Philosophe d’entreprise et fondateur de l’agence CartoonBase

Des idées claires et distinctes. La chronique de Luc de Brabandere.

Dans une chronique précédente, nous avons défini ce qu’est un « modèle ». Clarifions aujourd’hui la relation que ce mot entretient avec son cousin « système » qui, à première vue, a également tout du mot passe-partout ! Ne parle-t-on pas de système solaire, de système D, de risque systémique, d’écosystème, de système d'exploitation, de système digestif, de système de payement, de système familial et, actualité oblige, de système immunitaire et de système de santé ?

Luc de Brabandere.

Proposons donc une nouvelle définition.

Un système est un ensemble d'éléments qui sont organisés en fonction d'un but et ne prennent toute leur signification que par rapport à un tout.

Les systèmes peuvent être divisés en trois catégories, suivant un degré d'abstraction croissant :

  • les systèmes concrets tels qu'une maison, un ordinateur, le corps humain ou encore le système solaire;
  • les systèmes conceptuels comme une figure géométrique, une entreprise, une famille, un réseau;
  • les systèmes formels comme l'ensemble des nombres entiers, une langue ou encore la logique binaire.

L’idée de système est puissante, elle a sa place dans la longue histoire de la pensée, puisqu’on parle souvent d’ « approche systémique » ou encore de « théorie des systèmes ».  

Flash back

Pendant longtemps, l’homme a pensé que sa Terre était le nombril de l’Univers.

Les choses ont commencé à changer au début du xvie siècle, quand le Polonais Nicolas Copernic se dit convaincu qu'en fait la Terre tourne autour du Soleil. Sale coup pour le nombril, le voilà devenu satellite !

Deux siècles plus tard, Kant soutient que le Monde n’est pas connaissable, que nous ne le voyons pas tel qu’il est, mais tel que nous sommes.

"En cinq coups de boutoir, les scientifiques et les philosophes ont remis l'Homo sapiens à sa place."
Luc de Brabandere
Philosophe d’entreprise et fondateur de l’agence CartoonBase

Cent ans plus tard encore, Charles Darwin expose sa théorie de l'évolution des espèces. L'homme n'occupe plus une place privilégiée dans l'histoire. Son nombril à lui descend de celui du singe, tout simplement.  

Et ce n'est pas fini : au tournant du xxe siècle, dans la Vienne de François-Joseph, un certain Sigmund Freud fonde la psychanalyse ; l'homme cesse d'être rationalité et moralité, l'inconscient a une fameuse emprise sur le nombril de cet animal prétendu raisonnable.

Acte suivant, Albert Einstein entre en scène. Il ne manquait plus que lui ! L'homme déjà sur orbite, limité dans sa capacité de connaître, banalisé dans son hérédité, incapable de contrôler ses pulsions, apprend qu'en plus son expérience de l'espace et du temps n'est pas absolue, que la perception de son nombril est tout ce qu'il y a de plus relatif.

Traverser les sciences

En cinq coups de boutoir, les scientifiques et les philosophes ont remis l'Homo sapiens à sa place. De central, il devient périphérique ; d'être exceptionnel, il devient un individu parmi d'autres, incapable d'avoir une vue certaine sur lui-même ou sur l'Univers. Tout est maintenant en place pour la sixième révolution de la pensée, celle des « systèmes ».

"L’approche systémique pose que l'homme n'est plus le maître, mais un élément de la nature ; il appartient à un écosystème."
Luc de Brabandere
Philosophe d’entreprise et fondateur de l’agence CartoonBase

L'approche systémique s'oppose au rationalisme classique du XVIIe siècle dans la plupart de ses préceptes. En 1619, Descartes eut la révélation de sa "méthode", qu'il codifiera en quatre étapes :

– l'évidence : refuser ce qui n'est pas évident ;

– la division : morceler les problèmes en un grand nombre de parties ;

– l'ordre : s'attaquer aux difficultés en allant du plus facile au plus compliqué, de la cause à l'effet ;

– l'exhaustivité : surtout, ne rien oublier.

L’approche systémique pose que l'homme n'est plus le maître, mais un élément de la nature ; il appartient à un écosystème. Pour survivre, il doit s'intégrer à des cycles écologiques complexes.  

Le mot “ système ” est certes bien ancien et son étymologie nous renvoie à la Grèce antique. Mais, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le mot “ système ” est réinventé. Il devient un mot de passe commun à une génération de savants et d'intellectuels désireux d'échanger des idées, de profiter des analogies, de décortiquer les paradoxes, de construire des passerelles entre leurs disciplines respectives.

Théorie sans théorèmes

Les mathématiciens se sont attaqués aux ensembles, aux graphes ; les physiciens, principalement Claude E. Shannon et Warren Weaver, ont élaboré la théorie de l'information ; Norbert Wiener a présenté ses thèses sur la cybernétique, John von Neumann celles sur la théorie des jeux. Un peu plus tard, un biologiste, Ludwig von Bertalanffy, a donné à la théorie générale des systèmes ses titres de noblesse intellectuelle en montrant l'intérêt à traverser horizontalement toutes les sciences. Cette théorie a été encore élargie à peu près à la même époque par un groupe de psychothérapeutes californiens, connus sous le nom d'École de Palo Alto, qui ont trouvé là une approche nouvelle de leur domaine et l’ont baptisée « thérapie systémique ».

"La théorie des systèmes est le plus grand commun diviseur de toutes les sciences, le plus petit commun multiple de tous les problèmes. "
Luc de Brabandere
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La théorie des systèmes concerne aussi bien la conquête de l'espace que la psychologie, l'économie ou la biologie. Elle permet d'imaginer le futur dans ses interactions avec le passé et le présent. Elle apparaît dans les mécanismes financiers ou politiques, elle est dominante dans le secteur de l'énergie et des télécommunications. C'est le plus grand commun diviseur de toutes les sciences, le plus petit commun multiple de tous les problèmes.  

Mais tout comme l’était la méthode de Descartes, l'approche systémique reste néanmoins une théorie sans théorème.

Luc de Brabandere
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Toutes les chroniques « Des idées claires et distinctes » parues dans l’Echo depuis 2017 sont disponibles sur le site www.lucdebrabandere.com

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