tribune

L’Irlande du Nord ne fêtera pas son bicentenaire

Revue de presse du quotidien américain The New York Times

Cela devait être une année de célébration, le centenaire de la création en 1921 de l’Irlande du Nord, constitué de six comtés dans le nord-est de l’île. Mais ses plus chauds partisans, les "unionistes" qui estiment que l’endroit est et doit rester pour l’éternité une partie du Royaume-Uni, n’ont pas le cœur à la fête. Ils sont plutôt en colère depuis que le gouvernement britannique, pour obtenir un deal sur le Brexit, a accepté la mise en place d’une nouvelle frontière dans la mer d’Irlande.

Pendant les 50 premières années, les protestants ont dominé les institutions publiques de l’Irlande du Nord, instituant un système global de discrimination à l’encontre des catholiques, minoritaires. C’est ainsi que les "nationalistes" (catholiques) ont lancé, dans un premier temps, une campagne pacifique de droits civils dans les années 1960, avant de passer, face à la répression féroce des unionistes et de l’armée britannique, à une réaction de type militaire à travers l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Il s’en est suivi 3 décennies de conflit armé, faisant au total quelque 4.000 morts, avec in fine l’Accord du Vendredi saint, marquant la fin des violences et le partage du pouvoir en 1998.

La population protestante vieillit et les jeunes catholiques constituent la majorité des écoliers. Le recensement de l’an prochain pourrait faire apparaître une majorité de catholiques.

Mais aujourd’hui, l’Irlande du Nord n’est plus une entité à majorité protestante absolue: cette dernière n’est plus que de 48%, pour 45% aux catholiques. Et le rapport va bientôt s’inverser: la population protestante vieillit et les jeunes catholiques constituent la majorité des écoliers. Le recensement de l’an prochain pourrait faire apparaître une majorité de catholiques.

Qui plus est, tous les protestants ne sont plus des "unionistes" purs et durs. Nombre d’entre eux préfèrent à présent militer pour des causes plus universelles, comme le climat ou la justice. L’unionisme est sur le déclin avec son parti phare, le Democratic Unionist Party, qui ne recueille plus que 16% des intentions de vote alors que le Sinn Fein, l’héritier de l’IRA, se hisse à 25%. Les prochaines élections, qui ont lieu dans moins d’un an, pourraient donc voir le Sinn Fein prendre le poste de Premier ministre pour la première fois.

La réunification de l’île est ainsi écrite dans les étoiles. Si le processus s’annonce compliqué, une chose est sûre: il n’y aura pas de bicentenaire pour l’Irlande du Nord. Elle pourrait même ne pas survivre à la prochaine décennie. Et nombre de protestants ne considèreront pas cette issue comme la fin du monde.

Cette tribune, publiée dans The New York Times sous la plume de Susan McKay (journaliste irlandaise), a été traduite et synthétisée par nos soins.

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