chronique

Un tronc pas si commun…

"Faut-il allonger ou pas le tronc commun?", il n’y a pas de bonne (ou de mauvaise) réponse. Il faut regarder le problème sous un autre angle.

L’allongement du tronc commun, c’est un pilier du Pacte d’excellence, la grande réforme de notre enseignement. Son sort est un des enjeux des négociations politiques qui se terminent, côté francophone, entre PS, MR et Ecolo. Sous la législature précédente, le décret avait été voté par les socialistes (avec le cdH) et vilipendé par les libéraux (les Verts s’étaient abstenus).

Plantons le décor. Le tronc commun est la période au cours de laquelle les élèves suivent les mêmes programmes. L’idée du Pacte est d’allonger d’un an ce parcours général, de la maternelle jusqu’en fin de 3e secondaire. L’objectif est de renforcer les savoirs de base et d’assurer un niveau de connaissances plus élevé pour tous les élèves, à la fois par la théorie et par la mise en application pratique. À la fin de la 3e secondaire, un certificat de tronc commun – une épreuve externe de même nature que les CEB ou CE1D actuels – sera décerné. Le MR a dénoncé un "nivellement par le bas" et un risque de décrochage scolaire accru pour tous ceux qui n’aspirent qu’à rejoindre l’enseignement technique et professionnel.

Les exemples à l’étranger montrent qu’un tronc commun plus long améliore les performances globales du système scolaire.

L’entrée en vigueur se fera très progressivement puisque ce nouveau dispositif concernera les petits bouts qui seront en maternelle dans un an. Pour voir les premiers effets de la réforme sur une génération d’enfants, il faudra attendre une dizaine d’années.

Alors, qu’en penser? Voici quelques réflexions… à la question "faut-il allonger ou pas le tronc commun?", il n’y a pas de bonne (ou de mauvaise) réponse. Il faut regarder le problème sous un autre angle. S’il s’agit de faire "more of the same" pendant un an de plus, ça ne sert effectivement à rien. S’il s’agit de repenser la façon dont l’enseignement est donné et d’accroître sa qualité, c’est évidemment tout bénéfice. Tout dépend donc du contenu… Autrement dit, notre regard sur l’école doit changer; nos habitudes, nos certitudes, doivent être bousculées; notre capacité à innover doit être améliorée. Et la plus belle réforme sur papier ne réussira jamais sans les acteurs de terrain, à commencer par les profs.

Les exemples à l’étranger montrent qu’un tronc commun plus long améliore les performances globales du système scolaire. L’OCDE explique ainsi que, dans les comparaisons internationales (les fameux tests Pisa par exemple), la filiarisation précoce s’accompagne d’une moindre équité des résultats et les affaiblit parfois.

La réforme du tronc commun prévoit également de diminuer de 50% le redoublement d’ici 2030. Une excellente idée, dixit l’OCDE toujours. Quand un élève double, ça coûte un bras à la société. Comptez 25.000 à 30.000 euros. Cet argent peut être bien plus judicieusement investi dans des programmes de remédiation et de soutien aux élèves en difficulté. Le redoublement doit rester un dernier recours.

Enfin, un des grands problèmes de l’enseignement francophone est la disparité de niveau entre écoles. Pour que le tronc soit vraiment commun – et donne donc de bons résultats – il faut résoudre cette équation.

Lire également

Echo Connect