tribune

L'imposture des opposants du système de retraite par capitalisation

Revue de presse du quotidien français Le Figaro.

Le système social consolidé après la Seconde Guerre mondiale par et pour les séniors se retourne contre les nouvelles générations, lesquelles sont accablées de dettes et d'impôts par leurs aïeux. Le financement des retraites constitue le principal vecteur de cette spoliation intergénérationnelle. L'imprévoyance des séniors s'est transformée en fardeau pour les jeunes actifs. L'Institut économique Molinari note que les retraites expliquent à elles seules 59 % de la progression des dépenses et des déficits publics de 1959 à 2017. Aujourd'hui, les retraites consomment un quart des dépenses publiques et risquent de peser encore plus lourd sur les actifs si rien n'est entrepris pour corriger cette dérive.

La répartition constitue en effet un piège qui contraint à terme les gouvernements à choisir entre la baisse des pensions, l'allongement de la vie active ou l'alourdissement du fardeau fiscal des classes laborieuses. Le poids électoral des séniors fait que les classes dirigeantes préféreront toujours les deux derniers scénarios jusqu'à l'explosion du système.

La question de l'épargne et de la capitalisation ouvrières condense à elle seule toutes les contradictions de la tradition socialiste.

Toutefois, l'idée de capitalisation se heurte à de fortes résistances sociales, en particulier à gauche de l'échiquier politique. L'objection classique met en avant les risques intolérables auxquels l'épargne ouvrière s'expose lorsqu'elle est investie sur les marchés financiers. Or, le capital bénéficie depuis des décennies d'un rendement outrancier (et supérieur à la croissance économique) malgré les crises. Curieusement, la gauche refuse toutefois d'en tirer la conclusion qu'il faut autoriser les classes laborieuses françaises à devenir actionnaires de l'industrie.

En toute logique, on ne peut s'indigner de la rémunération généreuse des actionnaires, déplorer que le prolétaire soit réduit à vendre sa force de travail pour vivre faute d'être propriétaire des moyens de production, tout en le dépossédant de sa faculté de recourir à la capitalisation. Sauf si l'objectif inavoué est de l'empêcher d'améliorer sa situation. La question de l'épargne et de la capitalisation ouvrières condense à elle seule toutes les contradictions de la tradition socialiste, lesquelles sont loin d'être nouvelles. Les disciples d'une tradition socialiste ont toujours été tiraillés entre deux ambitions irréconciliables: le désir d'éradiquer la misère et le souhait de détruire la richesse.

Cette tribune, publiée dans Le Figaro sous la plume de Ferghane Azihari, délégué général de l'Académie libre des sciences humaines (ALSH) et membre de la Société d'économie politique (SEP), a été résumée par nos soins.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés