L'hypocrisie d'Erdogan

©REUTERS

Revue de presse de la Deutsche Welle (DW), service international de diffusion de l'Allemagne.

Il est étrange d'entendre le président turc Erdogan et le Premier ministre pakistanais Imran Khan évoquer les valeurs laïques et faire la leçon à Macron suite à ses commentaires à propos de la lutte contre le terrorisme islamique.

Erdogan, qui aime à se faire passer pour le leader de l’ensemble du monde islamique, dénonce une «montée de l’islamophobie» sous la direction de Macron qui a, dit-il, «besoin d’un traitement mental». Khan, qui éprouve une profonde admiration pour Erdogan, lui a emboîté le pas.

Leurs critiques sont hypocrites et scandaleuses. Ils n'ont guère le droit de parler d'"islamophobie" alors qu’ils ne témoignent d’aucun respect à l’égard des autres religions.

En juillet, le gouvernement turc a converti l'église Sainte-Sophie en mosquée, choquant au passage des millions de chrétiens à travers le monde. Si la France avait converti une mosquée en église, quelle aurait été la réaction d'Erdogan ?

Depuis qu’il est au pouvoir, le président turc a tout fait pour saper la laïcité et transformer son pays en califat islamique. Quant à Khan, qui fustige l'Europe et l'Inde, accusés de maltraiter les musulmans, il persécute les minorités religieuses dans son pays. Les hindous sont convertis de force à l'islam. Des chrétiens, des ahmadis et des chiites sont mis en examen pour blasphème, et les groupes islamistes ont « carte blanche » pour dénoncer les "non-musulmans".

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a toutefois raison lorsqu'il dit qu’il ne faut pas confondre racisme et lutte contre le terrorisme. La France a sans doute du mal à séparer les deux questions, tout comme d'autres pays.

Mais les attaques contre ceux qui expriment librement leurs opinions ne feront que renforcer l'idée que les musulmans sont intolérants. Or ils ne le sont pas. Ils sont sensibles à l'Islam et à leurs personnages sacrés, mais ils se battent aussi pour la démocratie et la liberté d'expression dans leur propre pays.

Erdogan et Khan cherchent à détourner l'attention des problèmes intérieurs en brandissant le slogan "islamophobie", mais nombreux sont ceux qui, dans leur pays, savent qu'ils ne sont pas sincères sur cette question. Le silence persistant de Khan sur les mauvais traitements infligés aux musulmans ouïgours en Chine en est la preuve.

Cet article publié le 27 octobre par Deutsche Welle a été traduit et résumé par nos soins.

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