.

Quoi qu’il en soit, si vous vous souciez du climat, votre prochaine voiture devrait être électrique, de préférence une taille ou deux en dessous de celle que vous aviez d’abord imaginé. Et si acheter des véhicules électriques ne sauvera pas la planète en tant que tel, cela constituera un levier puissant pour viser des changements plus larges.

Copyright: Project Syndicate, 2019.

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