tribune

La "téléautocratie" de Poutine

Revue de presse du média russe The Moscow Times.

La Russie est en passe de devenir le premier pays dans le monde où la politique et la gouvernance sont menées à la télé.  Lors d’un énième "En direct avec Vladimir Poutine", le président russe a soutenu ainsi l’idée que les gouverneurs des régions du pays devraient s’inspirer de son exemple, et organiser le débat politique à travers une semblable confrontation directe avec leurs administrés. Ramzan Kadyrov s’est empressé d’observer qu’il le faisait depuis longtemps en Tchétchénie, qu’il dirige comme on le sait d’une main de fer. 

En réalité,  ce type de show télé est devenu la seule institution politique dans le pays. Et pour cause: en Russie, où les tribunaux ne sont pas fiables, où le parti majoritaire ne donne aucune chance aux élections de produire des résultats transparents, où le président ne doit craindre aucune opposition lorsqu’il se présente devant le parlement et où les médias ne sont pas autorisés à relater des protestations, cette "Direct Line" est le seul espace où les pouvoirs publics et les citoyens peuvent exprimer leurs sentiments les uns envers les autres. Il n’y a plus d’autre organe intermédiaire entre le président et le peuple. La Russie a remplacé les institutions démocratiques ordinaires, garantes d’une gouvernance efficace et d’une légitimité tirée d’un suffrage universel, par un modèle maison.

Le président n’a plus ni opposant public, ni partenaire pour débattre. Tout se passe comme si, à ses yeux, nous vivons déjà dans le meilleur des mondes possible.

 Durant ces transmissions télévisées interminables, le président s’exprime sur les sujets les plus divers, sans grand approfondissement, à coups de sentences lapidaires, souvent teintées d’ironie: "non, envoyer par le fond un destroyer britannique au large de la Crimée ne conduirait pas à une troisième guerre mondiale", "oui, les crédits hypothécaires subsidiés créent des problèmes, mais les avantages sont supérieurs aux inconvénients", "la gestion des déchets en Russie soulève de graves questions", etc. En une ou deux phrases, le dossier est refermé.

Tels sont les nouveaux contours de la vie politique russe. Le président n’a plus ni opposant public, ni partenaire pour débattre. Et ce faisant, Poutine ne se voit plus contraint d’émettre la moindre promesse, le moindre plan. Tout se passe comme si, à ses yeux, nous vivons déjà dans le meilleur des mondes possible.

Cette tribune, publiée dans The Moscow Times sous la plume de Kirill Martynov, a été traduite et résumée par nos soins.

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