tribune

La "honte de prendre l’avion" se rachète à (trop) bon compte

Revue de presse du quotidien financier britannique The Financial Times.

Oubliez Ryanair. British Airways (BA) est la vraie compagnie aérienne low-cost… du moins pour les compensations d’émissions de CO2. La britannique les propose à près de la moitié du prix imputé par sa rivale irlandaise pour certains vols identiques.

Un produit financier qui avancerait de telles promesses se ferait taper sur les doigts par les autorités de contrôle.

Mais, dans les deux cas, ces prix sont largement inférieurs à ce que les entreprises industrielles doivent payer pour couvrir leur surplus d’émissions. Les compagnies aériennes prétendent pourtant qu’elles offrent à leurs passagers la possibilité de "compenser complètement" leurs vols en termes d’empreinte carbone, en payant leur billet légèrement plus cher, ce surcoût étant reversé à des projets environnementaux. Une manière de "racheter "sa "honte de prendre l’avion" (« flight shame »), qui semble habiter nombre de citoyens désireux de lutter personnellement contre le dérèglement climatique. Mais ils le font à (trop) bon compte. L’allégation des compagnies aériennes est tout simplement mensongère. Un produit financier qui avancerait de telles promesses se ferait taper sur les doigts par les autorités de contrôle.

La semaine dernière, BA proposait ainsi de payer 2 euros supplémentaires pour compenser les émissions de CO2 d’un vol Londres-Alicante (aller-retour) en classe économique (Ryanair demandait 5,67 euros). La surcharge environnementale proposée par BA correspondait à un prix de 8 à 10 euros la tonne de carbone… alors que les entreprises industrielles européennes la payaient au même moment 56 euros.

Les primes payées par les voyageurs écoresponsables sont très loin de "compenser complètement" l’empreinte carbone de leur vol.

Si les primes payées par les voyageurs écoresponsables sont donc très loin de "compenser complètement" l’empreinte carbone de leur vol, les gains environnementaux des projets qu’elles financent sont tout autant surestimés dans bien des cas.

Certains activistes avancent ainsi que ces programmes de "compensation" sont une manière habile pour les compagnies aériennes de reporter sur d’autres secteurs les défis climatiques qu’elles doivent relever. Mais, soyons de bons comptes à notre tour, elles s’engagent aussi sur cette voie, notamment en matière de carburants alternatifs. Simplement, les dispositifs de compensation de carbone qu’elles proposent contribueraient vraiment à sensibiliser le public sur les problèmes climatiques s’ils reposaient sur des chiffres crédibles, en termes à la fois de coût de la tonne de carbone et de bénéfices environnementaux des projets qu’ils financent.

Cette tribune, publiée dans The Financial Times sous la plume de Jonathan Guthrie, a été traduite et résumée par nos soins.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés