tribune

L’inévitabilité historique du populisme de droite

Revue de presse de l'hebdomadaire britannique The Economist.

Les livres expliquant la montée du populisme de droite rempliraient aisément une grande bibliothèque. Certains auteurs avancent que ces mouvements ont émergé en réaction à des événements assez récents, tels que la crise financière de 2007-2009 ou le développement des réseaux sociaux. D’autres observent des tendances régionales à long terme, comme l’intégration européenne ou les politiques raciales aux États-Unis.

De son côté, l’économiste Thomas Piketty qui vient de publier à ce sujet un article, coécrit avec Amory Gethin et Clara Martinez-Toledano, applique une approche similaire à la relation entre démographie et idéologie. Leurs conclusions: les victoires électorales de Donald Trump et la campagne du Brexit ne sont pas sorties de nulle part, mais résultent plutôt d’une tendance internationale à l’œuvre depuis pas moins de 60 ans.

Les revenus et l’éducation ont commencé à perdre leur pouvoir de prédiction de l’idéologie au début des années 1960.

Dans les années 1950, les électeurs riches et éduqués soutenaient les partis conservateurs alors que les pauvres et les peu qualifiés choisissaient généralement les partis de gauche radicale ou sociaux-démocrates. Mais les revenus et l’éducation ont commencé à perdre leur pouvoir de prédiction de l’idéologie au début des années 1960. Au fil des années, une part croissante de personnes ayant fait des études supérieures est passée à gauche. Si bien qu’en 2000, les électeurs les plus éduqués étaient plus nombreux à voter à gauche que leurs concitoyens moins qualifiés. Et cet écart n’a fait que s’accentuer depuis. Cette tendance s’observe dans toutes les démocraties occidentales. Elle a permis la victoire, d’un côté, de populistes comme Trump, et de l’autre, de technocrates de centre-gauche comme Macron ou Trudeau.

L’explication des auteurs? La démocratisation des études. En 1950, moins de 10% des adultes occidentaux étaient diplômés de l’enseignement supérieur contre plus d’un tiers aujourd’hui, un groupe assez important pour construire des coalitions victorieuses. Et une fois que les partis de gauche ont commencé à s’intéresser à ces électeurs éduqués – qui souvent préfèrent l’amélioration des conditions de vie dans une société libérale (au sens américain du terme) à un programme se résumant à une baisse d’impôts – leurs rivaux de droite ont pu bâtir leurs victoires en adoptant des positions opposées.

Cette analyse, publiée dans The Economist, a été traduite et résumée par nos soins.

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