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Le bout du tunnel demeure invisible

Journaliste

Revue de presse de la Tribune de Genève, quotidien suisse.

Au fur et à mesure que la pandémie semble rebondir, l’espoir d’une franche reprise s’amenuise pour laisser place à des pronostics plus déprimants.

Grosso modo, deux scénarios se dessinent. Le premier, c’est l’augmentation excessive de la masse monétaire qui conduit, à la longue, à la hausse des prix. On nage cependant en plein paradoxe: la Réserve fédérale des États-Unis, vient en effet au contraire de relever d’un cran son objectif d’inflation, en annonçant qu’elle accepterait désormais de laisser la hausse des prix dépasser «pendant un certain temps» l’objectif actuel de 2%, histoire de ne pas freiner prématurément la reprise.

Une opinion moins partagée esquisse un scénario nettement plus sombre. Parce que la brutalité de la crise a profondément marqué les esprits et fait reculer toutes les formes de projets, qu’il s’agisse des prévisions de dépense des consommateurs ou des plans d’investissement des entreprises, le monde de demain serait aux prises avec une interminable lenteur économique se morfondant dans un environnement paupérisé.

Il ne s’agirait pas d’une situation équivalant à la stagflation consécutive au choc pétrolier des années 70, mais d’un phénomène encore jamais vu qu’on pourrait baptiser « stagdéflation », à savoir la coexistence d’une faiblesse persistante du taux de croissance et d’un niveau toujours trop bas des prix et des taux d’intérêt pour permettre au mécanisme keynésien de jouer: les déficits budgétaires ne trouvant pas le relais de la dépense privée, les générations futures seraient condamnées à supporter la charge écrasante des soutiens apportés à celles qui les auront précédées. Ce serait donc, pour reprendre les lettres de l’alphabet étrennées depuis les débuts de la pandémie, le «L» qui aurait fini par s’imposer, en lieu et place du «V» espéré, du «W» à la rigueur, et même du «U» faute de mieux.

Ce que ces diverses manières d’esquisser l’avenir ont en commun, c’est l’incapacité dans laquelle ceux qui les ont imaginées se trouvent de percevoir un début de lumière au bout du tunnel. Jusqu’à présent, on savait qu’à un creux conjoncturel succédait toujours une reprise. Aujourd’hui, on n’en est plus tout à fait sûr.

Cet article publié dans la Tribune de Genève du 31 août 2020 a été résumé par nos soins. https://www.tdg.ch/

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