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Cinquante nuances de gris de la politique

La campagne électorale au Canada est jugée globalement terne et ennuyeuse par la presse. ©REUTERS

Revue de presse du quotidien canadien Le Devoir.

Les élections, un peu partout, apparaissent désormais décolorées, sans le moindre relief particulier, soumises à des technocrates du pouvoir quasi interchangeables. À cet égard, le scrutin canadien ne constitue en rien une exception. L’électorat est appelé à choisir entre cinquante nuances de gris.

Il apparaît loin ce temps où de vastes segments de la population s’investissaient dans une action politique militante et structurante, au nom d’enjeux collectifs de fond. En Occident, quoi qu’on dise, le plus grand parti aujourd’hui est celui des indécis et de ceux qui s’abstiennent de voter. Les individus n’investissent plus leur temps dans la vie publique ou alors très peu. Pourquoi ?

On demande de voter librement à des individus soumis tout entiers à la logique d’un système unifié, celui du privé, du privatisé. Tout le monde est isolé, à l’image de l’isoloir.

Ce rapport étroit à la politique n’est pas le fruit d’une conspiration, d’un complot ou d’une conjuration, mais bien d’une vision du monde.

L’évocation constante de chiffres dispense de se fier à son propre jugement. Elle trompe jusqu’au sens commun.

Au temps des Romains, la souplesse du latin permettait d’identifier les variantes de la couleur rouge par une vingtaine de mots d’usage courant. Pour décrire les couleurs de notre monde, nous n’avons plus besoin au fond que d’un seul mot : l’argent. Le sens de toutes les valeurs, y compris en politique, se mesure à la valeur suprême de l’économie. C’est l’argent qui est placé au centre de nos vies.

Les mots appartiennent tous à l’horizon économique, confondu avec celui du monde du sport. On oublie que l’avalanche de statistiques et de données techniques découle de ce même appétit pour l’économie.

Nous parlons. Nous discutons. Nous écrivons. Cependant, quoi que nous fassions, il est toujours question d’argent. L’évocation constante de chiffres dispense de se fier à son propre jugement. Elle trompe jusqu’au sens commun.

L’éducation aux affaires de l’État, à l’émancipation sociale et à notre responsabilité collective n’existe quasi plus désormais dans notre société. Elle a été réduite à l’onction accordée aux gestes individuels. Chacun est invité à apporter sa contribution, depuis chez lui, dans son propre isoloir, sans jamais qu’il soit trop question de se repenser au-delà de soi.

Libres, nous le sommes en ce monde quand il est question d’acheter une piscine payable en mensualités. Nous oublions volontiers que la liberté consiste surtout à apprendre à nager, c’est-à-dire à s’éduquer afin de ne pas être emporté par la moindre vaguelette d’idées grises, au milieu du brouillard ambiant.

Cette chronique publiée dans Le Devoir a été résumé par nos soins.

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