tribune

Le bloc déflationniste ne veut pas mourir

Revue de presse du quotidien français L'Opinion.

En Europe, les "faucons" plaident sans relâche pour le retour à "l’orthodoxie" budgétaire et monétaire. Armin Laschet, le successeur pressenti d’Angela Merkel, clame: "L’union monétaire repose sur l’engagement de chaque État à payer ses dettes", alors que l’Allemagne est la première bénéficiaire d’un système qui conduit ses voisins à investir et à consommer à sa place. Revêtu des habits neufs de la lutte contre le dérèglement climatique, le bloc déflationniste n’a pas désarmé.

Les politiques déflationnistes menées depuis dix ans ont ainsi cassé la dynamique européenne tout en rendant le continent plus dépendant de l’extérieur pour sa croissance et ses approvisionnements.

Pourtant, le Covid-19 et la grande crise financière ont mis au jour le caractère inadapté des règles que l’Europe s’est prescrites. Dans une union monétaire, contraindre à "dépenser moins" sans instituer de solidarité financière entre États, c’est réduire nos forces productives, reporter la crise économique sur ceux qui en sont les principales victimes, abandonner des pans stratégiques de notre industrie. Les politiques déflationnistes menées depuis dix ans ont ainsi cassé la dynamique européenne tout en rendant le continent plus dépendant de l’extérieur pour sa croissance et ses approvisionnements.

Mais l’opinion publique demeure sensible à l’assimilation démagogique du budget national et du budget d’un ménage, à la dénonciation rituelle de "l’assistanat", comme si la réussite entrepreneuriale était indépendante de l’environnement macroéconomique et financier. Alors que la hausse des prix reflète un décalage naturel entre l’offre et la demande après des mois de confinement et que l’inflation anticipée demeure anormalement faible, les experts agitent le spectre de l’inflation qui, bien avant de toucher les plus pauvres, favorise plutôt les jeunes générations dans la recherche d’un emploi et l’obtention d’un logement.

La rivalité accrue entre la Chine et les États-Unis pourrait cependant obliger l’Europe à changer de voie. L’idéal rhénan d’une Europe apaisée accumulant des excédents commerciaux en restant à l’écart des affaires du monde risque de se heurter à l’écueil des réalités.

Pour contribuer à sa défense, assurer son autonomie stratégique, l’Europe, si elle souhaite préserver sa cohésion interne, devra prendre des options de politique économique et monétaire diamétralement opposées à celles de "l’orthodoxie" maastrichtienne. Les enfants de la désinflation compétitive, qui doivent leur confort moins à leur "mérite" qu’à l’inflation soutenue des années 1970 dont ont bénéficié leurs aïeux, devront en prendre leur parti.

Cette tribune, publiée dans L'Opinion sous la plume d'Emmanuel Sales, président de la Financière de la Cité, a été synthétisée par nos soins.

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