tribune

Pensez à l'avenir, changez le monde

Président PwC Belgique

À chaque nouvelle crise, politiques, entreprises et citoyens se focalisent souvent sur l'immédiat, au détriment d'objectifs sociaux, économiques ou de durabilité à long terme. Comment jeter les bases d'un avenir plus juste, plus durable et plus positif?

Au cours des quinze dernières années, nous avons eu l'impression de passer constamment d'une crise à l'autre. De la crise financière à la crise de la zone euro, de la crise des réfugiés au Brexit, des pandémies aux conflits armés en Europe. Au cours de la même période, la planète a battu un record historique de chaleur après l'autre. Et ce alors même qu’au vu des engagements actuels, le monde semble se diriger vers un réchauffement de plus de 1,5 degré. Le flux des crises semble sans fin. 

Axel Smits.

À chaque nouvelle crise, les décideurs politiques, les entreprises et les citoyens se focalisent souvent sur l'immédiat. Les objectifs sociaux, économiques ou de durabilité à long terme sont souvent les premiers à tomber. Pourtant, il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi. Je suis fermement convaincu que nous pouvons œuvrer à un avenir meilleur, sans être poussés hors du chemin par le moindre vent contraire. Mais nous devons rééquilibrer nos priorités: l'équilibre entre l'économie et la planète; l'équilibre entre le profit à court terme et la prospérité à long terme; l'équilibre entre l'intérêt personnel et le progrès social. Je pense qu'il existe trois façons de jeter les bases d'un avenir plus juste, plus durable et plus positif.

Penser davantage à demain

Avant tout, l'objectif de chacun devrait être de laisser le monde en meilleur état qu'il ne l'a trouvé - en tant que gouvernement, entreprise et citoyen. Cela semble évident, mais souvent ce n'est pas le cas. Je suis convaincu que les décisions que nous prenons en tant que société seraient fondamentalement différentes si nous nous efforcions plus souvent de garder à l’esprit qu’il s’agit de créer un monde meilleur à l'avenir. Notre perspective sur notre façon de travailler, de vivre, de voyager, de consommer, de produire ou de faire des affaires en serait transformée.

“Moins, c'est plus” peut sembler être un pas en arrière pour certains, alors qu’il s’agirait d’un grand pas en avant dans la construction d'un monde plus durable.

Deuxièmement, pensons davantage à demain et moins à aujourd'hui. Par exemple, la production ou la consommation circulaire peut signifier que nous faisons un peu moins de bénéfice ou que nous payons un peu plus cher nos produits aujourd'hui. Dans le même temps, nous rendons l'avenir plus durable et plus vert. Le bénéfice n’est pas toujours le premier auquel on pense. Cela peut tout aussi bien signifier qu'un politicien ose défendre des mesures impopulaires afin de réaliser des solutions durables. En tant que citoyen individuel, cela peut aussi signifier que nous investissons un peu plus et que nous consommons un peu moins. “Moins, c'est plus” peut sembler être un pas en arrière pour certains, alors qu’il s’agirait d’un grand pas en avant dans la construction d'un monde plus durable. Un monde qui choisit toujours l'ici et le maintenant s'échouera demain.

Troisièmement, investissons dans nos jeunes. Ceux qui veulent laisser un monde meilleur ne le font pas pour eux-mêmes. Ils le font pour les autres et pour les générations futures. Cela exige que nous investissions massivement dans l'éducation de nos jeunes. Nous avons l’obligation de préparer les générations futures à laisser un impact positif dans un monde densément peuplé aux ressources limitées. Quiconque prend cet objectif comme fil conducteur agira différemment — en tant que gouvernement, en tant qu'entreprise et en tant que citoyen. 

Si nous devons creuser encore nos déficits publics, faisons-le de manière à augmenter la croissance future, à accroître la prospérité et à nous mettre davantage sur la voie de la neutralité climatique.

Comment appliquer cela dans la pratique en tant que pays? Faisons en sorte qu'une vision de l'avenir fasse partie de chaque action, de chaque débat, de nos comportements et décisions politiques. Plus nous parlerons souvent de l'avenir, de notre impact sur l’ensemble des parties prenantes et sur la planète, plus nous intégrerons cette dimension d’avenir dans toutes nos réflexions. Même lorsqu'il s'agit d'une crise.

Évaluer les mesures

Pour le gouvernement, cela signifie évaluer chaque mesure en fonction de ses effets à long terme et sur les générations futures. Trop de dépenses, de taxes ou d'actions échoueraient à ce test aujourd'hui. Par exemple, si nous devons creuser encore nos déficits publics, faisons-le de manière à augmenter la croissance future, à accroître la prospérité et à nous mettre davantage sur la voie de la neutralité climatique. Les entreprises elles-mêmes ont à jouer un rôle dans l'instauration d'un changement positif. Par exemple, en se concentrant encore plus sur le long terme et sur les intérêts de la société dans son ensemble. Les consommateurs attendent aujourd'hui des entreprises qu'elles se concentrent moins sur les bénéfices à court terme et davantage sur un avenir durable pour la société. Enfin, et surtout, il y a le citoyen lui-même. C’est lui qui détient les clés. Si chaque citoyen prend un peu plus en compte l'avenir et la durabilité, et adapte son comportement en conséquence, nous irons vraiment très loin.

Progresser dans ces domaines demande non seulement du courage, mais aussi beaucoup d'énergie de la part de chacun d'entre nous. Néanmoins, je suis un optimiste réaliste : je crois que l'avenir sera meilleur que le passé. Ce n'est que lorsque chacun pensera plus souvent à l'avenir que nous pourrons changer le monde et rétablir l'équilibre pour un monde plus positif et durable.

Axel Smits
Président PwC Belgique

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