Cette myopie qui a abouti au fameux "on n’a pas le choix"...

©REUTERS

Revue de presse du quotidien français Liberation.

Depuis mars, la gestion de la crise sanitaire repose essentiellement sur les gouvernements centraux, forces de l’ordre, médecins, épidémiologistes et économistes. Les sciences sociales sont appelées à s’exprimer seulement pour commenter les conséquences de la situation : effets psychologiques du confinement, acceptabilité des mesures etc.

A se focaliser sur le virus, cet inconnu, on en oublie le connu sur lequel on a prise, c’est-à-dire la connaissance du monde social. Or, ce qui fait crise, ce n’est pas le virus tout seul, c’est le virus qui entre en résonance avec la société.

On a ainsi négligé les apports des sciences sociales dans la compréhension de la diffusion du virus. On a par exemple peu écouté les géographes qui ont rapidement noté la ressemblance de la diffusion du virus avec les formes contemporaines de la mondialisation, à savoir les lieux de brassage comme les grands aéroports internationaux. Au Perou, sociologues et géographes ont souligné que le virus semblait suivre la route des travailleurs de l’agroexportation, déplacés sans précaution particulière en bus ou camions vers les lieux des récoltes, les médias importants n’en ont pas parlé.

Il s’agit d’aller au-delà de l’interprétation biologique. Car on ne peut pas gérer la crise en se basant sur des connaissances partielles. Il faut mobiliser d’autres objets du monde social, comme les logements, les emplois, les systèmes de transports, les espaces publics, les institutions, les ONG, les organisations sociales…

La crise se nourrit des dysfonctionnements sociaux, politiques, économiques et territoriaux, qui étaient déjà là. Elle n’était pas imprévisible, elle s’est construite sur le temps long. Elle ne révèle rien : la dégradation des systèmes de santé, la vulnérabilité du système économique, l’injonction à la mobilité, la montée des inégalités sociales, territoriales, de la pauvreté et leurs conséquences sur les situations de crise étaient déjà connus des sciences sociales.

La marginalisation de ces sciences dans l’explication et la gestion de la pandémie reprend une tendance lourde. Conséquence de cette myopie, le formatage du problème posé par la crise sanitaire, aboutit au fameux «on n’a pas le choix» qui accompagne les mesures autoritaires.

Cet article publié dans l’édition du 14 ocotobre du quotidien Libération a été résumé par nos soins.

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